samedi, 12 avril 2014

Suppression des départements

« Les départements sont inscrits dans la Constitution, à l’instar des communes et des régions. Pour les faire disparaitre, il faudra donc, soit réviser la Constitution – ce qui impose les 3/5 du Congrès – soit consulter le peuple français ». 

Claudy Lebreton,
président de l’Assemblée des Départements de France (ADF)
et du conseil général des Côtes-d’Armor

> La suppression des départements dans la (lointaine) ligne de mire de Manuel Valls par Aurélien Hélias - Courrier des maires.

> Discours de Valls. Suppression des départements : Claudy Lebreton : "trop c'est trop". Le Télgramme

> Manuel Valls signe l'arrêt de mort de la décentralisation - CG du Val-de-Marne -  Christian Favier, sénateur et  président du Conseil général du Val-de-Marne :

" Quand les départements ne seront plus là, qui assurera le RSA, l’APA  la PCH, l’entretien des routes, des collèges, le financement des transports, du logement, des crèches, l’aide au sport, à la culture, aux loisirs, le développement durable, le développement économique pour l’emploi …? Qu’adviendra-t-il des personnels départementaux ?

C’est bien un très mauvais coup pour les français qui vient d’être annoncé : ce que Sarkozy et Balladur rêvaient de faire, Hollande et Valls tiennent à le réaliser."  Christian Favier

De Gaulle, TIM

La voix de leur maître

Charles De Gaulle, à la tête de sa monarchie républicaine, considérait que le département et la commune étaient des circonscriptions inadaptées aux exigences du capitalisme et se posait en défenseur d'un retour aux provinces d'Ancien régime. Cet impérieux progrès ne pouvait voir le jour qu' en s'affranchissant de l’État nation : ce qu'il rêvait de faire - et qui lui coûta sa place lors du réferendum du 27 avril 1969 - la gauche le réalise avec obstination depuis 1981. Et nous sommes invités à bien apprendre ses prières régionalistes avant la messe : " tout ceci est pour notre bien !"

De Gaulle dans le texte :

" Comme il se trouve que les anciennes provinces ont conservé leur réalité humaine, en dépit de leur officielle abolition, il n’est que de les faire renaître sur le plan économique, par-dessus les départements, sous la forme et le nom de régions, chacune ayant la taille voulu pour devenir le cadre d’une activité déterminée "

« L’évolution générale porte, en effet, notre pays vers un équilibre nouveau. L’effort multiséculaire de centralisation, qui fut longtemps nécessaire à notre pays pour réaliser et maintenir son unité malgré les divergences des provinces qui lui étaient successivement rattachées, ne s’impose plus désormais. Au contraire, ce sont les activités régionales qui  apparaissent comme les ressorts de sa puissance économique de demain ».

Discours sur la réforme régionale, Lyon, 24 mars 1968

C'est sur ce motif que brodent les sociaux-libéraux du PS et les régionalistes :

" L’insertion dans la mondialisation est la clé du développement. Les États-nations sont désormais dépassés, leur cycle électoral court, et leur vision territorialement fermée sont en contradiction avec les enjeux mondiaux et de long terme..."

L’État-nation et la démocratie locale sont les derniers remparts contre la dérégulation généralisée que recherchent les multinationales :

" Pour la Commission européenne  il y a dans l’Union un étage de trop qu’elle ambitionne de réduire, d’éliminer, celui des États. Il est vrai qu’elle se situe dans une logique ultra-libérale qui détruit les solidarités et les services publics, et cela donne la clef de sa politique en direction des Régions, y compris dans le domaine linguistique. Pour la Commission, de toute évidence, mieux vaut trois-cent-cinquante Régions sous sa coupe, que d’avoir en face de soi quinze États dont la force est une source d’ennuis "  Bernard Cassen

Et puis, il faut économiser coûte que coûte et prendre 10 milliards sur les collectivités locales ce qui entraînera automatiquement leur faillite : d'où leur disparition programmée.

caricature de la France gaulliste par TIM

samedi, 08 mars 2014

La réaction espagnole et l'avortement

Journée internationale des femmes

Forte mobilisation en Espagne prévue contre la loi de limitation du droit à l’avortement du gouvernement de droite de Mario Rajoy soutenu par l'Eglise.

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2 février 2014

En soutien au rassemblement organisé à Madrid, plusieurs milliers de manifestant samedi à Paris et dans plusieurs villes de France pour défendre le droit "fondamental" à l’avortement en Espagne. Là-bas des milliers de personnes ont défilé pour la première grande manifestation contre le projet de loi qui supprimerait le droit à l’interruption de grossesse.

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" Mais n’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. " 

Simone de Beauvoir

Le projet du gouvernement conservateur espagnol supprime presque entièrement le droit à l’IVG dans un pays ou les bordels sont une institution légale. Il Rejeté par plus de 75 % d'Espagnol(e) cet avant-projet de loi est avant tout destiné à séduire l'aile droite du Parti Populaire et l’Église :  la Conférence des évêques espagnols considère tout ceci  comme une « avancée positive »

" Malheureusement, ce ne sont pas seulement la nourriture ou les biens superflus qui sont objet de déchet, mais souvent les êtres humains eux-mêmes, qui sont « jetés » comme s’ils étaient des « choses non nécessaires ». Par exemple, la seule pensée que des enfants ne pourront jamais voir la lumière, victimes de l’avortement, nous fait horreur " Le pape

pape

Pour le Planning familial le projet : subordonne le choix des femmes au contrôle médical et social puisque cette proposition de loi prévoit l’autorisation d’avorter dans 3 cas très précisément encadrés :

  1. Grave danger encouru par la femme pour sa vie ou sa santé physique ou psychologique : le texte impose que le diagnostic soit émis par deux médecins différents et étrangers à l'établissement pratiquant l'avortement.
  2. Viol, à la condition est qu’elle ait déposé plainte.
  3. Malformation fœtale, sous réserve de deux rapports médicaux - l'un sur la mère et l'autre sur le fœtus, qui confirmeront le motif d'interruption de grossesse.

Autre recul : les personnes mineures devront avoir obligatoirement l'autorisation de leurs parents pour interrompre une grossesse non voulue.

En renouant avec des pratiques déniant la liberté de choix, c’est le mépris des droits humains fondamentaux des femmes et des couples à maitriser leur fécondité et à décider de leur vie que le gouvernement espagnol vient de signer. Il annonce clairement son projet de société : maintenir les femmes dans un statut social étroit et de soumission !

Après l’offensive des opposants aux droits des femmes contre le rapport Estrela, rejeté le 10 décembre dernier au Parlement européen, cette démarche du gouvernement espagnol vient s’inscrire dans le mouvement européen réactionnaire et conservateur qui n’a toujours pas accepté le droit des femmes à de disposer de leur corps, et les considère comme des sous citoyennes incapables de décider par elles-mêmes.

Le combat des forces démocratiques et associatives espagnoles pour ce droit fondamental est le nôtre, et nous le soutiendrons ici et ailleurs, car il est le combat est celui de celles et ceux qui veulent l’égalité entre les femmes et les hommes. "

Interactiv' : l'avortement en question en Espagne par franceinter

Mercedes Yusta : Historienne. Ses travaux portent sur la résistance contre la dictature de Franco et sur les organisations féminines antifascistes. Elle enseinge à Paris-VIII-Vincennes - Saint-Denis.

Nathalie Bajos :  sociologue, Spécialiste de la contraception, qui a dirigé l'étude Fecond.  directrice de recherche à l'Inserm, responsable de l'équipe "Genre, santé sexuelle et reproductive".

Véronique Séhier : Co-présidente du planning familial

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dimanche, 02 mars 2014

A genoux Bretagne !

A genoux Bretagne ! ou l'arnaque des benêts rouges

extrait sur le site des Editions La Part commune

-image-1277-moyenne.jpgSi les circonstances s'y prêtaient, nous choisirions d'en rire, mais, décidément, cette désolante promenade quimpéroise ne pouvait tromper personne : rien d'une Révolution, tout au plus le morne théâtre de la Soumission.

Ne venez pas prétendre que vous vous êtes soulevés, vous vous êtes prosternés devant vos maîtres, ceux-là même qui vous bafouent depuis des décennies. Vous avez mis genou à terre, soumis au bon vouloir de vos patrons sans scrupule.

Pendant tant d'années vous leur avez picoré dans la main pour des salaires de misère, parmi les plus bas de l'Hexagone, démontrait un quotidien régional, il y a seulement quelques jours ; malgré tantôt le paternalisme, tantôt la morgue , toujours la suffisance affichée pour empocher les subventions phénoménales consenties par l'Europe, parfois la Région, sinon l'État français, sans le moindre souci de moderniser l'outil de production, d'organiser les filières, de tisser des complémentarités.

Ils se sont toujours comportés envers vous comme des Seigneurs féodaux, assurés que vous étiez, que vous êtes encore taillables et corvéables à merci.

samedi, 01 mars 2014

Leur régionalisme : produit d’appel de l’ultralibéralisme

Le Collectif " Vivre, décider et travailler en Bretagne " appelle à la tenue le 8 mars à Morlaix des États généraux de Bretagne. Mais la Bretagne de ce collectif n'est pas la nôtre, et c'est à souhaiter que le Tiers État les boycottera et ne suivra pas ce courant fourre-tout aux mains de la droite et du patronat. " Nous y bâtirons un projet alternatif pour la région et nous y évoquerons, bien sûr, 2017 " a confié Christian Troadec qui se dit prêt à assumer une candidature aux prochaines présidentielles... Mission quand tu nous tiens.

Le patronat à la manœuvre

Une Bretagne aux mains des patrons, de l’Église et des notables on n'en veut pas ! Même si c'est au nom et au son du  "Vivre, décider et travailler en Bretagne".

Cette " Bretagne ni blanche ni rouge " mais toujours parée d'hermines, de duchesse Anne aux petits sabots, de saint Yves défenseur de la charité bien ordonnée, de label Breton et d'agro-industrie, on sait par expérience ce qu'elle sera : libérale, dérégulée intensive et polluée. La surprise ne sera pas très grande : c'est ce qu'elle est déjà en grande partie.

Quant aux futurs rassemblements de Bretons de souche qui vont  "au-delà des divisions entre professions ou sensibilités politiques", laissons-les dans leur au-delà et méfions-nous comme de la peste et du choléra de cette fameuse et fumeuse Union sacrée, qui n'est jamais que le cache-sexe de la réaction et la porte ouverte à la régression sociale.

Leur régionalisme  : produit d’appel de leur ultralibéralisme

Le tout nouveau CCIB (Comité de Convergence des Intérêts Bretons) dénonce le " carcan administratif français "... dans ce comité de brimés figure Alain Glon, deuxième fortune de Bretagne, et qui en est d'ailleurs le co-fondateur avec Jacques Bernard, président de Produit en Bretagne¨.: Et pour cesser de pleurer dans les chaumines, on rappellera avec l'Humanité que le goupe Glon, c’est, dans l’agroalimentaire " un chiffre d’affaires, en 2012, de 1,8 milliard d’euros, 4 163 “collaborateurs” (entendez salariés) et 49 sites industriels en France et à l’international. "  Miam ! Miam !

Alain Glon est aussi - et surtout - le président de l'Institut de Locarn qui regroupe les principaux des grands industriels de Bretagne qui ont une sainte horreur des contraintes - mais moins des aides publiques et jacobines ( Entre 2003 et 2013, Bruxelles a versé quelque 770 millions d’euros de subventions à la filière avicole.)  Un institut éminemment apolitique, comme on le voit, inauguré en 1994 par Yvon Bourges, gaulliste puis président RPR du Conseil Régional de l'époque, et Otto de Habsbourg, proche de l'Opus déï, et membre de la Trilatérale au pouvoir diffus et opaque et où se croisent et s'entrecroisent les dirigeants des multinationales, les gouvernants des pays riches et les partisans du libéralisme économique.

- Le projet de l'Institut de Locarn a été exposé par son fondateur, Joseph Le Bihan, en 1993, sous le titre « Genèse de l'Europe unifiée dans le nouveau monde du XXIe siècle » : la France n'a plus d'avenir ; l'Etat-nation doit disparaître ; il faut liquider l'éducation nationale, les services publics et surtout les services culturels, en finir avec l'héritage de la Révolution française, syndicalisme, laïcité, et autre boulets : « Nous allons réintégrer cette Europe de la civilisation et de la propreté qui existe déjà en Allemagne, en Suisse et dans certains pays nordiques. " Françoise Morvan

Rien que des hommes de progrès qui veulent en finir avec la République et ses lois contraignantes, surtout celles acquises de haute lutte et qui nous protègent de  leurs dérives. Vous avez-dit Code du travail ? conventions collectives ? salaire minimum ?.... vite mon bonnet!

Lakaat e voned ruz : C'est nous qui mettons le bonnet rouge !  rouge et noir de de colère !

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Cochon bonnet rouge

" Contre la colère de ses manants affamés qui venaient pour le pendre, le Seigneur est sorti de son château en leur disant "Je suis avec vous, notre ennemi c'est le Roi !". Et tous ensemble se mirent à hurler "À bas le Roi ! Vive notre bon Seigneur !". Et tous, le Seigneur en tête, se mirent en marche, arborant des chapeaux ronds, des drapeaux bleus, des sabots noirs ou des bonnets rouges...

Cette histoire est de partout et de tous les temps. Ainsi, les puissants responsables de L'élevage intensif en Bretagne, soutenus par des subventions publiques depuis des années, réussissent à créer la confusion, en se posant en victimes de la catastrophe économique, humaine et environnementale qu'ils ont engendrée avec l'appui de puissants lobbies industriels et professionnels.

La lutte est en cours mais quelles sont les alternatives ?  Aujourd'hui, chez un éleveur de porcs puis avec un aviculteur, qui veulent montrer que des évolutions sont possibles. "

Un reportage d'Anaëlle Verzaux.

vendredi, 14 février 2014

Georges Bernanos et la Guerre d'Espagne

Le 14 avril 1931,  le Front populaire proclamait l’abolition de la monarchie et l’avènement de la Seconde République espagnole. Elle vécut de 1931 à 1939.

(...) elle avait adopté la devise, Liberté, Égalité et Fraternité, et proclamé que l’Espagne est une "République démocratique de travailleurs de toutes les classes."

Elle avait également institué la laïcité, stipulant la stricte séparation des Églises et de l’État, et son corollaire, les libertés de conscience et de culte, l’introduction du mariage et du divorce civils, une École publique mixte, laïque, obligatoire et gratuite.

Elle avait aussi instauré le suffrage universel ; le droit pour les femmes d’être électrices et éligibles ; la protection sociale ; la liberté d’association, qui avait permis un essor des vies syndicales et associatives ; la mise en place d’un Conseil constitutionnel et d’une réforme agraire (limitée). De même qu’elle avait accordé l’autonomie à certaines régions, Catalogne, Pays Basque, Galice.  Respublica

L'offensive de la contre-révolution fasciste débuta dès le résultat des élections de février 1936 qui, après l'épisode de la Confédération espagnole des droites autonomes de novembre 1933 à la fin de 1935, consacrait le retour au pouvoir du Front populaire. Il s'agit alors pour les classes dominantes d'en finir une bonne foi pour toute avec les mesures progressistes du Front populaire et de mettre fin au système politique d'une république laïque et sociale. C'est ce qu'expérimentera plus tard la France.

La sédition militaire contre le gouvernement légitime de la république entraîna la guerre.  Trois ans plus tard, en 1939, la dictature franquiste triomphait : issue du coup de force de l’armée, de l’oligarchie et de l’Église, soutenue par Mussolini et Hitler, Le général Franco et sa clique installaient leurs quartiers pour trente cinq années interminables.

"  L'aide qui a fait défaut à l'Espagne a contribué de manière décisive à modifier les rapports de force entre le fascisme et la démocratie en Europe et dans le monde, et à accéléré la course vers la deuxième guerre mondiale " ( Pietro Nenni La guerre d'Espagne)

Georges Bernanos et la guerre civile espagnole

Georges-Bernanos.jpgL'écrivain George Bernanos et sa famille furent surpris par la guerre dans les Baléares où ils séjournaient. L’écrivain, catholique, monarchiste, disciple du nationaliste et antisémite Edouard Dumont, admirait le mouvement fasciste de la Phalange espagnole fondé par José Antonio Primo de Rivera - le fils de Rivera, l’ancien dictateur fasciste au pouvoir en Espagne de 1923 à 1930. Dans un premier temps il adhéra à la volonté des nationalistes espagnols de renverser la République au nom d’un soi-disant idéal moral et religieux.

" À Majorque, il était ami de son chef provincial, le marquis Alfonso de Zayas, capitaine d’artillerie et pilote, dont un fils avait épousé sa fille Claude et sous les ordres duquel son fils Yves se trouva en quelque sorte placé lorsque, âgé de 17 ans, il adhéra, en 1935, à une organisation qualifiée dans les Grands Cimetières de "parfaitement honorable". Bernanos évite de citer nommément Zayas dans son livre.

Au  " soulèvement national " contre la République, déclenché par Franco le 18 juillet 1936, et facilement vainqueur à Majorque, il eût préféré le coup d’État phalangiste que Zayas contribuait à préparer, mais en novembre, il ne jugeait pas encore dévoyée la croisade qu’avait préconisée le fondateur de la Phalange, puisqu’il célébrait Franco et plusieurs autres généraux rebelles. " Adrien le Bihan

Les grands cimetières sous la lune

francoEn 1938, George Bernanos publia néanmoins Les grands cimetières sous la lune, un livre qui témoigne de la brutalité du franquisme naissant et de la complicité de l’Église obsédée par sa croisade contre les républicains.

" Dès lors, chaque nuit, des équipes recrutées par lui opérèrent dans les hameaux et jusque dans les faubourgs de Palma. Où que ces messieurs exerçassent leur zèle, la scène ne changeait guère. C’était le même coup discret frappé à la porte de l’appartement confortable, ou à celle de la chaumière, le même piétinement dans le jardin plein d’ombre, ou sur le palier le même chuchotement funèbre, qu’un misérable écoute de l’autre côté de la muraille, l’oreille collée à la serrure, le cœur crispé d’angoisse. - « Suivez-nous ! » - ... Les mêmes paroles à la femme affolée, les mains qui rassemblent en tremblant les hardes familières, jetées quelques heures plus tôt, et le bruit du moteur qui continue à ronfler, là-bas, dans la rue. « Ne réveillez pas les gosses, à quoi bon ? Vous me menez en prison, n’est-ce pas señor ? –  Perfectamente », répond le tueur, qui parfois n’a pas vingt ans. Puis c’est l’escalade du camion où l’on retrouve deux ou trois camarades, aussi sombres, aussi résignés, le regard vague ... Hombre ! La camionnette grince, s’ébranle. Encore un moment d’espoir, aussi longtemps qu’elle n’a pas quitté la grand-route. Mais voilà déjà qu’elle ralentit, s’engage en cahotant au creux d’un chemin de terre. « Descendez ! » Ils descendent, s’alignent, baisent une médaille, ou seulement l’ongle du pouce. Pan ! Pan ! Pan ! - Les cadavres sont rangés au bord du talus, où le fossoyeur les trouvera le lendemain, la tête éclatée, la nuque reposant sur un hideux coussin de sang noir coagulé. Je dis fossoyeur, parce qu’on a pris soin de faire ce qu’il fallait non loin d’un cimetière. L’alcade écrira sur son registre : « Un tel, un tel, un tel, morts de congestion cérébrale. " 

A Palma de Majorque, la Terreur blanche, eut comme bras armé les phalangistes, puis ce fut un Italien qui poursuivit la répression, un faux aristocrate connu sous le connu de " Comte Rossi " appartenant aux Chemises noires et envoyé par Mussolini à la demande du marquis de Zayas.

L’écrivain relate le massacre méthodique de suspects et de prisonniers républicains capturés dans les tranchés de Catalogne. On y voit ses coreligionnaires œuvrer crucifix au poing pour le salut des âmes :

« On conduisit le bétail jusqu’à la plage où on le fusilla sans se presser, bête par bête. Je ne mets nullement en cause l’évêque archevêque de Palma ! il se fit représenter, comme d’habitude, à la cérémonie, par un certain nombre de ses prêtres qui, sous la surveillance des militaires, offrirent leurs services à ces malheureux. On peut se représenter la scène : " Allons, padre, celui-là est-il prêt ? – Une minute, monsieur le capitaine, je vais vous le donner tout de suite. " Leurs excellences affirment avoir obtenu, dans de pareilles conjonctures, des résultats satisfaisants, que m’importe !

Le travail achevé, les Croisés mirent les bestiaux par tas, absous et non absous, puis les arrosèrent d’essence que l’on appelle là-bas gazoline. Il est bien possible que cette purification ait revêtu alors, en raison de la présence des prêtres de service, une signification liturgique. Malheureusement je n’ai vu que le surlendemain ces hommes noirs et luisants, tordus par la flamme. Un goudron puant sortait d’eux, par rigoles, et fumait sous le soleil d’août.

Précisément, je crois que M. Bailby [1], directeur du Jour, est quelque chose au Syndicat des Journalistes. Je l’informe donc en passant que M. le baron Guy de Traversay, secrétaire général de l’Intransigeant, était parmi ces morts là. »   

1- Léon Bailby fut ce nationaliste, grand patron de presse franco-française qui vomit sur les les juifs, les communistes, les francs-maçons, les républicains espagnols etc. et qui embrassa avec fougue, dans les années suivantes, le pétainisme. En 1940 il fonda L'Alerte, diffuseur du catéchisme officiel du gouvernement de Vichy.

Si dans les Cimetières sous la lune, George Bernanos dénonce les excès de ses copartisans, sauvant ainsi l’honneur des catholiques de droite, comme il est fréquent de le lire, il conserva vaille que vaille ses convictions.

" Il a fustigé Franco, Pétain et Hitler, mais en précisant toujours que la démocratie lui inspirait le même mépris que le fascisme. Il a rallié le général De Gaulle dès le 18 juin 1940, mais ce qu'il aimait dans la France Libre, c'est d'abord son gouvernement insurrectionnel établi à la suite du coup de force, ce coup de force dont il rêvait lorsqu'il était camelot du Roi et que Maurras fut toujours incapable de risquer.

Pour Bernanos, Vichy incarnait la tradition de démocratie, avec ses petits calculs et ses grosses compromissions. Londres, à l'opposé, perpétuait une tradition de liberté qui permit à une poignée d'hommes libres d'écrire l'Histoire de France comme on écrit un roman.

Bernanos ne manquait jamais de rappeler que le général De Gaulle s'était très bien passé du suffrage universel : " Si en 1938, au cours du hideux Septembre, constatait-il, nous avions interrogé le suffrage universel, le suffrage universel se fût prononcé pour la paix honteuse. En juin 1940, il eût plébiscité le Maréchal". Agora

George Bernanos aimait sans doute la mesure en toute chose. Dans La Grande Peur des bien-pensants, son premier essai qui fait l'éloge d'Edouard Drumont, il y a un passage sur la répression de la Commune de Paris par les Versaillais qui s'ouvre ainsi :

" Non, je ne perdrai pas mon temps à déplorer le sort d'insurgés tués en soldats sur la brèche. Mais une répression peut être aussi dure qu'on voudra, non pas atroce, c'est-à-dire vile. La répression des semaines de Mai fut vile."

 

franco

En France, le gouvernement du Front populaire de Léon Blum, empêtré dans une non-intervention officielle pour aider le gouvernement légitime de la république espagnole, n'aida que faiblement et de manière détournée l'armée républicaine.

En novembre 1938, le gouvernement Daladier publiait un décret-loi qui aggravait  des dispositions antérieures prises contre les étrangers : l'assignation à résidence – déjà prévue par le décret-loi du 2 mai – était complétée par l'institution de centres d'internement des " étrangers indésirables".

En janvier 1939 le premier de ces centres était créé à Rieucros en Lozère et, dès février,  quarante réfugiés autrichiens et juifs allemands anti-nazis y étaient internés, les premiers d'une longue liste.

Espagne 1936-1939
Documentaire et films de l'Institut Luce

Une présentation des évènements suivie de quatre films de l'institut Luce, des films de propagande qui permettent de saisir ce que fut concrètement en Espagne, sur le terrains, le prologue de la Seconde Guerre mondiale :

¡ Arriba España !" réalisé en 1937 (à 0.27 du début) montre le début du conflit du côté phalangiste et l'arrivée des franquistes dans les villes conquises. Le titre " debout Espagne !" reprend le dernier mot du chant de la phalange.

¡No Pasarán! (à 0.39mn du début) qui reprend le mot d'ordre des républicains "Ils ne passeront pas !' est un modèle de propagande fasciste qui fut réalisé vers la fin de la guerre avec d'importants moyens. Il suit la marche des nationalistes espagnols et du corps expéditionnaire italien (Corpo Truppe Volontarie) qui tentèrent de couper en deux l'Espagne républicaine pour conquérir Barcelone.

¡España! ¡ ¡Una! libra¡grande! (à 0.58.55mn du début ) qui reprend également la fin du chant de la phalange et qui est sous-titré "de la barbarie rouge au triomphe de la civilisation fasciste". La fin de Barcelone et de la Catalogne.

Los novios de la muerte  (Les fiancés de la mort, devise de la légion espagnole)  sur le rôle de l'aviation italienne dans la guerre dans le Sud espagnol. (à 1.45 du début).

Fondé en 1924, l'Institut Luce fut un outil de propagande du régime fasciste de Mussolini. Il a également participé à la production et la distribution de films et de documentaires pour le cinéma. En 2012 l'Institut Luce ouvre un canal sur YouTube qui a mis à la disposition du grand public plus de 30 000 vidéos qui racontent les 40 ans d'histoire italienne. (wikipedia)

_-_

> Des créateurs contre la barbarie : Les écrivains et la guerre d’Espagne, par Emilio Sanz De Soto, avril 1997 – Monde diplomatique.

> Bernanos, la Phalange et le cimetière de Manacor, par Adrien le Bihan

> Les caractéristiques sociales du Mouvement Phalangiste Espagnol (1946) - Article de Juan Andrade paru dans Masses N°2 du 15 mars 1946. – Bataille socialiste

Trois ouvrages d'écrivains du côté républicain :

> Hommage à la Catalogne (1938), livre de reportage et de témoignage de George Orwell qui s'engagea dans les milices du Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM) durant les sept premiers mois de 1937. (extrait)

> L’Espoir d'André Malraux (1937). Les débuts de la guerre d'Espagne dont l'enjeu est la Révolution mondiale confrontée au fascisme.

> Un testament espagnol d'Arthur Koestler (1937). Correspondant de guerre pour le  News Chronicle, Koestler fut capturé à Malaga par les troupes de Franco, jugé sommairement et condamné à mort. Il passa trois mois en prison en s'attendant à tout moment à être exécuté. Il fut libéré grâce à une campagne internationale en sa faveur. (Dialogue avec la mort, (1937) est un mémoire autobiographique qui relate cet emprisonnement.)

mercredi, 29 janvier 2014

Jules Ferry a " coupé les enfants du Ciel "

Farida Belghoul qui participait à "Jour de Colère" - traduction du latin " Dies Irae "- est l’initiatrice des Journées de retrait de l’école pour l'interdiction de la théorie du genre à l'école " pour répondre à "une attaque en règle du pouvoir contre nos enfants, nos familles et la civilisation." Une attaque relayée par l'école laïque qui, dès Jules Ferry, a "coupé les enfants du Ciel" (sic!) et dont Farida Belghoul ne pense pas grand bien, on l'imagine. (voir video)


Rumeur de théorie du genre à l'école : appel au... par France3Alsace

L'appel à participer à ces journées, qui tentent de poursuivre la mobilisation Anti-mariage pour tous, s'est construit autour d'obsessions et phobies classiques et diverses, d'une agrégation de mensonges et de contre-vérités le tout accompagné d'un délire complotiste : l'absence d'une preuve prouve qu'elle est bien cachée et que pour la cacher il est nécessaire et indispensable qu'elle existe.

Mails, sms, et réseaux sociaux ont été mis à contribution pour cette croisade

Interviewé sur ZamanFrance, voici ce que Farida Belghoul a répondu à la question " Lorsque vous parlez d'introduction de la théorie du genre à l'école, à quoi faites-vous référence concrètement ?"

Au programme ABCD de l'égalite. La théorie du genre avance au nom de l'égalité. C'est d'ailleurs plus une idéologie qu'une théorie. Cette idéologie s'immisce dans les programmes scolaires de manière extrêmement pernicieuse et à visage masqué derrière l'égalité. (...)

C'est faux. En fait  l'ABCD de l'égalité est très éloigné de l'apprentissage de l'homosexualité aux enfants dès la maternelle. Ce programme a simplement pour objectifs :

• d'aider les enseignants de primaire à prendre conscience de la force des préjugés et stéréotypes sexistes, y compris dans leurs propres attitudes implicites, savoir repérer et analyser des situations scolaires productrices d’inégalités entre les filles et les garçons et en tenir compte dans leurs pratiques pédagogiques ;

• de sensibiliser les élèves à l’égalité entre filles et garçons et expliquer aux enseignants comment les stéréotypes se construisent chez les enfants, afin de permettre l’orientation et la réussite scolaire de tous les élèves dans les différentes filières.

Pour la Fédération des Conseils de Parents d'Elèves (FCPE )

" Les opposants à ce projet ne disent pas qu'ils sont contre l'égalité entre les femmes et les hommes (inscrite dans le préambule de la Constitution). Ils cherchent à faire peur aux parents d'élèves en expliquant que la « théorie du genre » vise à remettre en cause les fondements naturels biologiques de l'identité des sexes afin de nier la différence entre un homme et une femme et à imposer l'homosexualité comme nouvelle norme sociale.

    Il n'existe pas une « théorie du genre » en sciences sociales (ni en sciences), mais il existe de nombreux travaux dits « sur le genre » reposant sur l'idée que les stéréotypes sexués (par exemple : un garçon ne peut pas jouer à la poupée, les filles ne sont pas faites pour être ingénieur, etc.) sont socialement construits, et que la différenciation sexuelle des places occupées dans la société par les hommes et les femmes n'est pas prescrite par la nature.

Non, vos enfants ne devront pas se masturber à la maternelle, Quentin Girard - Libération  28 janvier

> 10 académies pour «Les ABCD de L’égalité» - Libération

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Parmi les signataires de l'appel pour les Journées de retrait de l’école, et dont les plus connus gravitent dans les mêmes cercles, citons :

• Marion Sigaut, "historienne catholique" de l'association Égalité & Réconciliation : " Non seulement l'école ne veut plus rien enseigner aux gosses à part leur droit de baiser avec tout ce qui bouge sans s'attacher à personne, mais elle n'est même plus à même d'assurer leur sécurité."

• La célèbre Béatrice Bourges , qui dirige le Mouvement du Printemps français, et  qui vient d'entamer une grève de la faim jusqu'à la destitution du président de la République (!);

• Jean-Michel Vernochet, ancien journaliste au Figaro Magazine) qui entre 1988 et 1993 a animé une émission hebdomadaire intitulée le Libre journal de Denys Rousselot sur Radio-Courtoisie, " la voix de la France éternelle, de la France française".

• Le rappeur Kimto Vasquez auteur de la chanson Tonton du café du commerce, où il dénonce les francs-maçons, les sionistes, le complot du 11 Septembre et où il cite, de Louis-Ferdinand Céline, le pamphlet antisémite" Bagatelles pour un massacre " élevé au rang de rap des rues. Extrait de ces "Bagatelles":

"J'ai rien de spécial contre les Juifs en tant que juifs, je veux dire simplement truands comme tout le monde, bipèdes à la quête de leur soupe... Ils me gênent pas du tout. Un Juif ça vaut peut-être un Breton, sur le tas, à égalité, un Auvergnat, un franc-canaque, un "enfant de Marie"... C'est possible... Mais c'est contre le racisme juif que je me révolte, que je suis méchant, que je bouille, ça jusqu'au tréfonds de mon benouze !... Je vocifère ! Je tonitrue ! Ils hurlent bien eux aux racistes ! Ils arrêtent jamais ! aux abominables pogroms ! aux persécutions séculaires ! C'est leur alibi gigantesque ! C'est la grande tarte ! leur crème ! On me retirera pas du tronc qu'ils ont dû drôlement les chercher les persécutions ! foutre bite ! Si j'en crois mes propres carreaux ! S'ils avaient fait moins les zouaves sur toute l'étendue de la planète, s'ils avaient moins fait chier l'homme ils auraient peut-être pas dérouillé !... Ceux qui les ont un peu pendus, ils devaient bien avoir des raisons... On avait dû les mettre en garde ces youtres ! User, lasser bien des patiences... ça vient pas tout seul un pogrom !... C'est un grand succès dans son genre un pogrom, une éclosion de quelque chose... C'est pas bien humainement croyable que les autres ils soient tous uniquement fumiers... Ça serait trop joli... (...)
En fait de victimes regardez donc les Juifs un peu à travers les âges... à travers tant et tant de guerres (une si petite population) ils s'en sont pas trop mal tirés, la preuve, ils ont jamais trop pâti, ils l'ont jamais eue si mauvaise que ces billes d'Aryens. Pleurer ça conserve !... Ils volent pas beaucoup aux combats. Ils suivent plutôt ça dans les Bourses ! Hécatombes ? Hécatombes ? Reports... Reports... Transferts.. "  (Céline  : Bagatelles pour un massacre - 1937)

mardi, 07 janvier 2014

Le président du patronat

Pour les prochaines élections, vous avez encore des doutes sur le vote inutile ?

Gattaz & Hollande

Pierre Gattaz, du MEDEF, participera aux "Assises de la fiscalité". 

" En octobre, l’organisation patronale avait proposé des allègements fiscaux sur les entreprises en échange de créations d’emplois. Puis l’organisation patronale avait menacé de boycotter les assises de la fiscalité des entreprises si elle n’était pas entendue sur ce sujet. " Lire Rue89

Le patron des patrons après que la menace a porté ses fruits s'est dit "rassuré par le président de la République, qui a dit que ces assises devraient permettre de baisser la fiscalité sur les entreprises. C’est une condition sine qua non pour nous. Puisque cela a été précisé, on va y entrer".

En contrepartie de ces allègements fiscaux et des exonérations de cotisations de Sécurité sociale, le patron des patrons promet un million d’emplois - mais évidemment sans obligation de résultat.

" Dans les années 1980. Yvon Gattaz, père de Pierre, était alors président du CNPF, l’ancien nom du Medef. Il avait proposé un donnant-donnant du même genre. En 1984, sur la base d’un sondage auprès de chefs d’entreprises, il avait assuré qu’en supprimant l’autorisation administrative de licenciement et en introduisant plus de flexibilité, on créerait 471 000 emplois en dix-huit mois.

Le gouvernement socialiste avait refusé (le ministre de l’Emploi, Jack Ralite, comparant cette proposition à l’apéritif proposé par le César de Marcel Pagnol : « Un petit tiers de curaçao, un tiers de citron, un bon tiers de Picon et un grand tiers d’eau. ») Mais Jacques Chirac, en arrivant au pouvoir en 1986, avait « joué le jeu » proposé par le CNPF. Résultat: l’autorisation de licenciement avait été supprimée,  mais les emplois n’avaient pas été créés. " Lire Rue89

De plus,comme le précise le fils Gattaz, l'objectif du patronat et de la droite est de baisser les dépenses publiques de 100 milliards:

" Les 50 milliards d'effort déjà annoncés par Jean-Marc Ayrault ne font que modérer la progression et réduire le déficit. Ils ne permettent pas de baisser les prélèvements obligatoires, qui sont à 46 % en France contre 40 % dans la moyenne européenne. Il faut  aller au-delà, soit 50 milliards de plus que l'objectif du gouvernement. Le discours du chef de l’État va dans le bon sens mais, sur ce point, il mérite une précision.

Pour le patronat et la droite, la gauche va dans le bons sens, mais elle ne va pas ni assez loin ni assez vite... Vous aviez voté pour ça ?

> Pierre Gattaz : « Le Medef est prêt à jouer le jeu du pacte de responsabilité » - Le Monde

> Jean-Luc Mélenchon : ça recommence mal

> Alba Ventura : "Hollande assume mal son discours proche de l'entreprise"

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07:18 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gattaz, hollande, ps, droite, gauche | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 20 novembre 2013

Bonnet rouge à toutes les sauces

Seule l'étiquette est bretonne

1242042294.jpgLe 31 octobre, deux jours avant la "manifestation contre l’écotaxe et pour l’emploi en Bretagne", la société Armor-lux, symbole du « Made in France » façon Montebourg, déposait  la marque « Les bonnets rouges » à l’Institut national de la propriété industrielle (Inpi), en tant que vêtements.

Selon le pdg d'Armor Luxe, les bonnets fabriqués en Écosse ( vivre et travailler au pays, gardarem lou Breizh et redressement productif) " ont été vendus au collectif au prix coûtant de quatre euros ". 

Les bénéfices et l'étiquette sont bretonnes.

S'engouffrant dans cette com' apolitique, le mouvement d’extrême-regionalisme, Réseau identités, qui entend " œuvrer pour des régions autonomes, dans une France forte et une Europe souveraine afin de protéger nos peuples et notre civilisation ", a  également déposé la marque « Bonnets rouges ».

 

> " Bonnets rouges. C'est désormais une marque ", Ouest-France.

> " Bonnets rouges: le pdg d'Armor Lux confirme nos informations " Humanité.

10:07 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : quimper, bonnets rouges, droite | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mardi, 24 septembre 2013

Bernanos et la guerre civile espagnole

ESPAGNE - Le 14 avril 1931,  le Front populaire proclamait l’abolition de la monarchie et l’avènement de la Seconde République espagnole, qui dura de 1931 à 1939.

(...) elle avait adopté la devise, Liberté, Égalité et Fraternité, et proclamé que l’Espagne est une « République démocratique de travailleurs de toutes les classes. ». Elle avait également institué la laïcité, stipulant la stricte séparation des Églises et de l’État, et son corollaire, les libertés de conscience et de culte, l’introduction du mariage et du divorce civils, une École publique mixte, laïque, obligatoire et gratuite.
Elle avait aussi instauré le suffrage universel ; le droit pour les femmes d’être électrices et éligibles ; la protection sociale ; la liberté d’association, qui avait permis un essor des vies syndicales et associatives ; la mise en place d’un Conseil constitutionnel et d’une réforme agraire (limitée). De même qu’elle avait accordé l’autonomie à certaines régions, Catalogne, Pays Basque, Galice.  Respublica

L' offensive de la contre-révolution fasciste débuta dès le résultat des élections de février 1936 qui,  après l'épisode de la Confédération espagnole des droites autonomes de novembre 1933 à la fin de 1935, consacrait le retour au pouvoir du Front populaire. Il s'agit alors pour les classes dominantes  d'en finir une bonne foi pour toute avec les mesures progressistes du Front populaire et de mettre fin au système politique d'une république laïque et sociale.

La guerre civile éclatait donc en Espagne. trois ans plus tard, en 1939, la dictature franquiste triomphait : issue du coup de force de l’armée, de l’oligarchie et de l’Église contre la jeune république espagnole, elle installait ses quartiers pour trente cinq années interminables comme le rappelle Arrabal dans sa Lettre au général Franco :

   C'était une époque de terreur dans tous les domaines,
   jusqu'à l'hystérie :
   Terreur politique, naturellement,
   mais aussi terreur religieuse et sexuelle.
  Par exemple, le foyer de l'employé, centre catholique madrilène, s'occupait de surprendre les amoureux réfugiés dans les parages obscurs de la caserne de la Montana, pour leur donner une bonne raclée ou les arroser avec des seaux d'eau froide.
   « Et ils peuvent s'estimer heureux, ces sales cochons-là qu'on ne les dénonce pas à la police. »
   Ces années, ces lustres, pendant lesquels se déroulèrent notre enfance et notre jeunesse... Combien ont pu y échapper sans dommage ?
(...)
   Combien d'hommes s'exhibaient encore et encore dans des manifestations, des meetings, des ; réunions de centuries ou dans des églises parce qu'ils  redoutaient qu'un jour on  apprît qu'ils  avaient appartenu à un syndicat ouvrier ou à un parti démocratique.  
   Des hommes angoissés qui demandaient à leurs ! amis ayant des « relations » :
   « Je ne suis pas fiché, n'est-ce pas ? »
   Quelle peur panique d'être fiché par la police !
   Nous étions tous fichés
   Les martyrs
   Les héros
   étaient en exil ou en prison
   comme au temps de l'inquisition.
   Mais je voudrais vous parler de ces autres martyrs,
   les martyrs du silence :
   Des hommes modestes, honteux dans leur for  intérieur
   qui se jugeaient coupables d'avoir trahi leurs idées.

_-_
  

Georges-Bernanos.jpgGeorge Bernanos et sa famille furent surpris par la guerre dans les Baléares où l'écrivain séjournait depuis 1934. Bernanos, catholique, monarchiste et disciple de l'antisémite Drumont, admirait le mouvement fasciste de la Phalange espagnole fondé par José Antonio Primo de Rivera - le fils de Rivera, l’ancien dictateur au pouvoir en Espagne de 1923 à 1930. Dans un premier temps, il adhéra même à la volonté des nationalistes espagnols de renverser la République au nom d’un idéal moral et religieux

« À Majorque, il était ami de son chef provincial, le marquis Alfonso de Zayas, capitaine d’artillerie et pilote, dont un fils avait épousé sa fille Claude et sous les ordres duquel son fils Yves se trouva en quelque sorte placé lorsque, âgé de 17 ans, il adhéra, en 1935, à une organisation qualifiée dans les Grands Cimetières de «parfaitement honorable». Bernanos évite de citer nommément Zayas dans son livre.

Au  " soulèvement national " contre la République, déclenché par Franco le 18 juillet 1936, et facilement vainqueur à Majorque, il eût préféré le coup d’État phalangiste que Zayas contribuait à préparer, mais en novembre, il ne jugeait pas encore dévoyée la croisade qu’avait préconisée le fondateur de la Phalange, puisqu’il célébrait Franco et plusieurs autres généraux rebelles. » Adrien le Bihan

Entre juillet 1936 et janvier 1937, George Bernanos rédigea néanmoins Les grands cimetières sous la lune, un pamphlet publié à Paris en 1938 qui témoigne de la brutalité du franquisme naissant et de la complicité de l’Église.

« Dès lors, chaque nuit, des équipes recrutées par lui opérèrent dans les hameaux et jusque dans les faubourgs de Palma. Où que ces messieurs exerçassent leur zèle, la scène ne changeait guère. C’était le même coup discret frappé à la porte de l’appartement confortable, ou à celle de la chaumière, le même piétinement dans le jardin plein d’ombre, ou sur le palier le même chuchotement funèbre, qu’un misérable écoute de l’autre côté de la muraille, l’oreille collée à la serrure, le cœur crispé d’angoisse. - « Suivez-nous ! » - ... Les mêmes paroles à la femme affolée, les mains qui rassemblent en tremblant les hardes familières, jetées quelques heures plus tôt, et le bruit du moteur qui continue à ronfler, là-bas, dans la rue. « Ne réveillez pas les gosses, à quoi bon ? Vous me menez en prison, n’est-ce pas señor ? –  Perfectamente », répond le tueur, qui parfois n’a pas vingt ans. Puis c’est l’escalade du camion où l’on retrouve deux ou trois camarades, aussi sombres, aussi résignés, le regard vague ... Hombre ! La camionnette grince, s’ébranle. Encore un moment d’espoir, aussi longtemps qu’elle n’a pas quitté la grand-route. Mais voilà déjà qu’elle ralentit, s’engage en cahotant au creux d’un chemin de terre. « Descendez ! » Ils descendent, s’alignent, baisent une médaille, ou seulement l’ongle du pouce. Pan ! Pan ! Pan ! - Les cadavres sont rangés au bord du talus, où le fossoyeur les trouvera le lendemain, la tête éclatée, la nuque reposant sur un hideux coussin de sang noir coagulé. Je dis fossoyeur, parce qu’on a pris soin de faire ce qu’il fallait non loin d’un cimetière. L’alcade écrira sur son registre : « Un tel, un tel, un tel, morts de congestion cérébrale. »  

francoA Palma de Majorque, la Terreur blanche, eut comme bras armé les phalangistes, puis ce fut un Italien [1] qui poursuivit la répression relayée par l’évêque de Palma, José Miralles que Bernanos considéra comme le responsable de l’épuration de l’île.

L’écrivain relate le massacre méthodique de suspects et de prisonniers républicains capturés dans les tranchés de Catalogne. On y voit ses coreligionnaires œuvrer crucifix au poing pour le salut des âmes :

« On conduisit le bétail jusqu’à la plage où on le fusilla sans se presser, bête par bête. Je ne mets nullement en cause l’évêque archevêque de Palma ! il se fit représenter, comme d’habitude, à la cérémonie, par un certain nombre de ses prêtres qui, sous la surveillance des militaires, offrirent leurs services à ces malheureux. On peut se représenter la scène : « Allons, padre, celui-là est-il prêt ? – Une minute, monsieur le capitaine, je vais vous le donner tout de suite. » Leurs excellences affirment avoir obtenu, dans de pareilles conjonctures, des résultats satisfaisants, que m’importe !

Le travail achevé, les Croisés mirent les bestiaux par tas, absous et non absous, puis les arrosèrent d’essence que l’on appelle là-bas gazoline. Il est bien possible que cette purification ait revêtu alors, en raison de la présence des prêtres de service, une signification liturgique. Malheureusement je n’ai vu que le surlendemain ces hommes noirs et luisants, tordus par la flamme. Un goudron puant sortait d’eux, par rigoles, et fumait sous le soleil d’août.

Précisément, je crois que M. Bailby [2], directeur du Jour, est quelque chose au Syndicat des Journalistes. Je l’informe donc en passant que M. le baron Guy de Traversay, secrétaire général de l’Intransigeant, était parmi ces morts là. »   

Si dans Les Grands cimetières sous la lune, George Bernanos dénonce les excès de ses copartisans, sauvant ainsi l’honneur des catholiques de droite, comme il est fréquent de le lire, il conserva ses convictions et resta dans son camp :

«  Il a fustigé Franco, Pétain et Hitler, mais en précisant toujours que la démocratie lui inspirait le même mépris que le fascisme. Il a rallié le général De Gaulle dès le 18 juin 1940, mais ce qu'il aimait dans la France Libre, c'est d'abord son gouvernement insurrectionnel établi à la suite du coup de force, ce coup de force dont il rêvait lorsqu'il était camelot du Roi et que Maurras fut toujours incapable de risquer.

Pour Bernanos, Vichy incarnait la tradition de démocratie, avec ses petits calculs et ses grosses compromissions. Londres, à l'opposé, perpétuait une tradition de liberté qui permit à une poignée d'hommes libres d'écrire l'Histoire de France comme on écrit un roman.

Bernanos ne manquait jamais de rappeler que le général De Gaulle s'était très bien passé du suffrage universel : « Si en 1938, au cours du hideux Septembre, constatait-il, nous avions interrogé le suffrage universel, le suffrage universel se fût prononcé pour la paix honteuse. En juin 1940, il eût plébiscité le Maréchal ». Agora

La situation politique en Espagne lui faisant encourir des dangers pour ses prises de position, Bernanos rentra en France en mars 1937. En 1938 il partit en Amérique latine d'où il condamna le régime de Vichy qui trahissait "l’esprit national"...

" Jusqu’à la fin de ses jours, Bernanos continue à s’exprimer sur la situation politique de son pays qui lui inspire dégoût et désillusion et ne cesse d’en appeler au retour des valeurs morales et spirituelles qui n’ont cessé d’être au cœur de ses préoccupations littéraires."  Denis Vigneron

franco

En France, le gouvernement du Front populaire de Léon Blum, empêtré dans  une non-intervention officielle, n'aida que faiblement et de manière détournée l'armée républicaine.

En novembre 1938, le gouvernement Daladier publiait un décret-loi qui aggravait  des dispositions antérieures prises contre les étrangers : l'assignation à résidence – déjà prévue par le décret-loi du 2 mai – était complétée par l'institution de centres d'internement des " étrangers indésirables".

En janvier 1939 le premier de ces centres était créé à Rieucros en Lozère et, dès février,  quarante  réfugiés autrichiens et juifs allemands anti-nazis y étaient internés, les premiers d'une très longue liste.

«  L'aide qui a fait défaut à l'Espagne a contribué de manière décisive à modifier les rapports de force entre le fascisme et la démocratie en Europe et dans le monde, et à accéléré la course vers la deuxième guerre mondiale »  Pietro Nenni

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1- Ce faux aristocrate connu sous le connu « Comte Rossi » appartenait aux Chemises noire et fut envoyé par Mussolini accomplir ses basses œuvres à la demande du marquis de Zayas.  

2- Léon Bailby fut ce nationaliste, grand patron de presse franco-française qui vomit sur les les juifs, les communistes, les francs-maçons, les républicains espagnols etc. Il embrassa avec fougue le pétainisme et, en 1940, fonda L'Alerte, diffuseur du catéchisme officiel du gouvernement de Vichy.

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> Des créateurs contre la barbarie : Les écrivains et la guerre d’Espagne, par Emilio Sanz De Soto, avril 1997 – Monde diplomatique.

> Bernanos, la Phalange et le cimetière de Manacor, par Adrien le Bihan.

> Les Grands cimetières sous la lune de Georges Bernanos : témoignage d’un homme libre ou imposture ?, Denis Vigneron - Acta Fabula.

> Les caractéristiques sociales du Mouvement Phalangiste Espagnol (1946) - Article de Juan Andrade paru dans Masses N°2 du 15 mars 1946. – Bataille socialiste.

Trois écrivains au côté de la République :

> Hommage à la Catalogne (1938), livre de reportage et de témoignage de George Orwell qui s'engagea  les milices du Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM)durant les sept premiers mois de 1937. (extrait)

L’Espoir de Malraux (1937). Les débuts de la guerre d'Espagne où l'enjeu est la Révolution mondiale confrontée au fascisme.

> Un testament espagnol d'Arthur Koestler (1937). Correspondant de guerre pour le  News Chronicle, Koestler fut capturé à Malaga par les troupes de Franco. Jugé sommairement et condamné à mort il passa trois mois en prison en s'attendant à tout moment à être exécuté. Il fut libéré grâce à une campagne internationale en sa faveur. (Dialogue avec la mort, (1937) est un mémoire autobiographique qui relate cet emprisonnement.

vendredi, 07 juin 2013

Les huiles et le feu

La droite décomplexée et ses radicales casseroles préparent leur retour.

" Hollande veut du sang, il en aura " déclarait il y a peu  Barjot, l'échevelée chroniqueuse mondaine et égérie papolâtre des "familles à poussettes" du mouvement "anti-mariage pour tous".

C’est à l’Assemblée nationale qu’on a vu des députés opérer une "descente avec menace physique" et essayer de frapper un collaborateur du ministre de la Justice qui aurait eu le mauvais goût d'avoir une mimique à leur endroit...

C’est le député UMP Mariton qui, après cent cinquante heures de débat au parlement, parlait de "coup d’état institutionnel ", et Poisson de "Putsch institutionnel de gauche"  et Guaino, l'inaltérable ancien conseiller de Sarkozy,  de " coup de force législatif ",

" Bien-sûr, les discours des tribuns n’ont jamais de relation directe avec les actes des extrémistes, mais ils installent un certain climat. Quand les responsables, sous couvert de discours décomplexés, se mettent à lâcher leurs mots, les exaltés les reçoivent cinq sur cinq.
Et ils lâchent leurs coups. " (Hubert Huertas)

 

Des milliers de manifestants se sont mobilisés après la mort de Clément Méric, militant anarchiste, frappé à mort par un skinhead.

 clément méric,droite,extrême droite

     A Brest