15.08.2009

Lourdes

En 1891, Zola, de passage à Lourdes,  est saisi par le spectacle  de la nouvelle ville née  des hallucinations d'une enfant. L'année suivante, au terme d’une  enquête sur le terrain, il rédige le témoignage romancé d'un pélerinage où se presse une humanité souffrante  qui aspire tout simplement au bonheur.

"Les autorités exigeaient l'ordre, le respect d'une religion sage, le triomphe de la raison ; tandis que le besoin d'être heureux emportait le peuple au désir exalté du salut, dans ce monde et dans l'autre. Oh! ne plus souffrir, conquérir l'égalité du bonheur, ne plus marcher que sous la protection d'une Mère juste et bonne, ne mourir que pour se réveiller au ciel !
Et c'était forcément ce désir brûlant des multitudes, cette folie sainte de l
'universelle joie, qui devait balayer la rigide et morose conception d'une société bien réglée, où les crises épidémiques des hallucinations religieuses sont condamnées, comme attentatoires au repos des esprits sains."

2 extraits à la suite

Lire la suite

12.08.2009

"L'épiphanie de l'histrion fleurdelysé..."

A Sa Majesté la Reine de Portugal,
Laurent Tailhade

(...)

Autrefois, dans ce bon vieux temps où la Monarchie et l'Église, l'une et l'autre glaive au poing, absorbaient la richesse publique, où le Spirituel, d'accord toujours avec le Temporel, efficacement, collaborait à la tonte du bétail humain, le Peuple s'empressait afin de contempler les Rois.
Borgne, bancal, scrofuleux comme Charles IX, idiot comme Louis XIII, ou fétide comme Louis XIV, le Prince en justaucorps doré, en pourpoint de satin ou même en redingote bleue, ainsi qu'on voit Louis-Philippe sur un vitrail de Saint-Denis, le Prince, entouré d'une pompe religieuse et militaire, à la fois évêque et généralissime, donnait contentement au goût français pour les dictateurs et les prélats. Deuil, hyménée ou baptême, processions ou carnages, tout servait de prétexte à l'épiphanie de l'histrion fleurdelysé.
La maladie elle-même, les infirmités les plus dégoûtantes concouraient à l'apothéose. Et du trône à la garde-robe, le monarque très chrétien gardait son allure triomphante. Un  troupeau de ducs, de gentilshommes, de princesses et de mémorialistes se prosternaient devant la bile noire et les digestions du Roi-Soleil, Dangeau n'a pas fait grâce d'un lavement à la postérité.
Chose plus étrange la foule obscure, qui n'attendait ni grands cordons, ni brevets, ni épingles de la cassette royale, dont les femmes et les vierges ne montraient pas les quartiers suffisants pour les ruelles de Versailles et ne pouvaient, comme les Rohan, les Mortemart ou même  les Sabran, offrir à l'Oint du Seigneur des gouines blasonnées, la foule ne voulait rien perdre néanmoins du royal spectacle. Elle tenait  à voir son maître au lit, à table, à la promenade, à la messe, au bal, sur sa chaise percée, remportant des victoires toutes faites, dansant une entrée de ballet ou jetant des épluchures aux carpes de Fontainebleau.

(...)

Laurent Tailhade (1854-1919).
A Sa Majesté la Reine de Portugal
.
Lettres familières. 1904.

02.08.2009

Grasse matinée & jeu de langue

Boby Lapointe
"Grimace ratatinée en rime à grasse matinée"

T'en souvient-il, tordu, la grasse matinée
Que tu vécus un jour de Mars en Gâtinais?
Dans ce buffet de gare estaminet,
De désir une vieille garce t'animait
T'offrant son trou en disant: "Grattes ça, minet"
Ton pied que tu enfouis jusqu'au tarse, gaminet
Fouillait jusqu'à son épigastre, marinait
Mais chez ces vieux boudins l'organe tard s'y met
A réagir et vrai l'orgasme tard y naît,
C'est pourquoi ces foutues pétasses graminées
Recherchent des méchants aux xames gratinés
Mais youpi ! tout soudain ta braguette s'animait
Et jaillissant ton gros cigare se mâtinait
De violet, étalant sa masse gratinée
Pour gicler d'un jus clair trois grammes satinés,
Puis, "pof", s'affaler, fugace martinet
Qui fit dire au vieux tas: "Ma grâce t'a miné."
Ouais, elle est gratinée, ta grasse matinée.

26.07.2009

Bigoudens & Bigoudennes

"Quel est votre opinion sur ce peuple, vous qui avez tant voyagé..."

Dans la seconde moitié du XIXème siècle, Mahé de la Bourdonnais, à la recherche de ses cousins de Basse-Bretagne, arrive à  Pont-l'Abbé. Pour mieux comprendre ce pays aux "confins du Finistère",  il se procure un "cours de dialectes en langues celtiques et françaises " et l'Histoire de Bretagne de Pitre Chevalier.
Comme lors de ses voyages en Inde et en Indochine,  il chausse  également ses lunettes d'anthropo-sociologue d'époque et trouve aux bigoudens, ces "Bretons pur sang", des affinités jusque là ignorées mais qui resteront longtemps en vogue.

55729_1376361769.jpg
Penmarc'h, une charreté de bigoudens  -
Départ pour la récolte de goémon -

Sur ces entrefaites j'allais voir !e rédacteur en chef du  Finistère, journal de Quimper, pour y faire mettre une  insertion au sujet de mon ouvrage " Un Français en Birmanie " qui venait d'être réédité. Je présentais des photographies de la Birmanie et nous sommes arrivés à causer des " Bigouden " de Pont-l'Abbé, si remarquables par leurs costumes, leurs broderies et leurs mœurs, si différents des autres Bretons au point que les Quimpérois les appellent communément des Chinois, et qu'il n'y a pas à Quimper une seule boutique ou commerce tenu par un " Bigouden ". Elles (sic) ont le  monopole de la " marée " et tous les matins elles arrivent des campagnes environnantes ou des bords de la mer, étaler leurs produits agricoles ou leur pêche, sur la place du marché; mais le soir venu il ne reste pas un seul habitant de Pont-l'Abbé à Quimper.

C'était le 16 juin qu'en causant, M. P., le rédacteur du Finistère me dit qu'on croyait généralement que les "Bigouden " étaient d'origine phénicienne. Ce à quoi je répondis en disant qu'ils ne pouvaient pas être d'origine  phénicienne, qui étaient représentés comme un des beaux types de l'Orient ; tandis que les Bigouden sont foncièrement laids et n'ont rien de commun avec le type grec.

Lire la suite

10.07.2009

Brest : voyage dans le temps

RequestDigitalElement?O=IFN-7741593&E=JPEG&Deb=1&Fin=1&Param=C

"Vieux château de Brest. Finistère" Eugène Cicéri (1813-1890)

_-_-_

Notes d'un voyage en Bretagne effectué en 1780 ,
par Louis Desjobert  (1751-1822)

(6 mai 1780 - extraits)

Mon séjour à Brest a été assez désagréable, car j’y ai eu mauvais temps.  J’étais fort mal logé dans une maison des plus malpropres, ayant au-dessus de moi des voisins qui faisaient un bruit incommode et continuel, marchant avec des sabots sur des planchers fort minces, chantant tantôt le Te Deum ou le De profundis, des ariettes de la comédie italienne, ayant chiens, chats, perroquets, hautbois. Etc. J’avais beaucoup de peine à travailler.

Pour vivre, j’ai fait venir, lorsque je mangeais chez moi, de chez la femme Desmarets, sur le Champ de Bataille, à côté de la comédie, fort cher, mal apprêté et incommode à servir . Elle ne me fournissait pas même de linge, personne ne fait ainsi, tous les étrangers, ou mangent dans les maisons, ou vont aux tables d’hôte, cela n’était guère décent pour moi, qui mangeais chez l’intendant, M. de Langeron, etc. D’ailleurs ces tables d’hôte sont ordinairement formées de différents corps de militaires.
Mauvais pain salé. J’aurais pu facilement avoir de celui des vivres qui est excellent, en demandant à M. de la Porte la permission d’en acheter.

De la Sosais, bon confiseur sur la place Médisance au coin de la rue Saint-Louis, bon pâtissier, rue des Mal Chaussés, qui fait tous les matins de fort bonnes petites brioches.

Mon hôtesse, la femme Briare, était une Acadienne, prête d’accoucher, d’une stupidité singulière, manquant de tout. Quatre mauvaises chaises de paille, un fauteuil à moitié cassé, deux tables aussi branlantes l’une que l’autre, un lit prêt à tomber en canelle, faisaient tout mon ameublement. J’ai été obligé de faire faire une clef des commodités, fort malpropres, elle ne se trouvait jamais quand j’en avais besoin.

Obligé d’acheter 4 assiettes, 6 serviettes, pots de terre pour mettre de l’eau…j’ai appris trop tard que la femme Desmarets, la même qui me donnait à manger, avait plusieurs chambres fort propres, dont elle m’aurait donné une à un écu par jour, mais j’étais établi, je ne pensai pas à changer. Quant au bois dont je ne pouvais me passer, pour me chauffer, je n’en ai trouvé d’autre que les copeaux que les charpentiers vendent à la sortie du port.

On regarde comme un grand plaisir de voyager, il s’en faut bien, surtout dans ce pays-ci.

La ville est assez bien  percée et mieux qu’on ne le dit, les rues de Siam, Grande rue, de la Communauté de Saint-Yves, sont fort belles. Le port est, quand il pleut, d’une saleté abominable, et il est bien étonnant que le Roi ne fasse pas la dépense de le paver, cela ne coûterait pas 100.00 fr. qui n’est pas la 10° partie d’un seul vaisseau de ligne de 100 canons. Cela est bien malsain et désagréable pour ceux qui y passent leur vie.  Quelle différence des ports de Hollande, en petites briques sur le champ. Dans les pays libres, le gouvernement s’occupe bien plus des individus ; Au reste, le port de Brest se sèche promptement au moindre beau temps.  On ne m’a pas demandé une seule fois à aucune porte ma carte pour y entrer. Cependant, il est toujours bon d’en avoir une. Dans cette ville, on ne doit point sortir, habillé ou non, sans épée, c’est l’usage à cause de la grande quantité de militaires de toute espèce, et elle est utile pour être distingué de ceux qui n’ont pas le droit de la porter. D’ailleurs un habit de drap uni suffit, il est inutile d’être galonné et je n’ai pas vu un seul habit de velours de la saison. Il est nécessaire d’être pourvu d’un manteau ou redingote par-dessus son habit. J’ai fait grand usage de la mienne contre la pluie et le froid .

On peut entrer hardiment dans les magasins et ateliers, questionner et voir travailler les ouvriers. Il n’est pas vrai qu’il y ait à craindre d’être insulté par les gardes et les officiers de marine. Étant prudent, il n’arrive guère plus d’affaires que partout ailleurs.

Il y a un grand café à côté de la comédie, où j’ai déjeuné deux  fois, mauvais orgeat, mauvaise bavaroise, détestables petits pains. Les petits gâteaux sont en usage dès le matin.

On peut se promener assez agréablement sur les remparts depuis l’esplanade du château jusque derrière les casernes de  la marine.   A 10 h. est la retraite bourgeoise, passée laquelle heure les bourgeois ne peuvent plus aller sans lanterne, à onze heures du soir est  la retraite militaire.

RequestDigitalElement?O=IFN-7741599&E=JPEG&Deb=1&Fin=1&Param=C

"Environ de Brest. Finistère" Eugène Cicéri (1813-1890)

28.06.2009

N'est-elle pas inique et ingrate la société...

"N'est-elle pas inique et ingrate la société qui prodigue tant de biens à ceux qu'on appelle nobles, à des joailliers, à des oisifs, ou à ces artisans de luxe, qui ne savent que flatter et servir des voluptés frivoles ? quand, d'autre part, elle n'a ni cœur ni souci pour le laboureur, le charbonnier, le manœuvre, le charretier, l'ouvrier, sans lesquels il n'existerait pas de société. Dans son cruel égoïsme, elle abuse de la vigueur de leur jeunesse pour tirer d'eux le plus de travail et de profit ; et dès qu'ils faiblissent sous le poids de l'âge ou de la maladie, alors qu'ils manquent de tout, elle oublie leurs nombreuses veilles, leurs nombreux et importants services, elle les récompense en les laissant mourir de faim.

Ce n'est pas tout. Les riches diminuent, chaque jour, de quelque chose le salai­re des pauvres, non seulement par des menées frauduleuses, mais encore en publiant des lois à cet effet. Récompenser si mal ceux qui méritent le mieux de la république semble d'abord une injustice évidente ; mais les riches ont fait une justice de cette monstruosité en la sanctionnant par des lois.

C'est pourquoi, lorsque j'envisage et j'observe les républiques aujourd'hui les plus florissantes, je n'y vois, Dieu me pardonne! qu'une certaine conspiration des riches faisant au mieux leurs affaires sous le nom et le titre fastueux de république. Les conjurés cherchent par toutes les ruses et par tous les moyens possibles à atteindre ce double but :

Premièrement, s'assurer la possession certaine et indéfinie d'une fortune plus ou moins mal acquise ; secondement, abuser de la misère des pauvres, abuser de leurs personnes, et acheter au plus bas prix possible leur industrie et leurs labeurs.

Et ces machinations décrétées par les riches au nom de l'État, et par conséquent au nom même des pauvres, sont devenues des lois."

Thomas More, Utopie- 1516

2_02b.jpg


>
Le texte intégral aux  différents formats -  Université du Quebec à Chicoutimi

> Une belle exposition virtuelle sur les" utopies,la quête de la société idéale en Occident" -  site de la BNF

14.06.2009

Ecume des jours

dufraisse30-01-09-2.jpgLe Collectif La Bouée adapte "l’Écume des jours" de Boris Vian. A écouter dans l'émission Fiction, théâtre et Cie, dans une réalisation : Jean-Matthieu Zahnd. Jean Sol Partre étant excusé.


- Alors, dit le directeur.
- Eh bien, voilà!... dit Colin.
- Que savez-vous faire? demanda le directeur.
- J'ai appris des rudiments..., dit Colin.
- Je veux dire, dit le directeur, à quoi passez-vous votre temps?
- Le plus clair de mon temps, dit Colin, je le passe à l'obscurcir.
- Pourquoi? demanda plus bas le directeur.
- Parce que la lumière me gène, dit Colin.
- Ah!... Hum!... marmonna le directeur. Vous savez pour quel emploi on demande quelqu'un, ici?
- Non, dit Colin.
- Moi non plus..., dit le directeur. Il faut que je demande à mon sous-directeur. Mais vous ne paraissez pas pouvoir remplir l'emploi...
- Pourquoi? demanda Colin à son tour.
- Je ne sais pas..., dit le directeur.
Il avait l'air inquiet et recula un peu son fauteuil.
- N'approchez pas!... dit-il rapidement.
- Mais... je n'ai pas bougé..., dit Colin.
- Oui..., oui..., marmonna le directeur. On dit ça... Et puis...

28.03.2009

Madame, je vous donne un oiseau pour étrenne

Poème en rire (galant)

"Madame, je vous donne un oiseau pour étrenne"

arcimboldo-HOMME2.JPG

Madame, je vous donne un oiseau pour étrenne
Duquel on ne saurait estimer la valeur ;
S'il vous vient quelque ennui, maladie ou douleur,
Il vous rendra soudain à votre aise et bien saine.

Il n'est mal d'estomac, colique ni migraine
Qu'il ne puisse guérir, mais sur tout il a l'heur
Que contre l'accident de la pâle couleur
Il porte avecque soi la drogue souveraine.

Une dame le vit dans ma main, l'autre jour
Qui me dit que c'était un perroquet d'amour,
Et dès lors m'en offrit bon nombre de monnoie

Des autres perroquets il diffère pourtant :
Car eux fuient la cage, et lui, il l'aime tant
Qu'il n'y est jamais mis qu'il n'en pleure de joie.

arcimboldo-eve2.JPG

Le sonnet d'Isaac Benserade, et les peintures d'Arcimboldo

18.03.2009

Enchères

Poème en rire

"Enchères" de Germain NOUVEAU - 1851-1920
738270162_f87a79524d.jpg
Au marché de Saint-Paul j'irai,
Ma petite et je te vendrai.
Je vendrai tes yeux effrontés
Cent beaux écus fort bien comptés.

Lire la suite

17.03.2009

Le Pendu

Poèmes en rire

Le Pendu
de Mac Nab,
Chanté par Trémolo

pendu.jpg

Paroles à la suite

Lire la suite

Toutes les notes