lundi, 16 juin 2014

Cyril Ramaphosa : bon appétit !

Jacob+Zuma+Mangaung.jpegCyril Ramaphosa l'ancien secrétaire général du Syndicat des mineurs (NUM) et le vice-président du Congrès national africain (ANC) est, depuis mai, vice-président de la République d’Afrique du Sud.

Selon l’hebdomadaire sud-africain The Sunday Times, ce serait l’homme le plus riche d’Afrique du Sud - après son beau-frère Patrice Motsepe, magnat minier et fondateur du groupe minier African Rainbow Minerals (ARM), dont la fortune était en 2013 la huitième d’Afrique , selon la revue américaine Forbes.

Julius Malema, le leader des " Combattants pour la liberté économique " qui vient d’être élu au Parlement, met en cause Ramaphosa dans le drame de Marikana où des grévistes du trust anglais du platine Lonmin furent abattus par la police. Un évènement considéré comme le pire drame dans ce pays depuis la fin du régime ségrégationniste de l’apartheid en 1994.

Le 16 août 2012, 3 000 employés de la compagnie minière britannique Lonmin, qui exploite autour de Marikana plusieurs mines de platine, réclament des hausses de salaire. La police est appelée pour mater les grévistes : 47 mineurs, tous noirs, seront  massacrés sous le faux  prétexte que les policiers se sentaient menacés.

" Dans la vidéo, apparemment prise par un policier, on entend un officier inviter ses collègues à faire preuve de retenue: "Le gars est là, qui court. Ne tirez pas sur lui, ne tirez pas sur lui!" Mais un instant plus tard, des coups de feu retentissent, puis la caméra se déplace sur un cadavre. Puis on entend un autre policier dire : "Cet enc... de sa mère, je lui ai tiré dessus au moins dix fois!" Selon Channel 4 News, ce corps a été retrouvé avec 12 impacts de balles." le Monde

A la suite du massacre, 270 grévistes furent accusés car " leur action avait contraint la police à tirer pour se défendre". C'était la mise en pratique de la doctrine de la Common Purpose appliquée en 1989 par un juge blanc : 14 Noirs innocents furent à l'époque condamnés à mort parce qu'ils étaient simplement "présents sur le lieu " où un policier noir avait été tué.  Face au scandale et grâce à une importante mobilisation le procès des grévistes fut annulé.

A l'époque, Cyril Ramaphosa, actionnaire de la compagnie minière Lonmin, siégeait à son conseil d’administration. Un des avocats des 200 mineurs arrêtés à Marikana a divulgué, devant la Commission Farlam chargée de faire la lumière sur cette tragédie, des courriers électroniques plutôt compromettants.  Dans un de ces messages Cyril Ramaphosa  écrit en effet à propos des grévistes : " …il ne s’agit pas d’un conflit du travail. Ces évènements sont clairement des actes criminels et doivent être définis comme tels. Il faut une action concomitante pour répondre à cette situation ".

" Au-delà des questions évidentes de droits de l’homme et de la nature des rapports entre employeurs et salariés, cet "événement" a créé la possibilité d’un renouvellement profond de la réflexion politique, dévoilant les caractéristiques, pouvant prendre des traits extrêmes,  de la classe dominante représentée par la fusion du capitalisme noir de Ramaphosa, la collaboration (par le biais de Ramaphosa) de Lonmin avec les ministres des Mines et de la Police et la brutalité des procureurs de l’État qui accusèrent les victimes d’être responsables du crime." Patrick Bond.

 *

> Cyril Ramaphosa, prochain président de l’Afrique du Sud ?, par Sabine Cessou -  RFI

> Afrique du Sud : « Le feu et la destruction » - Entretien avec Natacha Filippi - 23 décembre 2013.

> Afrique du Sud - Le massacre de Marikana : un tournant ?  Fédération des travailleurs des Industries du Livre, du Papier et de la Communication CGT - 3 septembre 2012

> Afrique du Sud. Zuma, Ramaphosa et le «capitalisme des copains» (II), par Patrick Bond - Alencontre

> Sophie Bouillon, prix Albert Londres 2009, pour son reportage "Bienvenue chez Mugabe, nous  apprend que Cyril Ramaphosa, le " révolutionnaire capitaliste" (sic) à " forte tendance socialiste " (re-sic), le symbole de cette "nouvelle lutte capitaliste" (re-re-sic) est aussi propriétaire des 145 restaurants McDonald’s d’Afrique du Sud et qu'il préfère le Filet-O-Fish au Big Mac. Merdalors !

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dimanche, 15 juin 2014

Soutien aux cheminots et aux intermittents du spectacle

Par le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP)

SOUTIEN AUX CHEMINOTS ET AUX INTERMITTENTS DU SPECTACLE

Le 15 juin 2014.

3992716853.pngLe Conseil national du M’PEP réuni les 14 et 15 juin salue le combat des cheminots et des intermittents du spectacle et soutient leur mouvement de grève.

Les travailleurs de la SNCF mènent le combat pour le rétablissement d’un grand service public du transport en s’opposant à la réforme que veut imposer le gouvernement avec la complicité de tous les partis de gouvernement. En éclatant la SNCF en trois EPIC distincts il prépare sa privatisation et l’ouverture à la concurrence, synonymes d’augmentation des prix, d’atteinte à la qualité du service et à la sécurité, voire de sa disparition dans les zones rurales « non-rentables », de dégradation des conditions de travail des personnels.

En imposant cette réforme, le gouvernement se conforme une fois de plus aux injonctions du Conseil européen qui « RECOMMANDE que la France s’attache, au cours de la période 2014-2015 :[…] dans le secteur ferroviaire, à garantir l’indépendance du nouveau gestionnaire unique des infrastructures à l’égard de l’opérateur historique et à prendre des mesures pour ouvrir le marché intérieur du transport de passagers à la concurrence avant 2019 ». C’est l’application des directives européennes qui conduit à la privatisation du système ferroviaire français."

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Quant aux intermittents du spectacle, c’est la culture vivante qu’ils défendent face au MEDEF et aux grosses entreprises du spectacle et de l’audiovisuel. En défendant leur régime, c’est le principe même de l’indemnisation chômage qu’ils défendent, que le patronat voudrait supprimer au prétexte d’améliorer la compétitivité. On veut maintenir les intermittents dans un état de précarité matérielle et morale, refusant de reconnaître leur rôle essentiel dans le développement d’une culture ouverte à tous.

Le combat engagé par les cheminots et les intermittents ne doit pas rester isolé. Pas plus que toutes les luttes que mènent tous les jours des travailleurs pour la défense de leurs salaires, de leurs conditions de travail, de leur emploi, sans que les médias à la solde des classes dominantes en parlent.

Le M’PEP appelle à soutenir les travailleurs et les citoyens en lutte et à créer partout les conditions de la victoire sur les classes possédantes, en imposant la souveraineté populaire et en se libérant de l’Union européenne."

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Manifestation des intermittents le 16 juin 2014.


Manifestation des intermittents le 16 juin 2014... par franceculture

Myrtil Jasmin Patriote

Le 27 prairial an II, (15 juin 1794), était déclarée à l'officier public de Dol-de-Bretagne la naissance de Myrtil Jasmin Patriote Loncle, fils de Jeanne Loncle, veuve et mère célibataire. Preuves vivantes de la crise du dogme et de la religion révélée, de la laïcisation et de la décatholicisation des campagnes ?

« Aujourd’hui vingt sept prairial, l’an second de la République française, une et indivisible, aux huit heures dudit jour, devant moi René-François-Thimotée Juhel La plesse, agent national et officier public de la commune de Dol, est comparu en la salle de la Maison Commune, Marie-Françoise Mondin, veuve Gilles Julien Bienvenu, sage-femme, domiciliée de Dol, âgée de cinquante-huit ans, assistée de Françoise-Jeanne Bienvenu, âgée de vingt et un ans, tailleuse et de Marguerite Domer, âgée de vingt-deux ans, lingère, femme du citoyen Jean Gilles Bienvenu, secrétaire de la municipalité de Dol, tous domiciliés de ladite commune, laquelle m’a déclaré que Jeanne Loncle, âgée de trente-trois ans, veuve de Mathurin Muguet, est accouchée aujourd’hui sur les deux heures et demie après-midi, dans sa demeure située rue de la Liberté, d’un enfant mâle, qu’elle m’a présenté et auquel elle a donné les prénoms de Mirtil-Jasmin Patriote, déclarant que ladite Jeanne Loncle n’est plus dans l’état du mariage depuis plusieurs années. D’après cette déclaration et la représentation de l’enfant, j’ai rédigé le présent acte que ladite et les deux témoins ont signé avec moi. Fait en la Maison Commune de Dol, les jours, mois et an susdits. »

Quelques mois plus tôt, le  le 15 ventôse an II, (5 mars 1794), c'est Brutus La Raison Espoir du Monde Coursin, que l'on déclarait dans cette même ville.

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Nadine Berthau, " Les prénoms révolutionnaires à Dol-De-Bretagne ", Annales historiques de la Révolution française, 322 | octobre-décembre 2000,  URL : http://ahrf.revues.org/1847  ; DOI : 10.4000/ahrf.1847

Annales historiques de la Révolution française, 322  / octobre-décembre 2000 : Les prénoms révolutionnaires,  url : http://ahrf.revues.org/32

Duine F. "La crise morale pendant la Révolution. Le divorce à Dol", Annales de Bretagne. Tome 25, numéro 1, 1909. pp. 14-19.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/abpo_0003-391x_1909_num_25_1_1319

09:45 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dol-de-bretagne, prénoms, révolution | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Jacques Toubon, de chaise en chaise...

Le missionnaire sautillant : sa vie son œuvre.

ToubonPour remplacer Dominique Baudis, décédé en avril dernier, au poste de Défenseur des droits, Hollande lorgne sur un ex-baron de Jacquouille la Fripouille, garde-fou de la Chiraquie aux temps des " affaires", ancien ministre de la culture et de la francophonie, puis de la Justice. Il faut dire que, question droit, Jacques Toubon est un homme d'expérience(s). Comment aurait-on pu ne pas penser à lui dans le cadre de cette "république exemplaire" pour défendre les citoyens quelles que soient leurs origines, leurs sexualités et leurs opinions ?

- Florilège -

Loi d'abolition de la peine de mort de Robert Badinter :

En 1981, Jacques Toubon vote contre le projet de loi qui abolit la peine de mort mais il  vote en  pour l'article 1er prescrivant que " la peine de mort est abolie "...

Délit d'Homosexualité :

Le 27 juillet 1982, Toubon vote contre l'abrogation de l'alinéa 2 de l'article 331 du Code pénal relatif aux relations homosexuelles avec les mineurs de plus de 15 ans.

Contrait d'union civil  :

En 1995, Toubon refuse, en tant que ministre de la Justice, l’examen de la proposition de loi socialiste créant le Contrat d’union civile (ancêtre du Pacte civil de solidarité) en ces termes : " Le gouvernement n’est pas favorable parce que l’ordre public s’y oppose. " Puis, s'étant découvert un intérêt pour la cause homosexuelle, il annonce, le 2 avril 1997, en conseil des ministres, qu'il faut songer à réformer le Code civil, notamment en direction " des couples vivant hors du cadre du mariage". Mais il parviendra à torpiller la réforme.

Affaire Xavière Tiberi :

En octobre 1996, Toubon met tout en œuvre pour éviter une mise en examen à Xavière Tiberi. L'épouse du maire de Paris est accusé d'avoir touché un salaire fictif de 200 000 francs pour un rapport contesté et bâclé sur la coopération décentralisée

"Le procureur d'Evry étant  en vacances dans l'Himalaya, Henri Dujardin, le procureur adjoint décide d'ouvrir une information judiciaire confiée à un juge d'instruction, contre l'avis de son supérieur hiérarchique qui n'avait ordonné qu'une enquête préliminaire confiée à la police. Qu"à cela ne tienne : dans l'espoir que Laurent Davenas, le procureur de l'Essonne, puisse revenir sur cette décision, Toubon, alors ministre RPR de la Justice, décide d'employer les grands moyens. " Un hélicoptère est alors affrété au Népal. Un membre de l'ambassade de France à Katmandou est chargé de remettre au procureur un document lui demandant de confirmer par écrit les consignes d'enquête préliminaire qu'il a laissées en partant..."(Le Monde)

Marchés publics de la Ville de Paris :  Le Canard enchaîné du 22 janvier 1997, met les palmes dans le bourbier des affaires de la Chiraquie :

" Pendant que l’Elysée discourt sur l’indépendance de la justice, le parquet général de Paris et le parquet de Créteil s’affairent. Les deux procureurs s’apprêtent à donner un sérieux coup de frein aux investigations du juge Philippe Vandingenen sur des marchés publics de la Ville de Paris passés à l’époque où Chirac en était le maire.

Charger d’enquêter sur un délit de favoritisme dont aurait bénéficié l’entrepreneur J.Lebourgeois, ce juge a constaté que d’autres sociétés ont, elles aussi, bénéficié d’appels d’offres truqués. Ils étaient lancés par la direction de l’architecture et le bureau des musées de la Ville de Paris. Mais le magistrat ne pourra pousser très loin ses recherches.

Pour pouvoir exploiter ses découvertes, Vandingenen avait besoin d’une réponse positive à la demande de réquisitoire supplétif qu’il a déposée en décembre 1996 sur le bureau du procureur Michel Barrau. Aujourd’hui, après consultation du cabinet de Toubon, le procureur général, Alexandre Benmakhlouf, s’apprête à lui signifier un refus tout net. Et un haut magistrat de conclure : "Accorder au juge ce qu’il demande lui permettrait d’enquêter sur tous les marchés de la Ville de Paris".  Et, bien entendu, il n’en est pas question. " Canard Enchaînné

Prises illégales d'intérêts :

Mis en examen en novembre 1999 pour « prise illégale d'intérêts », Toubon est écarté par Philippe Séguin de la tête de liste RPR pour les municipales de 2001 dans le XIIIe arrondissement.

Toubon est alors soupçonné d'avoir fait pression en 1995 sur la Safer Languedoc-Roussilon (Société d'aménagement foncier et d'établissement rural)  pour qu'elle favorise l'attribution d'un domaine agricolede 70 hectares dans le village de Castelnou à la société immobilière parisienne La Topaze, et ce au détriment d'un couple de restaurateurs qui a porté plainte. Le directeur de La Topaze,Roland Laplace, est aussi le coiffeur de Lise, l'épouse de Jacques Toubon.

Nous avons vainement cherché l'heureux dénouement de cette bien triste affaire... Non lieu ?

2012 - le missionnaire en or :

Comme nous le rappelle le Canard Enchaîné qui avait déjà éventé le précédent épisode heliporté :

En décembre 2010, Sarkozy lui avait offert une « mission de réflexion et de proposition sur les défis de la révolution numérique aux règles fiscales européennes«". Hollande a ensuite reconduit Toubon dans cette tâche de la plus haute importance. Et les premiers résultats sont à la hauteur des attentes.

Entre le 1er janvier et le 30 juin 2012, Jacques Toubon a ainsi amassé plus de 19 000 euros de notes de taxi. Près de 160 euros, en moyenne, par jour ouvré. Et aussi 8 679 euros de notes de restaurant, hors frais de mission à l’étranger ( 21 518 euros, tout de même). En revanche, et il faut le souligner, Toubon s’est montré d’une sobriété exemplaire pour les fournitures de bureau, les prestations d’impression ou de reprographie. Rien, zéro euro au compteur !

Au total, pour le 1er semestre 2012, la mission Toubon aura déjà coûté la bagatelle de 53 657 euros à l’ État. A quoi il convient d’ajouter la mise à disposition d’une assistante, d’un stagiaire et d’un bureau, rue de Tolbiac, à Paris. (Source)

On en oublie...?

On comprend que le syndicat de la Magistrature ait dit récemment tout le bien qu'il pensait de cette proposition de nomination où l'incompétence le dispute au choix partisan sur fonds musical de quelques casseroles :

(..) Lors de la réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008, le Syndicat de la magistrature avait dénoncé tant l’absorption – à des fins politiques - du Défenseur des enfants et de la HALDE dans cette autorité administrative indépendante, que la mainmise du président de la République sur la nomination du Défenseur, qui venait immédiatement contredire l’indépendance constitutionnellement affirmée.

Confier un tel pouvoir au Président de la République, même sous la condition de validation par les 3/5ème des membres des commissions des assemblées parlementaires, c’était autoriser toutes les nominations partisanes et créer les conditions d’une dépendance à l’égard de l’exécutif.

François Hollande a fait le choix de s’en départir, en proposant la nomination d’un membre éminent du RPR, proche de Jacques Chirac, et qui serait à cet égard insoupçonnable.

L’erreur est là. Car pour une telle fonction, l’appartenance partisane est indifférente. Ce qui ne l’est pas, c’est la compétence, la crédibilité et la capacité à incarner une indépendance au service des droits.

[...]

N’était-il donc pas possible de proposer comme Défenseur des droits une personnalité, transcendant les divisions partisanes, dont les convictions et les engagements sont forts et unanimement reconnus ?

Il appartient désormais aux commissions des assemblées parlementaires de nous le dire.

Dans une tribune publiée sur Rue89, les députés PS Yann Galut et Alexis Bachelay appellent les parlementaires à voter contre la nomination de Toubon.

Mehdi Ouraoui (Conseil national PS) et Julien Bayou (Porte-parole EELV) ont mis en ligne une pétition contre la nomination de Toubon.

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samedi, 14 juin 2014

"On a Slow Train" : David Linx & Diederik Wissels

"Session Jazz Vocal avec David Linx, chanteur originaire de Bruxelles, lié à l’œuvre de l’écrivain James Baldwin comme à André Ceccarelli. Il fête cette année 25 ans de collaboration avec le pianiste Diederik Wissels, plusieurs de leurs morceaux sont déjà inscrits dans le Real Book (livre de standards américain)... ils interprètent une de leur composition : On a Slow Train."



La Session de David LINX et Diederik WISSELS

Enregistrée à Radio France le 27 juin 2013.
Une programmation musicale signée : Matthieu CONQUET
Le Site du Rendez-vous : http://www.franceculture.fr/emission-le-rendez-vous

Région-Etat : féodalité et caporalisation

Corse : langue et système des dépouilles

" Le système des dépouilles repose sur la vieille idée de sinécure et de patronage : les postes dans les services publics sont distribués selon la faveur du prince. Il a conduit par exemple au spoil system pratiqué dans l’administration fédérale américaine au dix-neuvième siècle. Dans un tel système, la rotation des agents est fonction des majorités politiques au pouvoir. Une partie des emplois est réservée aux fidèles du ou des partis vainqueurs dans la lutte pour le pouvoir et l’exercice du gouvernement."  Christian De Visscher et Gauthier Le Bussy

cheval de troie.jpgL'Assemblée de Corse a voté le 17 mai la co-officialité du corse et du français qui prévoit l'utilisation de la langue corse "normalisée" dans tous les domaines de la vie publique, économique et sociale - comme l'éducation, les services publics et les médias.

Comme cette loi sera peut-être invalidée par le Conseil constitutionnel, le Conseil exécutif de la Collectivité Territoriale de Corse (CTC), à majorité de gauche, monte aux créneaux.

Paul Giaccobi, député du Parti radical de gauche de la 2ème circonscription de Haute-Corse et président du Conseil exécutif de Corse s'est dit prêt à saisir des instances internationales pour faire appliquer ce statut de co-officialité : 

"J’examinerai tous les recours sur le plan international, y compris la mise en évidence des contradictions de la France qui voudrait imposer, avec arrogance, à d’autres pays de faire vis-à-vis de leurs langues minoritaires ce qu’elle se refuse, elle, à faire pour ses propres langues minoritaires." Et d'ajouter : "Si la France était un pays normal, il n'y aurait pas difficulté... mais elle n'est pas un pays normal... Et a une sorte d'intolérance à la diversité et à l'identité de ses régions".

Heureux homme qui, malgré tout, aura fait - et poursuit - une carrière très normale dans un pays anormal.

La co-officialité est présentée sous les plus beaux atours pour ne pas effrayer les Corses par ses conséquences désastreuses (à propos de bilinguisme, il est déjà est déjà appliqué en Corse). L'anesthésiant se compose donc de formules magiques qui ont fait leur preuve comme "principe d'égalité", "progrès démocratique", etc. Ainsi Dominique Bucchini, parti-communiste-Front de gauche et président de l'Assemblée de Corse,  déclarait publiquement en avril :

" Ce cadre - la co-officialité - n’a pas d’autre objet que l’affirmation de l’égalité juridique des deux langues sur le territoire de la Corse, en vue d’une égalité réelle dans la société. un tel statut constituerait un progrès démocratique car, s’il créerait des droits nouveaux pour les individus, ça ne serait pas au détriment des droits existants ni en contradiction avec le principe d’égalité devant la loi ; on ne peut, par ailleurs, raisonnablement penser que la co-officialité, sur le territoire de la CTC, du corse et du français, serait de nature à saper les fondements de la République Française, dont le caractère " indivisible" s’accorde avec l’" organisation décentralisée".

Menaces et promesses ont de quoi inquiéter. C'est à Ange Rovère, historien, membre du PCF et ancien premier adjoint au maire de Bastia de nous alerter sur quelques unes de ses conséquences:

" Les articles 15 et 16 effacent le statut de la fonction publique, donnent à la Collectivité Territoriale, donc à une instance politique, un pouvoir régalien sur le déroulement des carrières des fonctionnaires suivant leur niveau de pratique du corse. C’est le retour de Vichy. Que des groupes ou des hommes partisans de l’ultra libéralisme aient voté cette forfaiture peut se comprendre. Mais comment des communistes ont-ils pu jeter à la poubelle le statut de 1946 porté sur les fonts baptismaux par Maurice Thorez ?

La suppression des instances paritaires est confirmée par les articles 7 et 10: un Conseil Académique Territorial composé majoritairement d’élus devient non seulement maître des programmes mais sera habilité à gérer le recrutement des enseignants et leur affectation toujours selon le critère du niveau de maîtrise de la langue.

Ce texte dont il faudrait décortiquer les 27 articles et leurs alinéa est clair: il vise à faire du corse une " langue nationale " comme une des bases de la construction d’une " région-état " dans laquelle le corps social serait remodelé dans une logique de " spoil system " à l’anglo-saxonne aux antipodes du socle républicain. En se prévalant d’une justification supranationale (La charte des langues régionales et minoritaires) la co-officialité sert de cheval de Troie à une caporalisation de la société et à une remise en cause des valeurs de la citoyenneté.

Ces dispositions, si elles étaient appliquées, représenteraient un danger au regard des principes qui sont les fondements de l’unité et de la cohérence de la République.

*

> Co-officialité de tous les dangers, par Ange Rovère - Respublica  (source France Corse)

>   Christian De Visscher et Gauthier Le Bussy, " La politisation de la fonction publique : quelques réflexions d’ordre comparatif ", Pyramides, 3 |- URL : http://pyramides.revues.org/538

>  CTC- La coofficialité u Corse et du Français alimente le débat  Les propos du ministre de l'Intérieur sur l'officialité de la langue corse suscitent encore des réactions. FranceTV-3

>  Les enseignants indignés par le projet de la CTC de co-officialité de la langue corse Corse-Matin - 2012 :

Fabien Minéo, secrétaire départemental du syndicat Snuipp-FSU, :

" Nous sommes contre le fait que la CTC adapte et vote les programmes scolaires, ce n'est pas raisonnable. De même, comment voulez-vous que la collectivité intègre les 4 500 fonctionnaires de l'Education nationale alors qu'aujourd'hui, il n'y a que 2 000 employés à la CTC ? Être fonctionnaire d'Etat c'est être certain de ne pas risquer la banqueroute comme on le voit en ce moment en Catalogne où la région autonome a des difficultés de budget. Mais globalement comment peut-on accepter que l'Education nationale tombe entre les mains politiques de quelque bord que ce soit ! "

vendredi, 13 juin 2014

Le sport et la mort : "Les gens ont l'air heureux..."

11 Septembre 1973 - L’armée du général Augusto Pinochet, appuyée par la CIA, bombarde le palais présidentiel. Après un combat de quelques heures, Salvador Allende, président du Chili depuis 1970, prononce à la radio son dernier discours avant de mourir.

Pinochet et ses complices prennent le pouvoir et installent la dictature qui s'éternisera durant 17 années. Du côté américain, Henry Kissinger, secrétaire d'État du gouvernement de Richard Nixon, écrit : "Aussi désagréables que soient ses actes, le gouvernement de Pinochet est meilleur pour nous que ne l'était Allende".

Le lendemain du coup d’État, l'Estadio Nacional de Santiago (60 000 places) est réquisitionné et transformé en camp de concentration - le plus grand du pays. Les opposants au nouveau régime y sont torturés et exécutés.

Le 11 septembre 1973, Victor Jara était à l’université technique de Santiago, où il enseignait le théâtre. Barricadé avec les étudiants, il est arrêté le lendemain et emmené avec 600 prisonniers, non pas au Stade national, saturé, mais dans le plus modeste Estadio Chile, un gymnase couvert. François-Xavier Gomez
Battu, les mains brisés Victor Jara sera assassiné au fusil-mitrailleur,  le corps criblé de 44 balles dont le coup de grâce dans la tête. 

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Estadio Nacional de Santiago 1973 © - 2014 / WC

Le 26 septembre 1973, en vue de la coupe du monde au Chilli prévue en 1974, les équipes chilienne et soviétique s'opposent à Moscou pour le match aller du barrage qualificatif. Mais pour organiser le match retour, il faut nettoyer le stade de Santiago que la presse internationale surnomme déjà le " stade de la mort".

Le comité d'organisation de la FIFA entérine la date du 21 novembre 1973 sous réserve d'un rapport satisfaisant de la part de ses deux délégués : Helmut Käser ( secrétaire général suisse) et Abilio d'Almeida (vice-président brésilien de l’organisation). Ils rendront, on s'en doute, un rapport impartial :  le stade est selon eux utilisé comme un centre d'orientation, les gens présents ne sont pas des prisonniers mais des détenus dont l'identité reste à établir de même que leur rôle durant les évènements du 11 septembre. Il précisent même  : " Nous avons trouvé que le cours de la vie était normal, il y avait beaucoup de voitures et de piétons, les gens avait l'air heureux et les magasins étaient ouverts, et on  nous a dit que contrairement à l'époque précédant le 11 septembre la  nourriture et d'autres biens étaient disponibles." ( Paul Dietschy)

" L’instance internationale du football, soucieuse de donner l’image d’un football indépendant des événements politiques, et préservant par la même occasion des intérêts économiques colossaux, cautionne la dictature de Pinochet et l’utilisation militaire du stade en acceptant le déroulement du match dans la capitale chilienne. " ( Les cahiers du football)

La fédération soviétique refuse de se déplacer au Chili et demande la tenue du match dans un pays tiers - ce qui lui est refusée. Pour effacer ce camouflet, et dans le plus pur style des dictateurs démentiels d'Amérique latine, Pinochet organise un simulacre de jeu : un arbitre, 40 000 spectateurs dans des tribunes nettoyées, onze joueurs chiliens... mais pas d'équipe adverse sur le terrain. Francisco Valdés, le capitaine de la sélection, assurera à son équipe la qualification pour la coupe du monde 1974 en marquant un but.

La sélection chilienne quittera malgré tout la compétition au premier tour sans avoir gagné un seul vrai match.


 

> Match de football Chili – URSS (1973) - Wikipedia

> Émission Partout ailleurs d'Eric Valmir  : '"Courir après un ballon, des montgolfières et le temps", Pinochet et le foot comme orgueil national -  " Le match le plus pathétique de l'histoire du foot, raconté par Adrien Bosc de la revue Desports qui publie ce mois un numéro spécial Coupe du Monde"

> Chili-URSS 73, les fantômes du Nacional, par - Les cahiers du football

> L’autre histoire de l’Estadio Nacional - par Nicolas, le blog Lucarne opposée.

 

77 pays font de l’homosexualité un crime

Sur le site de

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http://www.abolition.fr/

La terrible répression des homosexuels

Aujourd’hui encore, 77 pays dans le monde font de l’homosexualité un crime. Pire encore, 11 d’entre eux punissent l’homosexualité de la peine de mort : Afghanistan, Arabie Saoudite, Brunei, Émirats arabes unis, Iran, Mauritanie, Nigeria (dans les 12 États du Nord ayant adopté la charia), Soudan, Somalie (dans les émirats islamiques régis par Al Shabaab), le Pakistan et le Yémen.
La défense des droits des homosexuel-le-s est devenu un combat très périlleux mais indispensable. Explications et analyse avec Richard Sédillot, avocat et administrateur d’Ensemble contre la peine de mort (ECPM).

>> Lire l'interview

>> Voir la carte mondiale Homosexualité et Peine de mort


Homosexuels en Ouganda : « nous sommes discriminés, excommuniés »

Âgé d’une trentaine d’années, Moses Mulwinda a perdu sa famille, ses amis, son travail… en raison de son homosexualité. Il a été aussi humilié, agressé et torturé. Dans son pays, l’Ouganda, qui a adopté l’une des lois anti-gay les plus répressives d’Afrique, avoir des relations sexuelles avec une personne du même sexe est un crime passible de la prison à perpétuité et faire la « promotion » de l’homosexalité est illégal. Face à cette persécution étatique, qui a failli recourir à la peine de mort, Moses a décidé de réagir. Il est devenu le directeur des programmes de l’ONG Spectrume qui défend les droits des homosexuels de manière détournée. >>

> Lire le témoignage

FIFA : le capitalisme tourne rond

Sepp Blatter, président de la Fifa et membre du CIO, a affirmé que la Coupe du monde 1978 en Argentine, sous la dictature de Videla, avait été " une forme de réconciliation du public, du peuple argentin, avec le système politique, qui était à l’époque un système militaire". Malgré des appels au boycott en France, la compétition avait eu lieu.

fifa-go-home.jpgSao-Paulo : à quelques heures de l'ouverture du match inaugural Brésil-Croatie la police militaire a remplacé les poms-poms girls et a sorti son attirail : matraques, gaz lacrymogène et balles de caoutchouc. 

Mercredi, à Sao Paulo, des milliers de manifestants défilaient au cri de " Fifa go home ", et dénonçaient la spéculation immobilière et l'ingérence de la Fifa dans la législation brésilienne.

La FIFA

La mainmise de la FIFA se fait pas sentir que sur l’économie du pays organisateur :  au Brésil, un nouvel appareil législatif a été imposé par la FIFA. En juin 2012, le Parlement brésilien votait la " Lei Geral da Copa"  ( (loi générale de la Coupe) présentée devant le Congrès dès septembre 2011 par le député du Parti des Travailleurs, Vincente Cândido. Au delà de quelques mesures d’ordre " technique " cette loi marque l'emprise de la FIFA - Etat dans l'Etat - qui a même su imposer des modifications du code pénal : est ainsi considéré comme crime fédéral toute atteinte à l’image de la FIFA ou de ses sponsors ainsi que les publicités " d’embuscade " ou "d’intrusion " qui utiliseraient sans autorisation toute image reliée à la compétition et au football en général. Des tribunaux d'exception - tribunaux contraires à la Constitution brésilienne de 1988 - appliqueront plus rapidement les sanctions qui vont de la simple amende à des peines de deux ans de prison.

Comme le montrent les signataires de la tribune parue dans Libération "boycottons le foot et la Fifa

" Non seulement l’emprise de la Fifa sur l’organisation est totale mais elle s’exerce aussi sur le gouvernement brésilien et sur les Brésiliens eux-mêmes qui manifestent trop bruyamment aux yeux de Sepp Blatter, Jérôme Valcke, secrétaire général, ou encore Michel Platini, l’un des vice-présidents de la Fifa, qui souhaite que cessent les manifestations ("calmez-vous !"). Autrement dit, la souveraineté d’un pays de 200 millions d’habitants est mise à mal par une bande de marchands d’illusions installés dans une Suisse qui les protège par le biais de la forme juridique de la Fifa, organisation internationale non gouvernementale (association à but non lucratif de droit helvétique, inscrite au registre du commerce au sens des articles 60 et suivants du code civil suisse). De fait, la Fifa brasse des milliards d’euros et exerce sa puissance financière et idéologique dans une totale opacité."

> Boycottons le foot et la Fifa - Libération sports - Tribune par Michel CAILLAT Economiste, Pierre GUERLAIN Américaniste, Marc PERELMAN Esthétique philosophique, Antonin KOSIK Philosophe (République tchèque), Patrick VASSORT Sociologue, Valério ARCARY Historien (Brésil), Tilo SCHABERT Philosophe (Allemagne) et Charles-André UDRY Economiste (Suisse)

> Mondial : Comment la FIFA fait sa loi, par David Robert -So Foot

> Cette "loi Fifa" qui ligote le Brésil,  par Pauline Hofmann - Europe1

Bras de fer entre la FIFA et le Congrès brésilien Copa 2014 - Les exigences de la FIFA,  par Lucas Gardenal  - mars 2012

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Le mot de la fin : Les éclats sociaux de Platini qui auront peut-être échappés au non-adeptes peu télévisuels.

« Au Brésil, il faut absolument dire aux Brésiliens qu’ils ont la Coupe du monde et qu’ils sont là pour montrer les beautés de leur pays, leur passion pour le football et que s’ils peuvent attendre un mois avant de faire des éclats un peu... sociaux, ce serait bien pour le Brésil et puis pour la planète football, quoi. Mais bon, après, après on ne maîtrise pas, quoi…

Le climat est tendu, oui et bien justement, il faut qu’on appelle, nous, les gens à dire : le Brésil faîtes un effort pendant un mois, calmez-vous, rendez hommage à cette belle coupe du monde. On a été au Brésil pour leur faire plaisir. On a été au Brésil pour leur faire plaisir. Moi j’avais dis la dernière fois, si on va au Brésil c’est comme si, euh... les musulmans allaient à la Mecque, si les chrétiens allaient à Rome et si les juifs allaient à Jérusalem. C’est exactement ça d’aller à la Coupe du Monde au Brésil. Bon, c’est pour ça que tout le monde se fait une joie d’aller au Brésil ! Bien les Brésiliens il faut qu’ils se mettent dans l’idée de recevoir les touristes du monde entier et que pendant un mois ils fassent la trêve. Pas des confiseurs, mais qu’ils fassent une trêve.»

> Platini recommande aux Brésiliens d’augmenter les doses d’opium - Jérôme Latta, 28 avril 2014

jeudi, 12 juin 2014

Prisonniers palestiniens : 50 jours de grève de la faim

  Détenus palestiniens dans la prison d’Ayalon, à Ramla, au sud-est de Tel-Aviv

 3992716853.pngRamallah occupée, 5 juin 2014 Des détenus administratifs palestiniens entrent aujourd’hui dans le 43e jour de grève de la faim effective qu’ils ont lancée pour protester contre la politique des détentions administratives, alors que ni les corps et institutions internationaux, ni l'’Autorité palestinienne n’exercent de pression sur la puissance occupante en vue de protéger les grévistes de la faim.

Addameer estime que ce silence aide la puissance occupante dans son refus d’accéder aux revendications des grévistes de la faim. Ceci est visible à travers deux faits extrêmement dangereux : primo, dans le fait que le Service pénitentiaire israélien (IPS – Israeli Prison Service) a informé le comité des grévistes de la faim qu’il n’était pas dans son pouvoir de négocier avec les grévistes et, secundo, dans la tentative du pouvoir occupant de faire passer une loi qui permettra de nourrir de force les grévistes de la faim.

Bien que l’Association médicale israélienne s’oppose fermement à cette proposition de loi en vue de nourrir les grévistes de force, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré récemment que l’on trouvera bien des médecins israéliens qui se chargeront de cette alimentation forcée et il a également déclaré que le processus de promulgation de cette loi sur l’alimentation forcée sera accéléré, et ce, afin d’essayer de traiter du cas des actuels grévistes de la faim. Et, en effet, si cette loi devait passer, elle aurait de sérieuses implications car, comme le dit l’Association médicale mondiale dans sa Déclaration de Malte concernant les grévistes de la faim, « l’alimentation forcée n’est jamais acceptable sur le plan de l’éthique ».

L’IPS et ses unités spéciales continuent à prendre des mesures punitives extrêmes contre les grévistes de la faim dans une tentative de briser leur grève. Ces mesures comprennent l’interdiction de toute communication avec le monde extérieur ; la restriction de l’accès à leurs conseillers juridiques ; le transfert continuel des grévistes de la faim d’une prison à l’autre ; l’isolement ; l’enfermement solitaire de la direction des grévistes de la faim ; le refus des visites de la famille ; et des amendes (allant jusqu’à 100 euros).

Les grévistes de la faim sont gardés dans des sections et des cellules vides ; leurs vêtements et leurs objets personnels élémentaires ont été confisqués ; et on ne les autorise qu’à garder des tasses pour boire de l’eau. Dans certaines prisons, on les oblige à boire de l’eau sale des robinets ou de parcourir 40 mètres afin de pouvoir avoir de l’eau.

Les gardiens de la prison et les unités spéciales de l’IPS battent et insultent les grévistes de la faim quotidiennement, les forçant à se tenir debout pour le comptage, sans prendre du tout en considération leurs conditions de santé et leur incapacité à se tenir debout.

En outre, les médecins et infirmières de l’IPS continuent à traiter les grévistes de la faim de façon inhumaine, ce qui constitue une violation de la déontologie professionnelle, selon les déclarations de Tokyo et de Malte. Parmi ces violations, le fait de donner au gréviste de la faim de l’eau salée dans des éprouvettes de prélèvement d’échantillons d’urine ; ou le fait que les unités spéciales de l’IPS retardent le moment de transférer les grévistes vers les chambres où ils doivent se reposer. Bien des grévistes qui ont été transférés dans des hôpitaux civils et qui y ont été mis aux fers sur leur lit même 24 heures sur 24, ont demandé d’être ramenés à la prison, au lieu de rester dans ces hôpitaux. Actuellement, quelque 80 grévistes de la faim se trouvent dans des hôpitaux civils.

Selon des témoignages confiés aux avocats d’Addameer, les grévistes de la faim ont déjà perdu entre 13 et 20 kilogrammes et le nombre de ceux qui s’évanouissent s’accroît rapidement. Suite à la dégradation de leur santé, certains grévistes de la faim souffrent d’hémorragies intestinales et vomissent également du sang.

La majorité des grévistes de la faim ont boycotté la clinique de la prison et refusent de prendre des vitamines et des suppléments, ce qui a abouti au transfert de 80 grévistes dans des hôpitaux et centres médicaux : centre médical Meir, hôpital Ichilov, centre médical Kaplan, centre médical Barzilai, hôpital Tel HaShomer, hôpital Beilinson, hôpital Afouleh, centre médical Soroka, centre médical Wolfson.

En réponse aux grèves de la faim en cours, les Forces d’occupation israéliennes (IOF) continuent à commettre des crimes contre les prisonniers et détenus palestiniens, de même que contre leurs partisans et tous ceux qui sont solidaires avec leur cause. Par exemple, le 15 mai 2014, deux jeunes hommes palestiniens ont été abattus et tués par les IOF au cours d’une manifestation pacifique de soutien aux grévistes de la faim, à l’extérieur de la prison d’Ofer.

Addameer demande à l’Organisation de libération de la Palestine et au Gouvernement palestinien de :

- Développer une stratégie juridique nationale s’appuyant sur les lois humanitaires internationales et sur les lois internationales en matière de droits de l’homme afin de protéger et de garantir les droits des prisonniers et de tenir la puissance occupante pour responsable des crimes actuels commis contre tous les prisonniers et détenus palestiniens.

- Appeler les parties contractantes de la Quatrième Convention de Genève à organiser une rencontre urgente qui réfléchira sur les violations continuelles des droits des prisonniers et détenus palestiniens par la puissance occupante, en s’appuyant sur l’article 1 de la Quatrième Convention de Genève, qui oblige les parties contractantes à respecter et garantir l’application des Conventions de Genève en toutes circonstances.

  •  Appeler le Conseil de sécurité à se réunir immédiatement pour discuter la question des détenus administratifs palestiniens en grève de la faim et pour intervenir afin de les protéger.
  •  Requérir un avis consultatif auprès de la Cour internationale de Justice à propos de la légalité de l’occupation israélienne et son contrôle de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, sur base de plus de 1700 ordonnances militaires israéliennes.

Addameer demande au nouveau Gouvernement palestinien de respecter ses promesses de donner la priorité aux prisonniers et de mobiliser toutes ses ressources, tant au niveau local qu’au niveau international, dans des actions véritables et efficaces, en particulier de la part du ministère de la Justice et du ministère des Affaires étrangères, afin de dénoncer les violations et crimes commis par le puissance d’occupation.

En outre, Addameer demande aussi qu’il s’emploie à activer et soutenir le mouvement BDS en tant que moyen de tenir la puissance occupante pour responsable de ses propres violations en cours contre le peuple palestinien.

Addameer demande au Comité international de la Croix-Rouge de :

  •  Constituer immédiatement une équipe médicale afin de contrôler les conditions de santé des grévistes de la faim.
  •  Condamner publiquement le recours par Israël à la détention administrative contre les Palestiniens, alors que ce recours constitue une violation de la Quatrième Convention de Genève.
  •  Exercer des pression sur l’ISP afin qu’il respecte les droits des grévistes de la faim, et ce, en vue d’assurer leur bien-être.

Addameer demande aux Nations unies de :

Condamner publiquement le recours par Israël à la détention administrative, recours qui enfreint la Quatrième Convention de Genève et les lois internationales qui garantissent des normes de procès équitables.

Addameer demande aux Nations unies d’instaurer immédiatement une commission permettant une enquête internationale et la visite des prisons afin d’observer les traitements et les conditions de vie des prisonniers et détenus palestiniens dans les prisons israéliennes.

Addameer demande à l’Organisation mondiale de la santé d’entamer immédiatement une enquête sur les pratiques et les violations commises par les médecins des prisons, en faisant référence ici aux Déclarations de Malte et Tokyo à propos des grévistes de la faim.

Addameer demande à l’Union européenne de :

  •   Mettre un terme à sa politique des deux poids et deux mesures et de se décider à condamner les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis par Israël contre des civils palestiniens. Addameer demande également que le haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Catherine Ashton, d’exprimer publiquement son inquiétude à propos des vies des grévistes de la faim et du recours systématique et permanent par Israël à la détention administrative, et d’insister sur la nécessité de protéger les droits des grévistes de la faim conformément aux lois humanitaires internationales et aux lois internationales sur les droits de l’homme.
  •   Condamner publiquement le recours par la puissance occupante à la détention administrative contre les civils palestiniens, alors que ce recours constitue une violation des Conventions de Genève et des autres lois et réglementations internationales, lesquelles ne permettent le recours à la détention administrative que sur base individuelle, au cas par cas, et dans des cas graves de menace pour la sécurité, et qui garantissent également des normes de procès équitables.

Source: Addameer / Traduction: JM Flémal – Plateforme-Palestine-Charleroi