jeudi, 17 avril 2014

De la servitude volontaire

"Or ce tyran seul, il n’est pas besoin de le combattre, ni de l’abattre. Il est défait de lui-même, pourvu que le pays ne consente point à sa servitude."


" Pour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent, qui n’a pouvoir de leur nuire qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire. Chose vraiment étonnante — et pourtant si commune qu’il faut plutôt en gémir que s’en ébahir, de voir un million d’hommes misérablement asservis, la tête sous le joug, non qu’ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et pour ainsi dire ensorcelés par le seul nom d’un, qu’ils ne devraient pas redouter — puisqu’il est seul — ni aimer — puisqu’il est envers eux tous inhumain et cruel. Telle est pourtant la faiblesse des hommes : contraints à l’obéissance, obligés de temporiser, ils ne peuvent pas être toujours les plus forts."

servitude.jpg

"Enfin, si l’on voit non pas cent, non pas mille hommes, mais cent pays, mille villes, un million d’hommes ne pas assaillir celui qui les traite tous comme autant de serfs et d’esclaves, comment qualifierons-nous cela ? Est-ce lâcheté ? Mais tous les vices ont des bornes qu’ils ne peuvent pas dépasser. Deux hommes, et même dix, peuvent bien en craindre un ; mais que mille, un million, mille villes ne se défendent pas contre un seul homme, cela n’est pas couardise : elle ne va pas jusque-là, de même que la vaillance n’exige pas qu’un seul homme escalade une forteresse, attaque une armée, conquière un royaume. Quel vice monstrueux est donc celui-ci, qui ne mérite pas même le titre de couardise, qui ne trouve pas de nom assez laid, que la nature désavoue et que la langue refuse de nommer ?..."

Étienne de La Boétie
Discours de la servitude volontaire ou le contr'un

Au milieu du XVIème siècle, Etienne de la Boétie cherchait à comprendre le rapport domination d’un homme sur son peuple réduit à la servitude. Son discours  remettait  en cause  la légitimité des gouvernants ( maîtres et tyrans) qu'ils aient acquis leur statut par l'élection, la succession ou la violence.

Watergaffe et Watergate

Watergaffe : la " French touch"

Le 3 décembre 1973, sous le gouvernement Pompidou, le même scénario pitoyable que sa version américaine du Watergate se produisait en France...

Dans l'immeuble du Canard enchaîné, un Watergaffe à la française mettait en scène des plombiers-espions de la D.S.T. (  Direction de la Surveillance du territoire) venus poser des micros pour connaître le nom des informateurs du journal.

" Ma plus belle joie a été l’affaire des micros au Canard. On les découvre par hasard en passant devant. Huit jours après, on sort les noms. Ce fut un coup de pot extraordinaire. Je connaissais une relation d’un membre de la DST, qui m’a informé une nuit, à trois heures du matin. J’ai pu vérifier. Cela a été un événement formidable de pouvoir dire que c’était la DST qui, pour découvrir nos informateurs, avait placé des micros. Vingt ans après, j’ai rencontré les « plombiers » qui avaient placé les micros. Ce qui me plaît dans l’investigation, c’est la chasse. On ne chasse pas pour tuer, mais on chasse pour savoir. Savoir : voilà ce qui est plaisant. Nous sommes des chasseurs d’information. "

Claude Angeli, rédacteur en chef du Canard Enchaîné.

Deux mois et demi après les faits, Raymond Marcellin, jusque-là ministre de l'Intérieur et ayant la tutelle de l'entreprise artisanale de  plomberie, était contraint par le premier ministre Pierre Mesmer d'échanger son portefeuille avec celui de Jacques Chirac, alors ministre de l'Agriculture et du Développement rural.
Aucun responsable politique ou administratif ne sera jamais poursuivi, aucune enquête parlementaire ne sera menée à son terme...Le 7 février 1980 , un second  et dernier arrêt de la Cour de cassation refermait définitivement le  dossier des micros.
Il nous reste la mémoire des faits et des grotesques conclusions.

Actu " Les micros du Canard"

Claude Angeli et Stéphanie Mesnie

les-micros-du-canard.pngRésumé :  Leur acharnement s’explique par une forme de délire paranoïaque contre un hebdomadaire qu’ils accusent d’être “une entreprise de subversion”, de pratiquer un “terrorisme journalistique” et d’abriter des “agents soviétiques”.

Les auteurs révèlent les aspects les plus surprenants du rude combat mené par Le Canard, durant sept ans, pour confondre les commanditaires de cette opération. Ils décrivent aussi comment quatre futurs présidents – Mitterrand, Giscard, Chirac et Sarkozy – ont été placés sur écoute par leurs adversaires. Une fois entrés à l’Élysée, ils ont à leur tour écouté tous ceux qui, politiques ou journalistes, se permettaient de les critiquer.

 > Emission Comme on nous parle de Pascal Clark

Le Watergate

nixon_goldwater.jpg« La tête d'un homme à qui on n'achèterait pas une voiture d'occasion. »

À propos de Nixon,
surnommé "Tricky Dicky" - Dick le tricheur.

En 1972, aux États-Unis, sous la présidence républicaine de Nixon et en pleine élection présidentielle, la presse fit état d'une  tentative de cambriolage de troisième ordre  dans l'immeuble Watergate abritant le quartier général du Parti démocrate.

La main dans le sac

Deux journalistes du Washington Post, journal influent aux Etats-Unis, menèrent l' enquête et démontèrent une grotesqueRichardNixonFarewell.jpg tentative d'espionnage : les  cambrioleurs que la police avait surpris avaient eu l'intention de placer des micros dans les locaux des Démocrates.

Le 22 juin, cinq  jours après le cambriolage, Nixon  tentait d'étouffer le scandale et protestait publiquement de sa bonne foi : « La Maison Blanche n’a aucune part dans cet incident précis ».  Mais le Washington Post, révélait que des sommes colossales pour soutenir des actions à la légalité douteuse et assurer  le financement parfois illégal de la campagne électorale des républicains, avaient  été blanchies par le CREEP - le comité pour la réélection du président .

"Nixon Now !" - Clip de campagne - 1972.

Plus dure sera la chute

nixon.jpgLa réélection de "Dicky Tricky" fut un triomphe... Un triomphe de courte durée puisque, le 8 janvier 1973, s'ouvrait le procès des cinq "plombiers de la Maison Blanche " - dont  James W. McCord , le directeur de la sécurité du CREEP.
Les activités illicites du CREEP étant démontrées,  le Congrès s’en mêla. Le chef de la majorité démocrate confia au sénateur Sam Erwin la présidence d’une commission spéciale d’enquête sur la campagne présidentielle. 
L'affaire du Watergate  mettait alors  en lumière des pratiques gouvernementales, utilisant l’abus de pouvoir, qui sapaient les fondements de la démocratie.

Pour tenter d'étouffer le scandale, Nixon décida de se séparer de trois proches collaborateurs-fusibles : Dean, Ehrlichman et Haldeman qui démissionnèrent. Mais, de révélations en révélations le président des États-Unis perdait bataille après bataille : - on apprenait ainsi qu'il avait tenté d'éliminer certaines bandes magnétiques contenant des conversations l’incriminant.

La  démission  "Resignation"

Son implication directe et sa responsabilité personnelle ne faisant plus aucun doute, Nixon fut contraint de démissionner en août 1974. Il évitait ainsi que la procédure de destitution de l' Impeachment, un outil constitutionnel de contrôle aux effets dévastateurs, n'aille à son terme.

nixon-resigns.jpg

Dans le discours de démission, il est fait état du pragmatisme en politique où ce sont les circonstances qui  guident l'action, non les principes :

[…] Dans toutes les décisions que j'ai prises dans ma vie politique, j'ai toujours essayé de faire ce qui était le mieux pour le pays. A travers la longue et difficile période du Watergate, j'ai estimé qu'il était de mon devoir de persévérer, de faire tous les efforts possibles pour mener à terme le mandat pour lequel vous m'avez élu. Dans les derniers jours pourtant, il m'a paru évident que je n'avais plus de soutien politique assez fort pour justifier de cet effort.

> Le discours de démission de Richard Nixon.

*

10 avril 2014 : La cour d'appel de Paris annule une grande partie de la procédure qui avait conduit à requérir les fadettes de deux journalistes du Monde, et à placer sur écoutes Gérard Davet… Plus de 600 procès-verbaux ont été supprimés soit  la moitié du dossier d'instruction -

*

 >  Réseau Européen Droit & Société - "L’affaire du Watergate"  ou "La procédure de mise en jeu de la responsabilité du président des États-Unis" par  Serge DIEBOLT - Juin 1993 – REDS  -Réseau Européen Droit & Société -

 > Chronologie du Watergate,  sur watergate.info, site  de l' Australien  Malcolm Farnsworth.

 >  9 août 1974 - Démission du président des États-Unis, Richard M. Nixon - Perspective Monde - revue de presse

 > 1973 : des plombiers au Canard enchaîné - la Plume et le rouleau

 

09:43 Publié dans Actualités, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : watergate, nixon, watergaffe, sarkozy | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

lundi, 14 avril 2014

14 avril 1834 - Massacre de la rue Transonain

De ministre de l'Intérieur à président de la République :
Adolphe Thiers, le bon sens  en action

Bourgeois monarchiste en début de carrière, l'ambitieux Thiers, modèle d'infamie, finira républicain conservateur et président de la III République.  Pour situer rapidement le personnage, il suffit de citer Bainville : " Agité, aventureux, fanfaron jusqu'à l'âge mûr, Thiers, dans sa vieillesse, apparaissait comme l'incarnation du bon sens ", et Pour Karl Mars, il n'était que" l'expression intellectuelle la plus achevée de sa propre corruption de classe."
Avide de pouvoir et d'argent, Thiers représentait si bien le modèle de la bourgeoisie "louisphilipparde" que Balzac s’en inspira pour camper Rastignac, le type du jeune provincial arriviste. On le surnommait "Foutriquet" ou le " Nabot monstrueux", ou encore le "Mirabeau-mouche".

*

Le 9 avril 1834, une manifestation est organisée à Lyon par la Société des Droits de l’homme et le Conseil exécutif des sociétés ouvrières de secours mutuel. L’émeute des canuts, les ouvriers soyeux de Lyon, des 9 et 12 avril 1834, s’étend à Paris dès le 13 avril. Thiers,  ministre de l'Intérieur, la laisse se développer pour mieux l’écraser. Elle s’achève à Paris, le 14 avril, par le massacre des habitants d’une maison de la rue Transnonain - l'actuelle rue Beaubourg.

Au cours de la " Sanglante semaine", du 9 au 15 avril 1834, 600 personnes seront tuées et  10.000 arrêtées. Le gouvernement donnait ainsi des gages de fermeté à la classe possédante. Cette répression est la répétition de la " Semaine sanglante " de 1871 où Thiers mettra un terme à la Commune de Paris avant de devenir premier président de la Troisième République.

 "Balayer la vermine"

" En lutte contre la Monarchie de Juillet (1830), les républicains de la Société secrète des Droits de l’Homme (François et Étienne Arago, Louis Blanc, Victor Schœlcher, Alexandre Ledru-Rollin, Auguste Blanqui) entretiennent l’agitation.

Suite à l’interdiction des associations, une émeute républicaine éclate le 14 avril 1834 à Paris. Alors qu’elle se prépare à donner l’assaut à une barricade dans la rue Transnonain, l’armée essuie des tirs depuis les toits du numéro 12 et un officier est tué. Ordre est alors donné aux soldats de « balayer la vermine ». Les portes des appartements sont enfoncées et les habitants (hommes, femmes et enfants) massacrés au pied du lit à coup de baïonnette.

Un autre immeuble est détruit, avec ses habitants, à coups de canon. Cet événement inspira, Le massacre de la rue Transnonain, célèbre dessin d’Honoré Daumier. L’émeute est écrasée, puis les lois de septembre 1835 interdisent toute critique de la personne du roi, tout rassemblement public et imposent la censure préalable à toute chose imprimée, sous peine de bagne. (Grégoire Seither) "

Thiers avait ainsi donné la mesure de son talent.

Le massacre

Rue_Transnonain.jpg
" Il n'est aucun de nous, quelle que soit sa nuance politique, qui ne conserve encore vive et profonde l'impression d'horreur dont il a été saisi à cette triste nouvelle. « Dans une seule maison de la rue Transnonain, douze cadavres gisent affreusement mutilés ; quatre personnes ont été dangereusement blessées : femmes, enfants, vieillards, n'ont pas trouvé grâce. »
Au récit de cette scène sanglante, l'âme s'ouvrait à deux sentiments différents : l'un de pitié pour les morts , l'autre tout d'égoïsme et de personnalité. On mesurait de la pensée l'espace qui vous séparait de ce théâtre lugubre ; et, en frissonnant, on remerciait Dieu d'être sorti du sommeil autrement que par la mort.

Déjà, il est vrai, on répandait par la ville qu'il n'y avait point eu de victimes ; qu'il ne s'était rencontré que de lâches assassins, tués les armes à main ; mais à ces insinuations le bon sens public répondait que, parmi les malheureux qui avaient cessé de vivre, il en était qui, par leur âge, par leur sexe par leur sympathie même pour l'ordre de choses actuel, avaient être frappés suppliants, inoffensifs. Pour ceux là, au moins, il fallait en convenir, une mort imméritée était venue les surprendre au milieu de leurs pacifiques projets, de leurs douces affections...  Ledru-Rollin "
 
 

09:19 Publié dans Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : thiers, transnonain, 13-14 avril 1834 | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mardi, 08 avril 2014

Génocide du Rwanda : 1 million de morts

Le 6 avril 1994, l’attentat contre l’avion du président Habyarimana marquait le début d'un  génocide planifié  depuis des mois. Dans ce pays  très hierarchisé, les tueries furent  commanditées et organisées par le gouvernement intérimaire. La campagne d’assassinats ciblés visait  des personnalités hutues modérées et de simples citoyens tutsis. Au final, un million de morts en cent jours.

895063626.png" ... Ce génocide n’aurait pas été possible sans la passivité de la communauté internationale, mais surtout sans la complicité d’un cercle restreint de responsables politiques et militaires français de l’époque. Alors que des informations judiciaires sont ouvertes en France contre des militaires français ayant servi au Rwanda et contre des présumés génocidaires résidant sur notre territoire, force est de constater qu’aucun procès n’a encore été ouvert. L’association Survie et le CPCR renouvellent leur appel afin que toute la lumière soit faite sur l’implication française dans le génocide et que cesse le règne de l’impunité sur le territoire français." ( Association Survie )

 

895063626.pngCatherine Coquio : Guerre coloniale française et génocide rwandais : la responsabilité, l’implication de l’état français et sa négation 

" Pendant le génocide, les militaires furent officiellement évacués, remplacés par les troupes de la MINUAR. Mais plusieurs sources attestent de la présence de soldats français au Rwanda pendant le génocide – ainsi que de mercenaires étrangers. Le général Roméo Dallaire, responsable des forces de l’ONU, qui échouera jusqu’au bout à faire entendre la nécessité d’une intervention militaire pour empêcher le génocide, affirme que le lieutenant-colonel Maurin – qui faisait partie de la coopération militaire française avant le génocide – était encore aux côtés des FAR la nuit du 6 au 7 avril. D’après le rapport de la Mission d’information parlementaire, 47 soldats français étaient encore présents pendant le génocide – tandis qu’il n’y en aurait plus eu selon E. Balladur et A. Juppé. Même contradiction à propos des ventes d’armes : d’après le rapport de la CEC, une livraison d’armes a lieu encore le 27 mai – qui met en cause la BNP, alors qu’Alain Juppé affirme qu’à cette époque les livraisons ont cessé (points 1.10 et 1.11 des « Conclusions provisoires de la CEC »).

Enfin l’armée française se voit malencontreusement secondée par certaines initiatives « privées ». D’après plusieurs sources, Paul Barril, ancien du GIGN reconverti dans le service vendu aux dictateurs africains, a mené à bien pendant le génocide une opération dite « Insecticide »(1) commandée semble-t-il par la veuve d’Habyarimana, et très probablement connue de l’Élysée, qui fera venir ensuite la veuve en France où elle vivra d’une pension versée par l’État. Le même Paul Barril se félicitera plus tard, dans Playboy, d’avoir fièrement hissé le drapeau français de l’ambassade en ces jours de crise – au moment même où le massacre battait son plein
1- Les Tutsis étant appelés « cafards » et « cancrelats ». Gabriel Périès renvoie à l’image diffusée par les 5e Bureaux pendant la guerre d’Algérie, qui parlaient du « criquet » ou du « cancrelat » à écraser à propos des Fellagha.
 
895063626.pngRWANDA. Paul Barril, une barbouze française au cœur du génocide, par  Christophe Boltanski - Nouvel Observateur: Des documents inédits démontrent que Paul Barril a apporté un concours actif aux extrémistes hutus responsables de l'assassinat de 800.000 Tutsis. Nom de code de sa mission : "Insecticide".
 
" 20 ans après la tragédie rwandaise, des documents inédits éclairent le rôle joué par l'énigmatique capitaine, incarnation de la face obscure de l'ère Mitterrand, des Irlandais de Vincennes aux écoutes de l'Elysée. La justice française s'intéresse plus que jamais à lui. D'abord, dans le cadre de l'enquête sur l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion de Habyarimana. Longtemps ménagé par Jean-Louis Bruguière, le premier magistrat chargé d'élucider l'affaire, Paul Barril a été sommé de s'expliquer par le juge Marc Trévidic sur ses faits et gestes lors de l'attaque et ses manœuvres durant la procédure. Ses locaux ont été perquisitionnés, ses disques durs saisis, son entourage entendu. Des pièces transmises au juge Claude Choquet, du nouveau pôle "crimes contre l'humanité". Car depuis la plainte déposée par la Fédération internationale des Droits de l'Homme, la Ligue des Droits de l'Homme et l'association Survie, il est cette fois suspecté de "complicité de génocide".(...)

arton2976.jpg

> Génocide des Tutsi du Rwanda 17 ans d’impunité au « pays des droits de l’Homme » - Survie.org : L'association Survie milite en faveur de l'assainissement des relations franco-africaines, de l'accès de tous aux biens publics et contre la banalisation du génocide.

> Catherine Coquio, « Guerre coloniale française et génocide rwandais : la responsabilité, l’implication de l’état français et sa négation  », Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique [En ligne], 99 | 2006 : http://chrhc.revues.org/785

> « Paul Barril, une barbouze française au cœur du génocide» par Christophe Boltanski - Nouvel Obs

> Emissions consacrées en 2004 & 2005 par Daniel Mermet-  Là-bas si j'y suis

> France : La Commission d'enquête citoyenne sur le Rwanda : pour la vérité sur l'implication française dans le génocide des Tutsi.

> Association internationale de recherche sur les crimes contre l'humanité et les génocides (AIRCRIGE)

> Affaires sensibles, affaires d'Etat - sur le blog

 

15:06 Publié dans Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rwanda, tutsi, génocide, françafrique, survie.org, afrique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

lundi, 07 avril 2014

11 avril 1934 : Joseph Fontaine, victime du fascisme

Hénin-Beaumont

Joseph Fontaine était un mineur retraité, adhérent de la CGT Unitaire. Le 11 avril  1934 il fut assassiné par Fristch et Théry, alors qu'il participait à une manifestation organisée par  le Parti Communiste et la SFIO contre la tenue d'une réunion de l'Action Française à Hénin-Beaumont,.

Les deux assassins qui tirèrent sur Joseph Fontaine comme sur une cible, jusqu'à épuisement de leurs cartouches, furent acquittés par le tribunal de Saint-Omer en juin 1934.

Tous les ans les antifascistes lui rendent hommage :

Vendredi 11 avril 2014,  à 19h
Devant la plaque de Joseph Fontaine
(sur le mur de la pâtisserie Mehdi,
près de l’entrée du magasin Match d’Hénin-Beaumont)

f1.highres

 

Humanité - Gallica Bnf
 

Avril 2014

 Le maire Front national d'Hénin-Beaumont, Steeve Briois, a décidé de priver l’antenne de la Ligue des droits de l’homme de son local. Le nouveau maire FN de la commune du Pas-de-Calais, après seulement 8 jours d’exercice, reproche à la LDH d'être "politisée et hostile à son équipe". Lire l'article de l'Humanité
 

Pierre Tartakowsky, président de la LDH, interrogé par francetv info.

gd.pngFrancetv info : Etes-vous surpris par la décision du maire d'Hénin-Beaumont ?

Pierre Tartakowsky : Je suis scandalisé pour des raisons qui tiennent à l'exercice de la démocratie, mais surpris, pas du tout. Entre les deux tours des élections municipales, Marine Le Pen avait très clairement prévenu qu'il fallait "mettre les associations au pied du mur'" On sait désormais que ce "au pied du mur" signifie hors les murs. Steeve Briois, en bon soldat, a appliqué la consigne. 

Steeve Briois justifie l'arrêt de la subvention et de la mise à disposition du local à la LDH par votre engagement contre le Front national…

Il a tout à fait raison. Nous sommes une association citoyenne, nous sommes hostiles au Front national, nous ne l'avons jamais caché. C'est ce qui s'appelle le libre exercice de la contradiction démocratique. En nous adressant ce reproche, qui est une sorte d'hommage du vice à la vertu, le maire d'Hénin-Beaumont dépeint sa vision de la démocratie, qui consiste à donner la parole aux gens qui ne feraient pas de politique et qui seraient uniquement d'accord avec le FN. C'est un programme intéressant pour la France... 

Pour autant, un conseil municipal peut choisir les associations qu'il soutient ou non…

Il en a parfaitement le droit, c'est exact. C'est intéressant de constater que c'est le premier droit que Steeve Briois met en œuvre, pour quelqu'un qui s'était présenté comme le défenseur prioritaire et inconditionnel des droits et des déshérités. On attend avec intérêt les autres mesures pour les déshérités... Ce que je constate, c'est que l'usage de droits pour monsieur Briois, c'est un usage qui se retourne contre le droit et la démocratie.

Depuis quelques jours, nous recevons des adhésions de la part de citoyens accompagnées de petits mots sur lesquels il est simplement écrit "c'est pour Hénin-Beaumont". On va continuer. Il faut appeler les personnes que ce type de procédure antidémocratique inquiète à rejoindre la Ligue des droits de l'homme à Hénin-Beaumont et ailleurs. Nous dénoncerons ces mesuresgd.jpg de caporal autoritaire, comme celle qui a été prise par Steeve Briois. Nous continuerons d'être vigilants, c'est une affaire de bonne santé démocratique.

Francetv info

vendredi, 04 avril 2014

Hollande est roi, Royale est sa reine...

Les racines opéra-comiques de la France

C’ n’était pas la peine
Non pas la peine, assurément
De changer de gouvernement !


La fille de Madame Angot par ca2r

Jadis les rois, race proscrite,
Enrichissaient leurs partisans;
Ils avaient mainte favorite.
Cents flatteurs, mille courtisans !

mardi, 25 mars 2014

"Union sacrée" et guerre infâme

 Préparer la guerre

Député en 1887, ministre dès 1893, Raymond Poincaré est nommé en 1912 président du Conseil par Armand Fallières. Il met  en place un gouvernement " d'union nationale " et s'attribue  le portefeuille des Affaires étrangères qui lui permettra de renforcer les alliances françaises face à l'Allemagne : l'Entente cordiale avec le Royaume-Uni et  l'alliance franco-russe :

" La France et la Russie étant animées d'un égal désir de conserver la paix, et n'ayant d'autre but que de parer aux nécessités d'une guerre défensive, provoquée par une attaque des forces de la Triple-Alliance contre l'une ou l'autre d'entre elles, sont convenues des dispositions suivantes :

1. Si la France est attaquée par l'Allemagne, ou par l'Italie soutenue par l'Allemagne, la Russie emploiera toutes ses forces disponibles pour attaquer l'Allemagne.

Si la Russie est attaquée par l'Allemagne, ou par l'Autriche soutenue par l'Allemagne, la France emploiera toutes ses forces disponibles pour combattre l'Allemagne.

2. Dans le cas où les forces de la Triple-Alliance, ou une des puissances qui en font partie, viendraient à se mobiliser, la France et la Russie, à la première annonce de l'événement et sans qu'il soit besoin d'un concert préalable, mobiliseront immédiatement et simultanément la totalité de leurs forces, et les porteront le plus près possible de leurs frontières.

3. Les forces disponibles qui doivent être employées contre l'Allemagne seront, du côté de la France de 1 300 000 hommes, du côté de la Russie de 700 000 à 800 000 hommes. Ces forces s'engageront à fond, en toute diligence, de manière que l'Allemagne ait à lutter, à la fois, à l'est et à l'ouest.

4. Les états-majors des armées des deux pays se concerteront en tout temps pour préparer et faciliter l'exécution des mesures prévues ci-dessus. Ils se communiqueront, dès le temps de paix, tous les renseignements relatifs aux armées de la Triple-Alliance qui sont ou parviendront à leur connaissance. Les voies et moyens de correspondre en temps de guerre seront étudiés et prévus d'avance. (...)

6. La présente convention aura la même durée que la Triple-Alliance.

7. Toutes les clauses énumérées ci-dessus seront tenues rigoureusement secrètes. " (1892)

Poincaré-la-Guerre

En 1913, avec le soutien de la droite, Poincaré remplace Fallières à la présidence de la république (17 janv.1913-1920). Avec la Russie il resserre des liens qui risquent d'entraîner la France dans les complications balkaniques ; il prépare aussi activement  la guerre en demandant au président du Conseil, Louis Barthou, le vote du service militaire de trois ans afin d'assurer les effectifs nécessaires à l'armée active.

1914.jpg

En 1914, les élections d'avril et mai sont un succès pour la gauche. Cela ne servira à rien. En quelques semaines, la plus grande partie des socialistes français vont tourner le dos à leur engagement et à un des principes fondateurs du socialisme qu' est l'internationalisme.

le 4 août 1914, Viviani donne lecture aux deux Chambres du message de Raymond Poincaré qui lance sa formule de " l'Union sacrée " synthèse du patrouillardisme et de l'esprit revanchard des élites sous le couvert de la morale, du progrès, de l'humanité, etc. :

Messieurs les députés,

La France vient d'être l'objet d'une agression brutale et préméditée, qui est un insolent défi au droit des gens. Avant qu’une déclaration de guerre nous eût en été adressée, avant même que l'ambassadeur d'Allemagne eût demandé ses passeports notre territoire a été violé. L'empire d’Allemagne n'a fait hier soir que donner tardivement le nom véritable à un état de fait qu'il avait déjà créé..

Depuis plus de quarante ans, les Français, dans un sincère amour de la paix, ont refoulé au fond de leur coeur le désir des réparations légitimes.

Ils ont donné au monde l'exemple d'une grande nation qui, définitivement relevée de la défaite par la volonté, la patience et le travail, n'a usé de sa force renouvelée et rajeunie que dans l'intérêt du progrès et pour le bien de l'humanité.

Depuis que l'ultimatum de l'Autriche a ouvert une crise menaçante pour l'Europe entière, la France s'est attachée à suivre et à recommander partout une politique de prudence, de sagesse et de modération.

On ne peut lui imputer aucun acte, aucun geste, aucun mot qui n'ait été pacifique et conciliant.

À l'heure des premiers combats, elle ai le droit de se rendre solennellement cette justice qu'elle a fait, jusqu'au dernier moment, des efforts suprêmes pour conjurer la guerre qui vient d'éclater et dont l'empire d'Allemagne supportera, devant l'histoire, l'écrasante responsabilité. (Applaudissements unanimes et répétés.)

Au lendemain même du jour où nos alliés et nous, nous exprimions publiquement l'espérance de voir se poursuivre pacifiquement les négociations engagées sous les auspices du cabinet de Londres, l'Allemagne a déclaré subitement la guerre à la Russie, elle a envahi le territoire du Luxembourg, elle a outrageusement insulté la noble nation belge (Vifs applaudissements unanimes), notre voisine et notre amie, et elle a essayé de nous surprendre traîtreusement en pleine conversation diplomatique. (Nouveaux applaudissements unanimes et répétés.)

Mais la France veillait. Aussi attentive que pacifique, elle s'était préparée; et nos ennemis vont rencontrer sur leur chemin nos vaillantes troupes de couverture, qui sont à leurs postes de bataille et à l'abri desquelles s'achèvera méthodiquement la mobilisation de toutes nos forces nationales..

Notre belle et courageuse armée, que la France accompagne aujourd'hui de sa pensée maternelle (Vifs applaudissements), s'est levée toute frémissante pour défendre l'honneur du drapeau et le sol de la patrie. (Applaudissements unanimes et répétés.)

Le Président de la République, interprète de l'unanimité du pays, exprime à nos troupes de terre et de mer l'admiration et la confiance de tous les Français. (Vifs applaudissements prolongés.)

Étroitement unie en un même sentiment, la nation persévérera dans le sang-froid dont elle a donné, depuis l'ouverture de la crise, la preuve quotidienne. Elle saura, comme toujours, concilier les plus généreux élans et les ardeurs les plus enthousiastes avec cette maîtrise de soi qui est le signe des énergies durables et la meilleure garantie de la victoire.  (Applaudissements.)

Dans la guerre qui s'engage, la France aura pour elle le droit, dont les peuples, non plus que les individus, ne sauraient impunément méconnaître l'éternelle puissance morale. (Vifs applaudissements unanimes,)

Elle sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l'ennemi l'union sacrée et qui sont aujourd'hui fraternellement assemblés dans une même indignation contre l'agresseur et dans une même foi patriotique. (Vifs  applaudissements prolongés et cris de : vive la France.)

Elle est fidèlement secondée par la Russie, son alliée (Vifs applaudissements unanimes) ; elle est soutenue par la loyale amitié de l'Angleterre. (Vifs applaudissements unanimes.)

Et déjà de tous les points du monde civilisé viennent à elle les sympathies et les vœux. Car elle représente aujourd'hui, une fois de plus, devant l'univers, la liberté, la justice et la raison. (Vifs applaudissements répétés.)

Haut les cœurs et vive la France ! » (Applaudissements unanimes et prolongés.)

" Union sacrée" : le piège se referme

Viviani constitue un gouvernement d'Union sacrée, incluant la S.F.I.O. Les crédits de guerre sont votés à l'unanimité des 561 votants. Une loi ajourne les élections jusqu'à la paix.

" Pour comprendre à quel point l'Union sacrée représente une trahison du socialisme, il faut rappeler les accords de principe qui existaient dans l'Internationale ouvrière à propos du pacifisme. L'Internationale avait voté de nombreuses résolutions sur la guerre lors de ses congrès, et il était entendu que les partis socialistes d'Europe appelleraient unanimement à la grève générale pour paralyser le militarisme. L'aile marxiste de la social-démocratie avait entr'aperçu et combattu la montée de l'opportunisme dans le mouvement socialiste, mais fut néanmoins totalement surprise par cette trahison si brutale."
La stupeur est telle que Lénine, en Suisse lorsqu'il reçoit la nouvelle, croira d’abord que cette annonce est un faux de l’Etat-major allemand. " ( Union sacrée)

Le piège de « l'Union sacrée » se referme  sur des millions d'être humains qui vont aller à la boucherie.

" Cinq mois se sont écoulés depuis la Conférence de Zimmerwald où nous, socialistes d'Europe, avons lancé un cri d'indignation et d'appel. Cinq nouveaux mois de guerre ont passé, l'un après l'autre, sur l'humanité, et chacun de ces mois a vu les peuples acharnés à poursuivre leur propre extermination, leur propre ruine au milieu des carnages, supportant sans révolte l’œuvre hideuse d'un militarisme déchaîné qui ne peut plus être maîtrisé par les mains sanglantes des maîtres actuels des nations d'Europe. L'extermination automatique de la fleur des peuples a poursuivi sa voie durant ces longs mois. De nouveaux milliards, par dizaines, extraits de la richesse collective par des emprunts de guerre ont été engloutis, consacrés exclusivement à la destruction de vies humaines et des conquêtes de la civilisation.

Si le cerveau humain travaille encore dans ce cercle infernal, ce n'est plus pour perfectionner et inventer des engins d'extermination. Le problème qui préoccupe actuellement les dirigeants, les savants, les inventeurs de tous les pays, consiste à trouver le moyen d'anéantir des armées entières au moyen de gaz empoisonnés. Mais les porte‑parole des classes dirigeantes stupidement obstinées ou ivres de sang, ne cessent de répéter que la guerre doit être menée « jusqu'au bout », jusqu'à la victoire complète, jusqu'à ce que la guerre ait trouvé la solution de toutes les questions qui l’ont provoquée. Cependant, en fait, la solution définitive s'éloigne de plus en plus, les opérations militaires s'étendent sur de nouveaux fronts et sur de nouveaux territoires, et chaque nouveau développement a pour conséquence et pour caractéristique l'enchevêtrement de problèmes nouveaux en même temps qu'il ravive d'anciennes plaies."

Léon Trotsky
"Projet de manifeste pour la Conférence de Kienthal" - Janvier 1916


" Faire payer le Boche "

Après la guerre, ses destructions et ses massacres, Poincaré s'illustra encore par son intransigeance vis-à-vis de l'Allemagne. De retour à la présidence du Conseil de 1922 à 1924, il se présenta comme celui qui fera exécuter le traité de Versailles dans toute sa rigueur et contraindra les vaincus à payer intégralement l'exorbitante dette de guerre.

En 1923,  il fit occuper la Ruhr par les troupes franco-belge - malgré la désapprobation du gouvernement anglais et la résistance passive d'une Allemagne exsangue en pleine crise économique.

L'occupation  " est vécue de part et d’autre comme une  "occupation de guerre" qui s’accompagne de violences d’État (réquisitions, expulsions, condamnations, répression de grèves…) et/ou organisées (attentat, grève, résistance passive) ainsi que de violences plus spontanées et/ou individuelles telles que les heurts et les viols. Ces derniers connaissent en effet une recrudescence pendant la période d’opposition la plus violente entre occupants et occupés entre février-mars et juin-juillet 1923, ce qui correspond aussi à la période de résistance et de répression la plus forte. " ( Nicolas Beaupré)

Au final, cette exigence à courte vue qui se doublait d'une profonde humiliation ne servira que la propagande des nazis.

*

> Wikirouge - l'Union sacrée

> Assemblée nationale - 11e législature. Séance du mardi 4 août 1914

> Nicolas Beaupré , « Occuper l’Allemagne après 1918 », Revue historique des armées, 254 | 2009 ,  http://rha.revues.org/index6333.html

> François Cochet , « Les débuts de la Grande Guerre en France : « dictature » imposée du militaire ou retrait du politique ? », Revue historique des armées , 248 | 2007 , mis en ligne le 25 juillet 2008, . URL : http://rha.revues.org/index1223.html

10/11/2011

mercredi, 12 mars 2014

Non notre Monsieur, non notre bon Maître...

" On a maintes fois appelé Jaurès le dictateur du socialisme français, parfois même, la droite l'a appelé le dictateur de la République. Il est incontestable que Jaurès a joué dans le socialisme français un rôle incomparable. Mais dans sa " dictature " il n'y avait rien de tyrannique. Il dominait sans effort : homme de grande envergure, esprit puissant, tempérament génial, travailleur exceptionnel, orateur à la voix merveilleuse, Jaurès, par la force des choses, occupait la première place, à une si grande distance de ses rivaux qu'il ne pouvait éprouver le besoin de concilier sa position par les intrigues et les machinations où Pierre Renaudel, le " chef " actuel du social-patriotisme, était passé maître.

Nature large, Jaurès avait une répulsion physique pour tout sectarisme. Après quelques oscillations il découvrait le point qui lui semblait décisif pour le moment donné. Entre ce point de départ pratique et ses constructions idéalistes, il disposait sans effort sur soi-même, les points de vue qui complétaient ou restreignaient son point de vue personnel, conciliait les nuances opposées, fondait les arguments contradictoires dans une unité qui était loin d'être irréprochable. C'est pourquoi il dominait non seulement les assemblées populaires et parlementaires, où sa passion extraordinaire maîtrisait l'auditoire, mais encore les congrès du parti où il dissolvait les oppositions de tendances dans des perspectives vagues et des formules souples. Au fond, il était un éclectique, mais un éclectique de génie.

" Notre devoir est haut et clair : toujours propager l'idée, toujours exciter et organiser les énergies, toujours espérer, toujours lutter jusqu'à la victoire finale... " Tout Jaurès est dans cette lutte dynamique. Son énergie créatrice bouillonne dans toutes les directions, excite et organise les énergies, les pousse à la lutte. "   (Léon Trotsky)

jean jaurès

" Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire ; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques."

Jean Jaurès, discours à la jeunesse

" Quelle vie ont eu nos grand-parents
Entre l´absinthe et les grand-messes
Ils étaient vieux avant que d´être
Quinze heures par jour le corps en laisse
Laissent au visage un teint de cendres
Oui notre Monsieur, oui notre bon Maître"

Erik Marchand et Costica Olan

Sur l'album "Unu, daou, tri, chtar", 2006
une version de Jaurès en breton sur l'album

)

drom_home.jpg

http://www.drom-kba.eu/

Le groupe Zebda


Zebda : Jaures par XavierPerezRealisateur

vendredi, 14 février 2014

Georges Bernanos et la Guerre d'Espagne

Le 14 avril 1931,  le Front populaire proclamait l’abolition de la monarchie et l’avènement de la Seconde République espagnole. Elle vécut de 1931 à 1939.

(...) elle avait adopté la devise, Liberté, Égalité et Fraternité, et proclamé que l’Espagne est une "République démocratique de travailleurs de toutes les classes."

Elle avait également institué la laïcité, stipulant la stricte séparation des Églises et de l’État, et son corollaire, les libertés de conscience et de culte, l’introduction du mariage et du divorce civils, une École publique mixte, laïque, obligatoire et gratuite.

Elle avait aussi instauré le suffrage universel ; le droit pour les femmes d’être électrices et éligibles ; la protection sociale ; la liberté d’association, qui avait permis un essor des vies syndicales et associatives ; la mise en place d’un Conseil constitutionnel et d’une réforme agraire (limitée). De même qu’elle avait accordé l’autonomie à certaines régions, Catalogne, Pays Basque, Galice.  Respublica

L'offensive de la contre-révolution fasciste débuta dès le résultat des élections de février 1936 qui, après l'épisode de la Confédération espagnole des droites autonomes de novembre 1933 à la fin de 1935, consacrait le retour au pouvoir du Front populaire. Il s'agit alors pour les classes dominantes d'en finir une bonne foi pour toute avec les mesures progressistes du Front populaire et de mettre fin au système politique d'une république laïque et sociale. C'est ce qu'expérimentera plus tard la France.

La sédition militaire contre le gouvernement légitime de la république entraîna la guerre.  Trois ans plus tard, en 1939, la dictature franquiste triomphait : issue du coup de force de l’armée, de l’oligarchie et de l’Église, soutenue par Mussolini et Hitler, Le général Franco et sa clique installaient leurs quartiers pour trente cinq années interminables.

"  L'aide qui a fait défaut à l'Espagne a contribué de manière décisive à modifier les rapports de force entre le fascisme et la démocratie en Europe et dans le monde, et à accéléré la course vers la deuxième guerre mondiale " ( Pietro Nenni La guerre d'Espagne)

Georges Bernanos et la guerre civile espagnole

Georges-Bernanos.jpgL'écrivain George Bernanos et sa famille furent surpris par la guerre dans les Baléares où ils séjournaient. L’écrivain, catholique, monarchiste, disciple du nationaliste et antisémite Edouard Dumont, admirait le mouvement fasciste de la Phalange espagnole fondé par José Antonio Primo de Rivera - le fils de Rivera, l’ancien dictateur fasciste au pouvoir en Espagne de 1923 à 1930. Dans un premier temps il adhéra à la volonté des nationalistes espagnols de renverser la République au nom d’un soi-disant idéal moral et religieux.

" À Majorque, il était ami de son chef provincial, le marquis Alfonso de Zayas, capitaine d’artillerie et pilote, dont un fils avait épousé sa fille Claude et sous les ordres duquel son fils Yves se trouva en quelque sorte placé lorsque, âgé de 17 ans, il adhéra, en 1935, à une organisation qualifiée dans les Grands Cimetières de "parfaitement honorable". Bernanos évite de citer nommément Zayas dans son livre.

Au  " soulèvement national " contre la République, déclenché par Franco le 18 juillet 1936, et facilement vainqueur à Majorque, il eût préféré le coup d’État phalangiste que Zayas contribuait à préparer, mais en novembre, il ne jugeait pas encore dévoyée la croisade qu’avait préconisée le fondateur de la Phalange, puisqu’il célébrait Franco et plusieurs autres généraux rebelles. " Adrien le Bihan

Les grands cimetières sous la lune

francoEn 1938, George Bernanos publia néanmoins Les grands cimetières sous la lune, un livre qui témoigne de la brutalité du franquisme naissant et de la complicité de l’Église obsédée par sa croisade contre les républicains.

" Dès lors, chaque nuit, des équipes recrutées par lui opérèrent dans les hameaux et jusque dans les faubourgs de Palma. Où que ces messieurs exerçassent leur zèle, la scène ne changeait guère. C’était le même coup discret frappé à la porte de l’appartement confortable, ou à celle de la chaumière, le même piétinement dans le jardin plein d’ombre, ou sur le palier le même chuchotement funèbre, qu’un misérable écoute de l’autre côté de la muraille, l’oreille collée à la serrure, le cœur crispé d’angoisse. - « Suivez-nous ! » - ... Les mêmes paroles à la femme affolée, les mains qui rassemblent en tremblant les hardes familières, jetées quelques heures plus tôt, et le bruit du moteur qui continue à ronfler, là-bas, dans la rue. « Ne réveillez pas les gosses, à quoi bon ? Vous me menez en prison, n’est-ce pas señor ? –  Perfectamente », répond le tueur, qui parfois n’a pas vingt ans. Puis c’est l’escalade du camion où l’on retrouve deux ou trois camarades, aussi sombres, aussi résignés, le regard vague ... Hombre ! La camionnette grince, s’ébranle. Encore un moment d’espoir, aussi longtemps qu’elle n’a pas quitté la grand-route. Mais voilà déjà qu’elle ralentit, s’engage en cahotant au creux d’un chemin de terre. « Descendez ! » Ils descendent, s’alignent, baisent une médaille, ou seulement l’ongle du pouce. Pan ! Pan ! Pan ! - Les cadavres sont rangés au bord du talus, où le fossoyeur les trouvera le lendemain, la tête éclatée, la nuque reposant sur un hideux coussin de sang noir coagulé. Je dis fossoyeur, parce qu’on a pris soin de faire ce qu’il fallait non loin d’un cimetière. L’alcade écrira sur son registre : « Un tel, un tel, un tel, morts de congestion cérébrale. " 

A Palma de Majorque, la Terreur blanche, eut comme bras armé les phalangistes, puis ce fut un Italien qui poursuivit la répression, un faux aristocrate connu sous le connu de " Comte Rossi " appartenant aux Chemises noires et envoyé par Mussolini à la demande du marquis de Zayas.

L’écrivain relate le massacre méthodique de suspects et de prisonniers républicains capturés dans les tranchés de Catalogne. On y voit ses coreligionnaires œuvrer crucifix au poing pour le salut des âmes :

« On conduisit le bétail jusqu’à la plage où on le fusilla sans se presser, bête par bête. Je ne mets nullement en cause l’évêque archevêque de Palma ! il se fit représenter, comme d’habitude, à la cérémonie, par un certain nombre de ses prêtres qui, sous la surveillance des militaires, offrirent leurs services à ces malheureux. On peut se représenter la scène : " Allons, padre, celui-là est-il prêt ? – Une minute, monsieur le capitaine, je vais vous le donner tout de suite. " Leurs excellences affirment avoir obtenu, dans de pareilles conjonctures, des résultats satisfaisants, que m’importe !

Le travail achevé, les Croisés mirent les bestiaux par tas, absous et non absous, puis les arrosèrent d’essence que l’on appelle là-bas gazoline. Il est bien possible que cette purification ait revêtu alors, en raison de la présence des prêtres de service, une signification liturgique. Malheureusement je n’ai vu que le surlendemain ces hommes noirs et luisants, tordus par la flamme. Un goudron puant sortait d’eux, par rigoles, et fumait sous le soleil d’août.

Précisément, je crois que M. Bailby [1], directeur du Jour, est quelque chose au Syndicat des Journalistes. Je l’informe donc en passant que M. le baron Guy de Traversay, secrétaire général de l’Intransigeant, était parmi ces morts là. »   

1- Léon Bailby fut ce nationaliste, grand patron de presse franco-française qui vomit sur les les juifs, les communistes, les francs-maçons, les républicains espagnols etc. et qui embrassa avec fougue, dans les années suivantes, le pétainisme. En 1940 il fonda L'Alerte, diffuseur du catéchisme officiel du gouvernement de Vichy.

Si dans les Cimetières sous la lune, George Bernanos dénonce les excès de ses copartisans, sauvant ainsi l’honneur des catholiques de droite, comme il est fréquent de le lire, il conserva vaille que vaille ses convictions.

" Il a fustigé Franco, Pétain et Hitler, mais en précisant toujours que la démocratie lui inspirait le même mépris que le fascisme. Il a rallié le général De Gaulle dès le 18 juin 1940, mais ce qu'il aimait dans la France Libre, c'est d'abord son gouvernement insurrectionnel établi à la suite du coup de force, ce coup de force dont il rêvait lorsqu'il était camelot du Roi et que Maurras fut toujours incapable de risquer.

Pour Bernanos, Vichy incarnait la tradition de démocratie, avec ses petits calculs et ses grosses compromissions. Londres, à l'opposé, perpétuait une tradition de liberté qui permit à une poignée d'hommes libres d'écrire l'Histoire de France comme on écrit un roman.

Bernanos ne manquait jamais de rappeler que le général De Gaulle s'était très bien passé du suffrage universel : " Si en 1938, au cours du hideux Septembre, constatait-il, nous avions interrogé le suffrage universel, le suffrage universel se fût prononcé pour la paix honteuse. En juin 1940, il eût plébiscité le Maréchal". Agora

George Bernanos aimait sans doute la mesure en toute chose. Dans La Grande Peur des bien-pensants, son premier essai qui fait l'éloge d'Edouard Drumont, il y a un passage sur la répression de la Commune de Paris par les Versaillais qui s'ouvre ainsi :

" Non, je ne perdrai pas mon temps à déplorer le sort d'insurgés tués en soldats sur la brèche. Mais une répression peut être aussi dure qu'on voudra, non pas atroce, c'est-à-dire vile. La répression des semaines de Mai fut vile."

 

franco

En France, le gouvernement du Front populaire de Léon Blum, empêtré dans une non-intervention officielle pour aider le gouvernement légitime de la république espagnole, n'aida que faiblement et de manière détournée l'armée républicaine.

En novembre 1938, le gouvernement Daladier publiait un décret-loi qui aggravait  des dispositions antérieures prises contre les étrangers : l'assignation à résidence – déjà prévue par le décret-loi du 2 mai – était complétée par l'institution de centres d'internement des " étrangers indésirables".

En janvier 1939 le premier de ces centres était créé à Rieucros en Lozère et, dès février,  quarante réfugiés autrichiens et juifs allemands anti-nazis y étaient internés, les premiers d'une longue liste.

Espagne 1936-1939
Documentaire et films de l'Institut Luce

Une présentation des évènements suivie de quatre films de l'institut Luce, des films de propagande qui permettent de saisir ce que fut concrètement en Espagne, sur le terrains, le prologue de la Seconde Guerre mondiale :

¡ Arriba España !" réalisé en 1937 (à 0.27 du début) montre le début du conflit du côté phalangiste et l'arrivée des franquistes dans les villes conquises. Le titre " debout Espagne !" reprend le dernier mot du chant de la phalange.

¡No Pasarán! (à 0.39mn du début) qui reprend le mot d'ordre des républicains "Ils ne passeront pas !' est un modèle de propagande fasciste qui fut réalisé vers la fin de la guerre avec d'importants moyens. Il suit la marche des nationalistes espagnols et du corps expéditionnaire italien (Corpo Truppe Volontarie) qui tentèrent de couper en deux l'Espagne républicaine pour conquérir Barcelone.

¡España! ¡ ¡Una! libra¡grande! (à 0.58.55mn du début ) qui reprend également la fin du chant de la phalange et qui est sous-titré "de la barbarie rouge au triomphe de la civilisation fasciste". La fin de Barcelone et de la Catalogne.

Los novios de la muerte  (Les fiancés de la mort, devise de la légion espagnole)  sur le rôle de l'aviation italienne dans la guerre dans le Sud espagnol. (à 1.45 du début).

Fondé en 1924, l'Institut Luce fut un outil de propagande du régime fasciste de Mussolini. Il a également participé à la production et la distribution de films et de documentaires pour le cinéma. En 2012 l'Institut Luce ouvre un canal sur YouTube qui a mis à la disposition du grand public plus de 30 000 vidéos qui racontent les 40 ans d'histoire italienne. (wikipedia)

_-_

> Des créateurs contre la barbarie : Les écrivains et la guerre d’Espagne, par Emilio Sanz De Soto, avril 1997 – Monde diplomatique.

> Bernanos, la Phalange et le cimetière de Manacor, par Adrien le Bihan

> Les caractéristiques sociales du Mouvement Phalangiste Espagnol (1946) - Article de Juan Andrade paru dans Masses N°2 du 15 mars 1946. – Bataille socialiste

Trois ouvrages d'écrivains du côté républicain :

> Hommage à la Catalogne (1938), livre de reportage et de témoignage de George Orwell qui s'engagea dans les milices du Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM) durant les sept premiers mois de 1937. (extrait)

> L’Espoir d'André Malraux (1937). Les débuts de la guerre d'Espagne dont l'enjeu est la Révolution mondiale confrontée au fascisme.

> Un testament espagnol d'Arthur Koestler (1937). Correspondant de guerre pour le  News Chronicle, Koestler fut capturé à Malaga par les troupes de Franco, jugé sommairement et condamné à mort. Il passa trois mois en prison en s'attendant à tout moment à être exécuté. Il fut libéré grâce à une campagne internationale en sa faveur. (Dialogue avec la mort, (1937) est un mémoire autobiographique qui relate cet emprisonnement.)

jeudi, 13 février 2014

14 février 1952 : grève et repression en Guadeloupe

En février 1952 eut lieu en Guadeloupe le mouvement revendicatif le plus important depuis les grèves de 1910

Le 14 février 1952, en Guadeloupe, dans la commune du Moule, les ouvriers de l'usine Gardel qui revendiquaient une augmentation de 2%  de leur salaire appelèrent à la grève.  Le mouvement fut réprimé dans le sang par les forces de maintien de l'ordre : sous " les mitraillages en enfilade de la gendarmerie, en pleine rue principale du bourg du Moule ", quatre Guadeloupéens furent tués ( Constance Dulac, Capitulin Justinien, François Serdot, Édouard Dernon )  et 14 autres Guadeloupéens furent blessés.

Le mouvement social avait débuté en novembre 1951, dans le. nord de la Grande-Terre, suite à l'échec des négociations portant sur la fixation du prix d'achat de la canne à sucre et les salaires.

" Là où la grève avait commencé, en novembre 1951. Les ouvriers réclamaient une augmentation du prix de la journée de travail afin que leurs salaires soient alignés sur ceux des Français. Forts de la loi du 16 mars 1946 qui assimilait les colonies à des départements, ils avaient cessé le travail. Au fil des semaines, le mouvement s'était étendu aux petits colons et aux planteurs, exigeant un meilleur prix de la canne à la tonne. " (Raymond Gama)

En janvier 1952, les fonctionnaires rejoignaient  le mouvement des ouvriers et des cultivateurs et réclamaient une augmentation des salaires. Une grève générale affectait alors les plantations et s'étendaient du Moule à Capesterre, Sainte-Rose et Anse Bertrand.

> Le Moule, berceau de la canne à sucre et symbole de la Guadeloupe en grève Le Monde  - 2009

> " Le rôle réel du gouvernement et du patronat dans les événements des Antilles " par Danielle Bleitrach - 2009


le 14 février 1952 dans la commune du Moule

source  : Combat ouvrier

[...]On se souvient aussi de ce 14 février 2009 où des dizaines de milliers de manifestants s’étaient retrouvés là, prés de la petite stèle élevée il y a quelques années en mémoire des victimesde cette énième tuerie perpétrée par les troupes coloniales contre des travailleurs. Nous étions en pleine grève générale dirigée par le LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon- unité contre la surexploitation) et ses 48 organisations dont l’ensemble des syndicats de Guadeloupe.

La grève générale des travailleurs de la canne

Le " massacre de la Saint Valentin " comme on nomma cette tuerie survenait dans le cours d’une grande grève des travailleurs de la canne : ouvriers d’usine, et travailleurs des champs (coupeurs de canne et amarreuses). Le mouvement fut déclenché au mois de novembre 1951 dans le nord de la Grande Terre. Les revendications étaient : 125 francs de l’heure (de l’époque) estimé comme salaire minimum par la chambre de commerce. Les travailleurs ramenèrent cette revendication à 100F/h  pour tous. Les petits planteurs réclamaient le paiement de la «ristourne». La ristourne était  une dette que les patrons sucriers devaient aux petits paysans. Car ces patrons attendaient de connaître le prix du sucre sur le marché international pour fixer définitivement le prix de la tonne de canne en Guadeloupe. La nouvelle récolte allait démarrer sans que les petits paysans soient payés pour les cannes livrées de la récolte précédente. On comprend donc  leur colère.
De plus, en ce qui concerne les salaires des ouvriers, le gouvernement fixa le salaire minimum en Guadeloupe à 76F/h. Ce fut alors le déclenchement de la colère générale. En janvier 1952 les travailleurs de la canne reçurent le soutien des fonctionnaires qui réclamaient la revalorisation de leur salaire.

La grève devint générale et illimitée dans toute l’île. Un «cartel» syndical dirigeait le mouvement, formé de la CGT avec Gargar, de l’union départementale CGT (ancêtre de la CGTG) avec Nicolas Ludger, de la CFTC avec Démocrite, du syndicat autonome des enseignants, du syndicat des médecins hospitaliers.

Face aux patrouilles de CRS armés menaçants et provocateurs, les travailleurs répliquèrent, y compris par des petites bombes artisanales. Les patrons du sucre  jouaient la montre et le pourrissement de la grève.
Le 11 février, les CRS prirent position dans la ville du Moule qui fut occupée militairement.
Le 14 février 1952 un barrage fut érigé par les travailleurs à l’entrée du boulevard Rougé (rue principale du Moule) pour empêcher l’accès de l’usine Gardel aux charrettes à cannes. C’est alors que les troupes françaises tirèrent à vue sur la foule. Quatre personnes furent tuées : Constance Dulac (enceinte), Capitolin Justinien, Edouard Dernon, François Serdot. Il y eut aussi 14 blessés.

Une tuerie préparée et organisée

Comme toujours dans l’histoire du mouvement ouvrier de Guadeloupe et de Martinique, ces tueries étaient bien préparées entre Préfet, patrons et militaires. Il fallait réprimer au besoin dans le sang.
En février 1952, c’était d’autant plus vrai que le mouvement ouvrier était largement soutenu par le Parti Communiste Guadeloupéen (PCG à l’époque Fédération du Parti Communiste Français) qui comptait nombre de militants ouvriers, de cadres et de dirigeants syndicaux. C’était le cas par exemple de Nicolas Ludger. Et ce n’est pas un hasard si la répression sanglante eut lieu à Moule, fief du PCG et ville de son dirigeant d’alors et aussi fondateur : Rosan Girard. Ce dernier était un dirigeant et orateur charismatique. Il fut aussi maire du Moule et député, particulièrement apprécié par les travailleurs et les masses populaires. L’occasion était donc trop belle pour le pouvoir colonial qui en profita pour tenter d’intimider les travailleurs du Moule et faire reprendre le travail par la force des armes. Il fallait aussi faire porter aux militants communistes et à Rosan Girard la responsabilité des «désordres sociaux» voire même de la tuerie perpétrée par les troupes coloniales.

Une grève historique

Le vendredi 15 février 1952, le préfet Villeger, le même qui avait ordonné l’occupation de la ville du Moule fixa le salaire de base à 88 F l’heure au lieu de 76 F et s’agissant des ristournes pour les cannes livrées par les planteurs en 1950 et 1951, il les fixa à 434 francs par tonne. Ce qu’il ne pouvait faire hier il put le faire le jour même de la tuerie.
La grève de 1952 compte dans l’histoire parmi les trois plus grandes grèves  du mouvement ouvrier de  Guadeloupe : après celle de 1910 et avant celle de février 2009 par ordre d’importance !

 Guadeloupe - LKP 3 Octobre 2009, à Pointe-à-Pitre.

pwofitasyon.jpg

BITIN. fr - Pas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales Creative Commons)