mercredi, 10 octobre 2012

"Le capitalisme ne se suicide pas, on le suicide..."

Sous Hollande, Mickaël de Carhaix nous re-conseille la lecture de  " Les Pieds dans le plat", de René Crevel, homosexuel surréaliste, communiste et suicidaire.

Ce texte qui date de 1933 promettait déjà les horreurs à venir :

" Le mensonge libéral, produit spécifiquement français, on sait ce qu’il vaut, ce qu’il nous vaut. On n’a pas oublié ce qu’il nous a valu. On peut prévoir ce qu’il nous vaudra.

Extrait :

" Nul individu de bonne foi ne saurait plus tolérer que son individualisme le protège encore du monde extérieur et des problèmes que le monde extérieur pose à tous les yeux qui ne sont pas de verre, enfonce dans toutes les cervelles qui ne sont pas de plomb.

Ne point dénoncer explicitement un régime fauteur de chômage et de guerre c’est en demeurer implicitement complice. La caducité, la faillite prochaine de ce régime, de ses iniquités millénaires ne rendent pas ses intentions meilleures, au contraire. Il y a beaucoup de travail encore, pour que table rase soit faite de la bourgeoisie, de sa culture, de ses institutions, pour que le prolétariat victorieux enfin construise.

Le capitalisme ne se suicide pas, on le suicide, et pas en soufflant dessus. Ses monuments sont mieux plantés en terre que la muraille de la Jéricho des légendes. La chanson humanitaire que tant de dromomanes s’en vont chantant de par le monde, les petits cantiques du pacifisme bondieusard, voilà qui non seulement n’ébranlera point les pierres officielles, mais au contraire vise à cimenter d’opportunisme, de résignation, les moindres moellons, les plus infimes parcelles de ce qu’il s’agit d’abattre.

Le mensonge libéral, produit spécifiquement français, on sait ce qu’il vaut, ce qu’il nous vaut. On n’a pas oublié ce qu’il nous a valu. On peut prévoir ce qu’il nous vaudra. La France se pose en championne de la liberté individuelle, c’est-à-dire elle entend plus que jamais défendre la liberté de quelques individus, minorité d’exploiteurs dont le bon vouloir et les caprices ne demandent qu’à continuer de s’exercer aux dépens des exploités.

Si les profiteurs n’aiment pas toucher au bas de laine, entamer le magot, (connais-tu le pays où fleurit l’avarice ?) ils sont, par contre, prodigues de belles paroles (connais-tu le pays où fleurit l’éloquence ?). Des mots, toujours des mots, des mots qui ont perdu toute valeur. On est en pleine inflation verbale. Cette fausse monnaie à peine fabriquée, son effigie prometteuse, déjà, s’encrasse. Ses traits s’effacent. Avec ce qui en demeure, on ne saurait reconstituer un visage. En parler bourgeois, rien n’a plus de sens, ne veut plus rien dire, ou plutôt n’a de sens, ne veut dire que par grimaçante, odieuse antiphrase. "

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