dimanche, 06 mai 2012

Les Nécropithèques : le Foutriquet

Sous le Quinquennat, au bord de la longue route semée d ' embûches, au détour d'une sente donnant sur un cul-de-sac, gît le gueux éventré par la faux du libéralisme.  Au pied du gratte-ciel du BTP audiovisuel, l'agence d'intérim sans pitié a lapidé le bamboula qui rêvait de revêtir son costume de CDI ; le banquier a cru méritoire d'écraser sous son talon le jeune couple d'endettés ; une rafle a fait choir par la fenêtre aux vitres cassées une sans papiers ; un fonds de pension a chassé de leur maison, et envoyé on ne sait où, des familles à recycler.

Que vont devenir ces lamentables déchets, du moins ceux qui sont encore en vie ? Le regard, l'ouïe, l'odorat et les cordes vocales du Rossignol turinois n'en seront pas longtemps offensés. Son récital de charité en nocturne aura bien lieu.

Les préposés à l'hygiène de notre belle République sont légion et sans honneur. On  connaît ces bêtes depuis l'Age des cavernes. Elles n'ont pas changé.

12/09/2010 

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En hommage à Darwin et aux peintres de la grotte de Lascaux,

Le musée du Quinquennat et la Zoothèque

Présentent :

Jeanne-Henriette Fabre - Histoire surnaturelle


Les Nécropithèques

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Accompagné de son escorte de vers gras et de sangsues avides, le Foutriquet, de la famille des nécropithèques,  la gueule encore pleine des tripes de sa précédente victime,  jamais rassasié, s'en vient ripailler à nouveau.
 
 
Ardent flibustier, propre à toute besogne, le Polemploi accourt le premier et commence la dissection par abattis numérotés du survivant mal en point. Bientôt le fumet de la venaison attire par escouades, le Consulting-management, le Faire-le-point poudré à neige sous le ventre, le Rebondir-en-avant-toute aplati, le Remise-à-niveau trotte-menu, le Je-rédige-mon-cv fluet, qui tous, d'un zèle jamais lassé, grassement rétribués, gonflés de suffisance, hargneux d'incompétence, fouillent, décortiquent les rescapés du chemin et tarissent leur révolte à coup de bilans de compétence, de mobilisations sur projet.

Quel spectacle sous les gueux ! L’horreur est une chose édifiante pour qui sait voir et méditer. Surmontons notre répulsion; relevons du pied une de ces variables d'ajustement qui vient de vider deux ou trois litres de mauvais rouge, une boîte d'anxiolytiques, une d'antidépresseurs et une autre de somnifères avant de songer à se pendre. Quel grouillement là-dessous, que d' antiques sauvageries, quel tumulte d'affairés, quelle révolution !

Mais le Foutriquet qui avait mené la première attaque mortelle, tripes en gueules, laid  comme une chiasse de cholérique et peureux comme un pape, a déjà  disparu par quelque trou nauséabond dans un bruit de casseroles et un nuage de poudre dorée; les Secrétaires des tas, boudinés dans leur pet-en-l'air de haute-couture, fesses emballées dans un string de soie, détallent en bousculant sur leur passage les Ministres aux poches pleines, embarrassés par leur butin disproportionné avec leur moteur ; les Sénateurs, rouges trognes et larges bedaines en avant, fuient péniblement, se blottissent dans les craquelures de la Constitution - en l’honneur de leur haute fonction, ils fleurent la naphtaline et portent comme un rouge pompon, la rosette; les Députés, l'écharpe tricolore élégante en travers des élytres, le cul poli où miroitent les lustres et les ors de la République, trottinent à la hâte, désertent leur banc et le perchoir en caquetant de vagues hymnes ainsi qu’il convient à des employés des pompes funèbres ; les Think-tank, aux mandibules en forme de scalpel, et dont l’un porte pèlerine beige rayée de gris sale et mouchetée d'hermines noires, tentent de se carapater, mais, repus, la sous-ventrière prête à péter, culbutent et montrent le rose tripier de leur ventre mou, contraste violent avec la mine verdâtre.

Que faisaient-ils là, tous ces enfiévrés de  besogne ? Ils se gorgeaient de la pièce exploitée, puis, heureux au logis, ils copulaient et leurs machines détraquées finissaient en d'aberrantes pontes et éclosions de larves qui remettaient le couvert au dessert..

Comme il sied aux gens bien élevés, remettons en place le gueux et passons.

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