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01.12.2007

Conte: Avanti! J- 3

Un petit conte de Noël de Ploermël


On est pauvre, on n’a pas eu son prêt bancaire, on est ulcéré, pourquoi ne pas lire un conte de Noël édifiant pour se redonner le moral ?

Ce conte recueilli auprès de Fanch Binig par M. taupin-Brognard, a été traduit en français contemporain par moi-même. On y sent bien toute la chrétiennitude et la celtité qui ne demandent qu'à s'exprimer. On veillera à le répéter plusieurs fois à haute et intelligible voix pour ne pas buter le jour H qui tombe le 24 décembre. d'autant que la narration est complexe comme on le va lire.



Les bretonnes sont filles du pêché, comme les autres, mais elles sont de bonnes ménagères attentives aux intersignes et respectueuses des âmes en peine qui manifestent leur présence les jours précédents Noël, sauf lorsqu’elles sont saoules.
Gloada était de ces chrétiennes là, toujours au four et au moulin, au cimetière et à l’église, à la machine à laver et au fer à repasser, mais levant le coude plus souvent qu’à son tour, hélas !

Or, la veille d’un réveillon, tandis qu’elle repassait à la patte mouille un tas de sous vêtements en dentelle, elle entendit une petite voix qui disait :

- J’ai chaud ?

Gloada fit celle qui n’avait rien entendu, alors qu’elle avait bien entendu comme on l’a vu, et elle continua de repasser une jolie coiffe en pain de sucre telle qu’on en portait à cette époque en Cornouailles du sud dont elle était native, parce que dès qu’on se met à potiner et à parler de la pluie et du beau temps le travail n’avance pas.

- J’ai chaud, fit derechef la voix sur le ton de qui sait avoir été ouï à défaut d’avoir été entendu.

Gloada qui n’aimait point qu’on insistât et ne supportait pas être interrompue lors d’un repassage délicat sur une dentelle sentit la moutarde lui monter au nez. Toutefois elle prit sur elle et continua de repasser la coiffe qui apparaissait maintenant sous l’angle comique d’un string de routier folklorique.
Quelques minutes plus tard, la voix renouvela sa remarque de manière plus péremptoire :

- J’ai chaud !

Alors là, Gloada, bonne fille certes, mais qu’il ne fallait pas trop chatouiller, sortit de ses gonds et s’écria :

- Moi aussi j’ai chaud ! Mais j’emmerde personne, moi ! Parce que j’ai du boulot, moi ! Et que chaud ou pas il faut que ça se fasse !

Et elle vida cul-sec une bolée de lambic maison de derrière les fagots pour se calmer et parce qu’il faisait soif par cette satanée chaleur. Quant à la voix, mouchée, elle se tînt coite, pour ainsi dire.

Cependant, au bout d’une heure ou deux, Gloada, ronde comme une queue de tasse, regrettant de s’être laissée emporter comme un palefrenier de sexe mâle, demanda, la bouche pâteuse et toussant comme une perdue :
 -T’as toujours chaud , pépère ?
- Uiii, lui répondit-on faiblement d’une voix qui ne laissait rien présager de bon dans un futur proche.
- Tu me ferais pas une petit poussée de fièvre des fois , même si c’est qui fait chaud ? Et si ça se trouverait ce serait rien qu’une poussée des dents de sagesse ? Et qu'il aurait une bonne rage de cul et que ça lui passerait, au pépère ?
- Teuf, teuf, teuf, répondit le fer à repasser. J’ai chaud parce que je suis sur « TOILE » !
- Nom de Doué ! lâcha la repasseuse qui, sortant fissa des brumes de l’alcool, entr’aperçut en lieu et place de la coiffe mâtinée string, une infâme galette collée à la semelle du fer qui puait son hydrocarbure à cent lieues et dégageait une épaisse fumée noirâtre.

A cet instant Gloada, ivre pourtant, se rendit compte de sa bévue :

- Dentelles en nylon ne tient pas la marée,  comme on dit à Ploërmel ! se fit-elle la remarque à la cantonnade, question réglage de la température, ça, c'est pour me vanter, mais j’ai eu la main lourde, conclut-elle !

Puis, ceci dit dit, et n’écoutant que son courage, la Finisterienne plongea illico le fer à repasser dans la bassine d’eau fraîche - où trempouillaient des frites et des moules dans une belle entente cordiale - tant pour rafraîchir le mourant que pour éteindre un début d’incendie.

Rentrant de son absence de travail, Billig, le mari, ne put que constater le décès de l’infortunée par électrocution.
Dieu avait en effet punie l’intempérance cause de tant de négligence. Mais, comme la ménagère avait, dans un dernier sursaut de lucidité, sauvé par la noyade l’âme errante d’un mort qui brûlait dans le purgatoire de son fer à repasser, Dieu la fit monter directement au ciel. Et c’est ça le plus important.

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