11.08.2009

Le "Ça ira", ou comment naissent les chansons.

"Ah, ça ira, ça ira, ça ira, les aristocrates à la lanterne !"

Retournement de situation : un beau jour, la révolution. Jour du grand soir lorsque "  ceux d’en-haut ne peuvent plus gouverner comme avant ; lorsque ceux d’en-bas ne supportent plus d’être opprimés comme avant", comme disait Lénine.
Ainsi, en  1789, le pouvoir royal de Louis Capet arrive en bout de course et trouve en face de lui  une  bourgeoisie laborieuse et commerçante et le peuple.

Dans les premiers temps de la Révolution, c'est la modeste lanterne des rues qui, à Paris du moins, devient le symbole de la justice populaire. Une justice expéditive que l'on flatte, que l'on tentera aussi de contrôler  et de  manipuler.
La violence répond à la violence et les nouveaux modes d'exécution capitale dans l'espace public répondent  à ceux de la royauté :  rouer, écarteler, pendre et décapiter.

Camille Desmoulins,  qui vient de rédiger "la France libre"
un violent réquisitoire contre l'Ancien Régime, censuré et  condamné par le Parlement de Toulouse à être brûlé, publie après la nuit du 4 août, un pamphlet, Discours de la lanterne aux Parisiens, qui lui vaudra le surnom de " Procureur Général de la Lanterne" et qui commence ainsi :

"Braves Parisiens, quels remerciements ne vous dois-je pas ? Vous m'avez rendue à jamais célèbre et bénie entre toutes les lanternes. Qu'est-ce que la lanterne de Sosie ou la lanterne de Diogène, en comparaison de moi ? Il cherchait un homme, et moi, j'en ai trouvé 200 mille. Dans une grande dispute avec Louis XIII, mon voisin, je l'ai obligé de convenir que je méritais mieux que le surnom de juste.
Chaque jour je jouis de l'extase de quelques voyageurs Anglais, Hollandais, ou des Pays-Bas, qui me contemplent avec admiration; je vois qu'ils ne peuvent revenir de leur surprise, qu'une lanterne ait fait plus en deux jours que tous leurs héros en cent ans. Alors je ne me tiens pas d'aise, et je m'étonne qu'ils ne m'entendent pas m'écrier: " Oui, je suis la reine des lanternes. "

Malgré cette ouverture, le texte n'est pas un appel au meurtre mais le journal  et le compte rendu d'une révolution  en marche;  un éloge de la toute récente abolition des privilèges ainsi qu'une  mise en garde adressé au peuple contre une conspiration  et une menace d'intervention militaire visant à détruire Paris et mettre bas les premiers acquis de la révolution.  La lanterne  est ici  l'équivalent  symbolique du glaive de la justice face à la menace d'un complot insurrectionnel.

Pour Camille Desmoulins la page de la monarchie est définitivement tournée et tout doit être fait pour qu'elle le reste :

" Nous n'avons plus d'Etats généraux qui faisaient des doléances, nous avons une assemblée nationale qui fait des lois, une telle assemblée ne peut être composée que des représentants de la Nation, et la Lanterne ne reconnaît pour ses représentants que les six cents députés des communes. Il est évident que les 600 autres membres sont députés non de la Nation, mais du clergé et de la noblesse."  (p. 54)

La différence est de taille. Le fait du prince n'a plus lieu d'être, et l'égalité des citoyens demande une représentation parlementaire proportionnée.

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> Le discours de la lanterne- Gallica
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Les frères Goncourt, artistes légitimistes, rêvaient un dix-huitième siècle idéalisé fait de paradis  microcosmiques  où se réunissait une petite élite de l'aristocratie, de la bourgeoise et des " gens de lettres"; un âge d'or  du savoir vivre à la française et de l'art de la conversation  que la Révolution avait  aboli : " Fontenelle n'aimait pas la guerre parce qu'elle gâtait la conversation, Les lettres n'aiment pas la révolution parce qu'elle gâte les livres."  
Ils donnent ici leur origine du
Ça ira :

" La première lanterne, la lanterne mère siège en face de l'Hôtel de ville, au coin de la maison de l'épicier, au dessus de l'auvent, au-dessous d'un buste de Louis XIV ! Et sa belle branche de fer est si attractive pour les aristocrates, que le Petit journal du Palais-Royal écrit,en 1789: " Maison du coin du roi, dite hôtel du Réverbère, à vendre. Le propriétaire de cette maison ne veut plus coucher journellement près d'une potence."
Le réquisitoire de la lanterne est le Ça ira. Il venait du nouveau monde, ce refrain. Franklin, ce bon sens en lunettes, l'avaient apporté dans une poche de son habit brun.
Comme chaque jour on lui demandait des nouvelles de la Révolution américaine, et que cela était devenu un acquit de politesse, et une question d'habitude, le bonhomme économiste répondait dans un sourire: Ça ira, ça ira. La Révolution ramassa le mot, elle fit hymne. Et déjà en 91, le Ça ira fait une réputation à l'abbé Poirier, qui compose pour son refrain national  un accompagnement de harpe; le Ça ira scandalise déjà un orgue de couvent sous des doigts patriotes, en attendant qu'il tonne et rugisse comme l'Alleluia du sang !"

> "Histoire de la société française pendant la Révolution", par Edmond et Jules de Goncourt, 1854. Chapitre III.  Sur le site des éditions le Boucher,  au format PDF

> les différentes versions du Ça ira

Nos aristocrates des temps modernes, nouveaux "monopoleurs sur le pain", outre leur goût congénital de la rapine, leurs révérences et courbettes qui sont de tous les temps,  privilégient une vision du profit à très court terme et un enrichissement personnel mirobolant au détriment de tous. Leur cour s'appelle la bourse. Et chaque jour des gens restent sur le carreau. Rien ne va plus.

17.07.2009

Joue avec la viande

Sur le  versant de" l'art qui nous brise le tabou et réveille nos libidos épuisées", on a connu  "Our body, à corps ouverts", l'exposition de 17 corps de Chinois humains taxidermisés et écorchés dans diverses positions plus ou moins ludiques et grotesques , mais dans le  scientifique souci  " de désacraliser le corps humain"..
A Nantes,
comme le présente joliment Emmanuelle Lequeux dans le Monde : "Le jeune Stéphane Thidet n'a pas hésité à lâcher une meute de vrais loups, venus du Var, dans les douves du château des Ducs de Bretagne. Belle entrée en matière dans un conte qui s'étire tout au long de l'estuaire, et dont chaque artiste écrit un chapitre. De Paimboeuf à Saint-Jean-de-Boiseau, pas une commune n'est épargnée (sic) ".
6 loups vivants exhibés dans les douves, ou plus exactement "installés" puisque ces animaux ont acquis le statut "d’œuvres d’art"  - par le seul pouvoir de l'artistaillerie qui sait communiquer :" Au cœur de la ville en mouvement, le Château nous restitue une part de Moyen-Âge que l’artiste fait vibrer en y intégrant du sauvage : il arrête l’entretien des douves et invite une meute de loups à y prendre ses quartiers d’été."  Comme c'est charmant, surtout quand on sait que les œuvres qui croupissent dans la fosse sont bombardées de projectiles divers par un public interactif.
Tout ça me fait penser à une époque où l'on exposait les indigènes (vifs) de nos colonies lors d'expositions édifiantes.

Les indigènes de Madagascar exposés au Champ-de-mars
Par M. J. Deniker. 2 juillet 1896

"Je suis heureux d'informer la société au nom de mon collègue et ami, le Dr Collignon et en mon propre nom qu'une caravane considérable, comprenant plus de 400 représentants des races divers du Soudan, du Sénégal et de Madagascar vient d'arriver à Paris, pour être exhibés au Champ-de-Mars où déjà l'année passée nous avons vu " le village nègre".
Grâce à l'extrème obligeance deM.M.. Barbier, directeurs de la caravane et de l'exposition ethnographique, M. Collignon et moi avons pu nous livrer dès le lendemain de l'arrivée de ces exotiques à des observations ainsi qu'aux mensurations anthropologiques, et nous sommes en meusure de pouvoir vous communiquer les premiers résultats de nos recherches, notamment quelques observations sur les indigènes de Madagascar."

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Nantes se couvre de honte avec sa présentation de "loups artistiques"

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14.03.2009

B comme Bekhey

Mot variable qui s'écrit comme on veut.  Prononcer "béké". Surtout ne pas confondre avec " béké"  ça n'a rien à voir, du tout même ! (prononcer toutefois béké). Ne pas confondre non plus avec becquée ( prononcer également béké). Parfois se prononce "béké" comme becquet.

Quantité impressionnante de nourriture que quelqu'un peut avaler d'un seul coup, sans même l'aide d'une fourche, un peu à la manière du libé-râle des glauques marais tourbeux, l'aspirateur fou croisé avec la guêpe géante à mandibules broyeuses,  qui se jette affamé
sur les vifs, découpés à la va-vite  en larges lots  dodus  à grands coups de sa gueule experte qui bave généreusement.

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la baiquai du libé-râle

Notons ici  l'intervention d'un capilliculteur spécialiste en communication qui, en deux coups de peigne à pot, a rendu notre libé-râle si sympathique qu'on en ferait un aimable Père Noêl si c'était encore de saison.  Et  qu'il doit être doux de se laisser aller débile et languissant  entre les dents éclatantes du monstre,  becquée frissonnante aux parfums capiteux de l' haleine  fétide de la bouche broyeuse...

 

23.11.2008

La lutte

Ar goueren
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Olivier Perrin- la lutte (détail) 
 
(...) Une cérémonie touchante précède le combat : les deux adversaires s'avançant l’ un vers l'autre d' un air religieux, font le signe de Croix, se frappent dans la main et se jurent qu’ils resteront amis après comme avant le combat ; qu’ils sont chrétiens et n’ont eu recours à aucune herbe enchantée (louzou) ni à ces pactes avec le diable, grâce auxquels la force d’un cheval ou d’un taureau l’abandonne tout à coup pour passer dans le corps d’un lutteur au prix de sa damnation éternelle
Certains alors qu’ ils combattront à conditions égales ils prennent une attitude académique se saisissent lentement et s’ enlacent en se passant réciproquement la main droite sur l’épaule gauche et la main gauche sur le flanc droit ; puis, les jambes écartées, et tels que deux béliers, le front collé l’ un contre l’autre, tantôt ils se poussent avec une force qui se neutralise et les rend immobiles, tantôt ils s’allongent ou se rapetissent, se plient en avant ou en arrière, tournoient ou bondissent tout à coup comme un seul homme.
       Mais par degrés ils s’animent, s’étreignent plus vigoureusement et font craquer leur chemise en lambeaux ; à la ruse, à l’adresse ont succédé la violence et la colère, et le plus faible étourdi, haletant, épuisé, n’a plus qu’une ressource pour éviter une défaite certaine, celle de tomber sur le côté.  Né ket lamm ! crient soudain les gars de son village ! Lamm eo hurlent de leur côté les partisans de son adversaire ! Eo ! eo ! nann ! nann ! Et le tumulte devient effroyable ! Les spectateurs se précipitent, tous les rangs se confondent, le cercle n existe plus ! mais le fouet et la poêle à frire viennent rétablir l’ ordre ; on se heurte, on se culbute, on se remet en place, et les juges du camp déclarent qu’en effet il ya eu costinn,  c’ est-à-dire que le vaincu n’étant pas tombé à plat sur le dos, le saut n’ a pas été franc comme l’ exige la charte des lutteurs ; l’ épreuve doit donc recommencer.
       Lamm, costinn,  tels sont les deux termes principaux de la gymnastique bretonne qui a son vocabulaire à part, et dont les coups les plus savants sont le toll scargekliket zoon,  et peeg gourn ; ce dernier mot désigne le célèbre croc-en-jambe de l'Armorique.
 
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Breiz-Izel, ou vie des Bretons de l'Armorique.
Alexandre Bouët, Alexandre Duval, illustrations d'Olivier  Perrin.
Première édition posthume reprise et prolongée de celle de 1808 en 1835-36.
 
Dans cet ouvrage, le lecteur suit les étapes de la  vie quotidienne du paysan Corentin, de sa naissance à sa maturité. Une vie, un milieu social, aux antipodes de celle que connaissait l'auteur qui veut dresser un portrait "type" des habitants de Basse-Bretagne, de leurs mœurs et de leurs coutumes.  
" Nous avons montré dans Corentin, son père, son grand-père et ceux qui les entouraient, le paysan breton à tous les âges et sous toutes les faces ; c'est un tableau complet de sa vie domestique. Puissent les idées d'amélioration que nous avons semées sur notre route porter un jour leurs fruits ! Mais surtout, en poliçant ce peuple, qu'on se garde d'altérer sa noble et forte nature ! Plutôt que d'en faire quelque chose qui ressemble à ce type de dépravation précoce qu'on appelle Gamin de Paris, ou à ces populations gangrenées des villes qui n'ont d'autre croyance et d'autre frein que le tribunal correctionnel, ah! qu'on respecte son ignorance et sa virginité ! Les fausses lumières sont pires que l'ignorance car, au lieu de guider, elles égarent ! "

16.01.2008

Nos amies les bêtes

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07.01.2008

L comme lunettes

Musée du Quinquennat
Ustensiles et accessoires
 
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Les lunettes de soleil indiquent l'envie de voir sans être vu. Elles sont supposées  cacher le M'as-tu-vu aux yeux des voyeurs; et c'est pourquoi l'Homme invisible en a toujours une paire en poche ainsi qu'un chapeau mou au cas où il se mettrait à pleuvoir.
Quand l'Homme invisible ouvre son grand manteau blanc c'est l'hiver, mais à part ça on ne voit rien - même à la sortie des écoles. Quand le M'as-tu-vu l'ouvre son grand manteau taillé sur mesure, on note la présence d'un string Cachez-ce-sein-que-je-ne-saurais-voir  de la marque Saint-Claude, petit chiffon  qui est la version moderne de la feuille de vigne.
Soulevons un des deux verres, l'oeil mâle est cerné, la pupille est dilatée, le blanc est injecté de sang; soulevons le verre femelle, un oeil au beurre noir apparaît. Tout ça n'est pas très joli joli mes cochons !
les lunettes de soleil  se portent très bien dans le désert et le Milieu où elles permettent de cacher ses larmes de joie au décès de l'ami. Il est de coutume d'attendre le prochain  congrès pour sortir  son  flingue, pop !
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Tous les dictateurs portent des lunettes de soleil et des chapeaux fantaisistes qui vont de la gapette  à la coiffe en dentelles.

Kerleroux - Le Canard Enchaîné
  
 

17.09.2007

Lèche-majesté

Lèchage sous toute les coutures de la personne du souverain.

"Le lèche-majesté ne demande pas de cerveau mais une bonne langue douce d'un côté et rapeuse de l'autre, dont j'étais  bien pourvue, et ce dès ma naissance. Je fis carrière."  

"J'étais royaliste" Mémoires d'un transfuge.

 

Améliorez votre langue : remplacez majesté par d'autres mots. Ce n'est pas un crime.  

10:30 Ecrit par Zeck dans - Zectionnaire, > L | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Lèche

12.06.2007

L comme lumière

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Les disciples de la
lumière
n'ont jamais inventé que des
ténèbres
peu opaques.


Robert Desnos

06:05 Ecrit par Zeck dans > L | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Lumière

01.06.2007

Langue

 

 Tourner
SEPT FOIS
sa
LANGUE
de
BŒUF  
dans la
BOUCHE
du
CHEF