mercredi, 23 avril 2014

Le " noyau essentiel " et les enseignants

Le discours dominant sur l’éducation considère celle-ci comme un « capital humain », dont le développement serait profitable à la fois aux individus (employabilité) et aux sociétés (croissance économique). Ce discours idéologique a pour fonction principale de justifier une adéquation fine de l’école aux évolutions du marché du travail. Or, l’étude des documents les plus récents de l’OCDE et de l’Union européenne révèle que cette évolution engendre, non pas un développement quantitatif ou qualitatif de l’enseignement, mais sa polarisation et son repli sur les « compétences » de base.
Extrait de Éduquer et former, sous la dictature du marché du travail, par Nico Hirtt - Investig'action.

Peu qualifiés, mais multi-compétents

 
polyvalence" L’excédent de travailleurs qualifiés n’est pas la seule raison de l’embauche de main d’œuvre surqualifiée. Cela tient aussi à la nature même des nouveaux emplois non qualifiés ou réputés tels : ils sont fort différents des fonctions de manœuvre industriel ou agricole qu’occupaient jadis la grande masse des travailleurs peu scolarisés.
Un employé de bureau « non qualifié » est, aujourd’hui, une personne qui n’a pas de diplôme de dactylographe ou de sténographe, ni celui d’opérateur télex, de secrétaire, d’interprète ou de traducteur. Il n’a pas davantage de diplôme formel en utilisation de logiciels bureautiques. Pourtant, on lui demandera d’utiliser un clavier d’ordinateur, un traitement de texte, un tableur, une base de données, une boîte mail, de répondre poliment au téléphone et de pouvoir le faire éventuellement dans plusieurs langues. Ce faisant, on ne réclame pas à proprement parler une qualification, du moins pas au sens habituel du terme, on exige juste quelques « compétences de base ». Or, c’est là que le bât blesse. Les employeurs, relayés par les organismes internationaux, se plaignent de la difficulté de trouver ces travailleurs à la fois peu qualifiés (donc bon marché) et cependant multi-compétents pour la kyrielle de tâches variées qu’on leur demandera d’accomplir.
Savoir lire et écrire, savoir calculer, posséder un permis de conduire, tout cela n’est plus considéré depuis longtemps comme des qualifications. Les nouveaux emplois non-qualifiés dans les secteurs de services réclament que l’on élargisse cette panoplie de compétences universellement partagées. Le cadre de référence européen pour les « compétences clés » définit les huit compétences de base « que tous les jeunes devraient développer dans le cadre de leur éducation et de leur formation initiales et que les adultes devraient pouvoir acquérir et maintenir grâce à l’éducation et la formation tout au long de la vie » (Commission Européenne, 2009, De nouvelles compétences, p.19). Elles sont désormais bien connues : communication dans la langue maternelle, communication en langues étrangères, compétence mathématique et compétences de base en sciences et technologies, compétence numérique, apprendre à apprendre, compétences sociales et civiques, esprit d’initiative et d’entreprise, sensibilité et expression culturelles. Pour l’OCDE, « cet ensemble d’aptitudes et de compétences devient le noyau essentiel de ce dont les enseignants et les écoles doivent s’occuper » (Ananiadou, K., and Claro, M., 2009, p.6).
Voilà donc la solution au problème : évincer des programmes toutes ces choses devenues inutiles, maintenant que l’école secondaire n’est plus réservée aux élites. Pas besoin de langues anciennes, de philosophie ou de littérature, du moment qu’ils apprennent à « communiquer ». Pas besoin d’étudier les grands concepts et les lois de la physique ou de la biologie, du moment qu’ils acquièrent des « compétences de base en sciences et technologie ». Pas besoin d’histoire ou de géographie, un peu de « sensibilité culturelle » suffira. Pas besoin d’économie pour la plupart d’entre eux, du moment qu’ils aient de « l’esprit d’entreprise ». Pas besoin même de leur apprendre la programmation informatique, du moment qu’ils acquièrent la « compétence numérique », entendez : qu’ils aient acquis les gestes basiques du maniement d’un ordinateur en situation professionnelle et les rudiments de l’utilisation d’une suite bureautique. Pour le reste, quelques phrases dans une ou deux langues étrangères, un peu de « sensibilité culturelle » et la capacité d’apprendre (un mode d’emploi, un règlement, une procédure de travail...) en feront un excellent travailleur corvéable à merci."
 Nico Hirt
Article en PDF article_pdf.gif: Dictature du marché du travail - Français - Analyses et témoignages - École
 

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Rebelles serviles

 

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Skip Dolphin Hursh
www.skiphursh.com

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lundi, 21 avril 2014

Discount : c'est très cher les prix bas

Altermonde nous conseille de (re)entendre et de (re)voir :

Du sang sur mes fringues

arton2755.png1000 morts depuis 2005. 384 morts et 900 disparus suite à l’effondrement du Rana Plaza à Dacca, mercredi dernier. Déjà en 2006, nous étions au Bangladesh, avec les ouvriers et les ouvrières du textile.

L’industrie textile emploie plus de 3,5 millions de personnes au Bangladesh, en majorité des femmes. "Consommer toujours plus et moins cher" dans les pays occidentaux c’est travailler toujours plus et moins payé dans les pays en voie de développement

Du sang sur mes fringues : Reportage Daniel Mermet, Giv Anquetil. Là-bas.org -  http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2755

2012 - Nos vies discount,

Frédéric Brunnquell, réalisateur indépendant

52 minutes - France 2/AMIP
Présenté au festival ONE WORLD à Prague puis à Bruxelles

Nait de l'économie de guerre, le discount est un avatar de la pénurie, il alimente la crise et ne crée pas d'emplois. Son profit maximum est son but ultime ; réduction des charges sociales, suppression les droits des travailleurs, travail précaire, bas salaires.
Illustrations dans ce reportage avec Ryanair dans l'aviation, LIDL ALDI, Smithfield Foods (Aoste, Justin Bridou, Cochonnou) dans l'alimentation et Renault dans l'automobile avec la marque Dacia.

> Balade dans Dacca - Altermonde - Blog Télégramme

Pétition 

Miguel LACHIVER met en ligne une pétition sur le site change.org : Traçabilité sociale de l’habillement".

" Suite à la mort de plus de 1000 personnes au Bangladesh, essentiellement des ouvrières du textile travaillant pour des groupes occidentaux, nos braves journalistes et économistes ont mis en cause les consommateurs entre autres français, qui achetaient à bas prix. Ils n’ont pas trop remis en cause ce système qui permet, à certains capitaines d’industrie et actionnaires, de s’en mettre plein les poches, tout en culpabilisant le consommateur Lambda. Ils ont oublié de dire aussi que les marques vendues beaucoup plus chères, étaient faites au même endroit dans les mêmes conditions, avec une marge encore plus importante.
Il y a quelques années, on a eu un peu de transparence sur les fruits et légumes mais durant juste une saison. Si c'est possible dans les fruits et légumes, cela l'est aussi dans l'habillement.
Demandons donc à l’industrie du prêt à porter et aux vendeurs d’avoir la traçabilité sur la confection qu’ils vendent, c’est-à-dire le lieu de fabrication et le coût de fabrication (ou pourquoi pas le salaire mensuel de l’ouvrière).
On pourra peut-être voir alors que le dindon de la farce est le consommateur, sans parler de la tragédie au Bangladesh ou le sang des ouvrières nourrit quelques poches déjà grasses.

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dimanche, 20 avril 2014

"Le pape doit manger seul"

Raoul Ponchon

"La Muse au cabaret"

charlie hebdo

LE PAPE DOIT MANGER SEUL

À Georges Auriol.

 Le Protocole du Vatican veut que le Pape prenne ses repas tout seul.

Manger seul ! Quelle horreur ! Prendre sa nourriture
Sans avoir devant soi la moindre créature,
Sous prétexte que c’est l’usage au Vatican !
L’usage… mais l’usage à la mode de quand ?
Ce n’est pas, sapristi ! la peine d’être pape,
Si l’on ne peut donner à l’usage une tape.
L’usage n’était pas d’ailleurs pour Borgia,
Car ce n’est pas tout seul que ce birbe orgia.
Voire, sans remonter aussi haut dans l’Histoire,
Pio Nono meublait-il seul son réfectoire ?
Allons donc ! Si cet us a sévi dans les temps,
Il fut assurément des plus intermittents.

J’admets qu’on aille seul aux cabinets d’aisance,
Que l’on fasse tout seul des heures de potence,
Que l’on commette un crime… une bonne action…
Tout seul. Mais manger seul, quelle aberration !
Voilà qui me renverse et qui me déconcerte.
Encor s’il était seul dans une île déserte !…
Mais non. Il a parents, amis et familiers.
Les gens du Vatican se comptent par milliers.
Qu’il n’éprouve pour eux que des ardeurs peu vives,
Ce n’en est pas moins là de tout trouvés convives.
 
Manger seul — voyez-vous — me semble aussi pervers
Que d’aller voir tout seul les feuilles à l’envers.
Puis, quand on mange seul, sait-on ce que l’on mange ?
Si c’est de l’ambroisie ou quelque affreux mélange !
Que dis-je ? Mange-t-on ? On bouffe, on se nourrit…
Le corps peut y trouver son compte, non l’esprit.
On me dit que ce pape a l’estomac en loque,
Et qu’il fait son repas de deux œufs à la coque.
C’est possible, après tout. Je n’en veux discuter.
Mais il pourrait toujours des amis inviter.
Leur dire : « Mes enfants, sans appétit moi-même.
Je ne vous contrains pas à faire le carême…
Mangez, buvez, voilà des poulets, des gigots…
Tapez éperdument dessus ces haricots.
Et puis, voici du vin qu’il faut mettre à l’étude ;
Il fut trente-cinq ans captif comme Latude . »
Rien ne vous donne faim comme de voir manger.
Enfin… n’est-ce donc rien, le plaisir d’héberger ?
De même, ce Léon, guetté par le conclave,
Boit également seul les bons vins de sa cave.

Il a là, devant lui, deux verres, qui sait, trois ?
Sans doute il fait sur eux le signe de la croix,
Ainsi qu’il ferait sur quelque rouge éminence,
Et dit, selon leur plus ou moins de contenance :
« L’un est pour mon Falerne, et l’autre, mon Chianti,
Et le troisième pour mon Lacryma-Christi. »
Comme il est évident qu’il en boit peu de chaque,
Pourquoi n’en faire pas profiter Pierre ou Jacques ?
J’y pense tout à coup : Ce pontife absolu
Ne connaît pas son texte ou bien il l’a mal lu.
Le Seigneur n’a-t-il pas prescrit à ses apôtres :
Messieurs, vous mangerez les uns avec les autres.
Væ soli ! Malheur à celui qui mange seul ;
Il vaudrait mieux pour lui qu’il fût dans un linceul.
Voilà ce qu’il a dit, le Seigneur. C’est notoire.
Ce qui prouve, de sorte aiguë et péremptoire,
Et dussiez-vous trouver mon propos hasardeux,
Que pour manger tout seul, il faut être au moins deux.

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Gabriel Garcia Marquez

Gabriel Garcia Marquez : extrait du discours prononcé à la réception du Prix Nobel de Littérature - 1982

Gabriel Garcia Marquez" L’indépendance de la domination espagnole ne nous a pas mis à l’abri de la démence. Le général Antonio López de Santana, qui a été trois fois dictateur du Mexique, a fait enterrer avec des funérailles magnifiques sa jambe droite qu’il avait perdue dans la dite Guerra de los Pasteles.

Le général Gabriel García Moreno a gouverné l’Équateur pendant 16 ans comme un monarque absolu, et son cadavre a été veillé vêtu de son uniforme de gala et sa cuirasse de décorations assis dans le fauteuil présidentiel.

Le général Maximiliano Hernández Martínez, le despote théosophe du Salvador qui a fait exterminer dans un massacre barbare 30 mille paysans, avait inventé un pendule pour vérifier si les aliments étaient empoisonnés, et a fait couvrir d’un papier rouge l’éclairage public pour combattre une épidémie de scarlatine.

Le monument au général Francisco Morazán, érigé sur la place la plus grande de Tegucigalpa, est en réalité une statue du maréchal Ney achetée à Paris dans un dépôt de sculptures usées. "

vendredi, 18 avril 2014

"Le grand bond en arrière"

Transmis par Amélie et  L'Indigné Révolté

Comment l’ordre libéral s’est imposé au monde.

livre-shalimi-grand_bond.jpgDe l’Amérique de Reagan à la France de Mitterrand, en passant par la Nouvelle ­Zélande, les transformations économiques du dernier quart de siècle n’ont été le produit ni du hasard ni de la nécessité. Si, à partir des années 1980, les « décideurs » et les médias du monde occidental ont presque toujours interprété de manière identique les situations de « crise », c’est que tout un travail idéologique était intervenu au préalable, c’est que les solutions alternatives au marché avaient été détruites afin qu’il n’y ait « plus d’alternative ». D’autres interprétations des événements auraient suggéré d’autres remèdes, mobilisé d’autres forces sociales, débouché sur d’autres choix. La « mondialisation », ce fut aussi ce long labeur intellectuel de construction de la « seule politique possible » que favorisa la symbiose sociale entre ses principaux architectes d’un bout à l’autre de la Terre.

Inspirées par des théoriciens de l’université de Chicago, dont l’influence sera considérable au Chili, en Grande Bretagne et aux États Unis, les doctrines économiques libérales vont encourager les classes dirigeantes à durcir leurs politiques, à passer d’un système d’économie mixte acceptant une certaine redistribution des revenus à un nouveau capitalisme orienté par les seuls verdicts de la finance. Les artisans de cette métamorphose en tireront un avantage considérable ; pour la plupart des autres, au contraire, ce sera le grand bond en arrière.

Fayard, Paris, 2006 - 592 pages, 25 euros

Le grand bond en arrière : documentaire

Que reste-t-il du modèle social français après trente ans de néolibéralisme? Cette question oriente le voyage dans leur pays natal de quatre Français installés depuis plusieurs années au Venezuela. Pour y répondre, le documentaire mêle des données statistiques, journalistiques et des interviews de sociologues, intellectuels, militants, réfugiés politiques, artistes, citoyens, travailleurs sociaux des banlieues, sans-papiers et Roms, enfin tous ceux qui peuvent révéler si la devise "Liberté, Egalité, Fraternité" est toujours en vigueur dans leur réalité concrète.

Documentaire de Johanna Lévy, Tristan Goaguen, Yann Manuguerra & Philippe Fréchou.

*

Là-bas si j'y suis, un entretien avec Serge Halimi, journaliste au mensuel le Monde diplomatique, autour de son livre "Le grand bond en arrière" (Editions Fayard).  Comment est-on passé à un nouveau capitalisme orienté par les seuls verdicts de la finance ?  Emission France Inter "Là-bas si j'y suis" de Daniel Mermet, première diffusion le vendredi 2 juillet 2004.

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jeudi, 17 avril 2014

De la servitude moderne

Envoyé par Laura


De La Servitude Moderne  par ClaVieFrere2011

De la servitude moderne

> le texte :  http://www.delaservitudemoderne.org/texte

  " De la servitude moderne est un livre et un film documentaire de 52 minutes produits de manière totalement indépendante ; le livre (et le DVD qu’il contient) est distribué gratuitement dans certains lieux alternatifs en France et en Amérique latine. Le texte a été écrit en Jamaïque en octobre 2007 et le documentaire a été achevé en Colombie en mai 2009. Il existe en version française, anglaise et espagnole. Le film est élaboré à partir d’images détournées, essentiellement issues de films de fiction et de documentaires.

    L’objectif central de ce film est de mettre à jour la condition de l’esclave moderne dans le cadre du système totalitaire marchand et de rendre visible les formes de mystification qui occultent cette condition servile. Il a été fait dans le seul but d’attaquer frontalement l’organisation dominante du monde.

    Dans l’immense champ de bataille de la guerre civile mondiale, le langage constitue une arme de choix. Il s’agit d’appeler effectivement les choses par leur nom et de faire découvrir l’essence cachée de ces réalités par la manière dont on les nomme. La démocratie libérale est un mythe en cela que l’organisation dominante du monde n’a rien de démocratique ni même rien de libérale. Il est donc urgent de substituer au mythe de la démocratie libérale sa réalité concrète de système totalitaire marchand et de répandre cette nouvelle expression comme une trainée de poudre prête à incendier les esprits en révélant la nature profonde de la domination présente.

    D’aucuns espéreront trouver ici des solutions ou des réponses toutes faites, genre petit manuel de « Comment faire la révolution ? ». Tel n’est pas le propos de ce film. Il s’agit ici de faire la critique exacte de la société qu’il nous faut combattre. Ce film est avant tout un outil militant qui a pour vocation de faire s’interroger le plus grand nombre et de répandre la critique partout où elle n’a pas accès. Les solutions, les éléments de programme, c’est ensemble qu’il faut les construire. Et c’est avant tout dans la pratique qu’elles éclatent au grand jour. Nous n’avons pas besoin d’un gourou qui vienne nous expliquer comment nous devons agir. La liberté d’action doit être notre caractéristique principale. Ceux qui veulent rester des esclaves attendent l’homme providentiel ou l’œuvre qu’il suffirait de suivre à la lettre pour être plus libre. On en a trop vu de ces œuvres ou de ces hommes dans toute l’histoire du XXº siècle qui se sont proposés de constituer l’avant-garde révolutionnaire et de conduire le prolétariat vers la libération de sa condition. Les résultats cauchemardesques parlent d’eux-mêmes.

    Par ailleurs, nous condamnons toutes les religions en cela qu’elles sont génératrices d’illusions nous permettant d’accepter notre sordide condition de dominés et qu’elles mentent ou déraisonnent sur à peu près tout. Mais nous condamnons également toute stigmatisation d’une religion en particulier. Les adeptes du complot sioniste ou du péril islamiste sont de pauvres têtes mystifiées qui confondent la critique radicale avec la haine et le dédain. Ils ne sont capables de produire que de la boue. Si certains d’entre eux se disent révolutionnaires, c’est davantage en référence aux « révolutions nationales » des années 1930-1940 qu’à la véritable révolution libératrice à laquelle nous aspirons. La recherche d’un bouc émissaire en fonction de son appartenance religieuse ou ethnique est vieille comme la civilisation et elle n’est que le produit des frustrations de ceux qui cherchent des réponses rapides et simples face au véritable mal qui nous accable. Il ne peut y avoir d’ambigüité sur la nature de notre combat. Nous sommes favorables à l’émancipation de l’humanité toute entière, sans aucune forme de discrimination. Tout pour tous est l’essence du programme révolutionnaire auquel nous adhérons.

    Les références qui ont inspiré ce travail et plus généralement ma vie sont explicites dans ce film : Diogène de Sinoppe, Étienne de La Boétie, Karl Marx et Guy Debord. Je ne m’en cache pas et ne prétend pas avoir inventé l’électricité. On me reconnaîtra simplement le mérite d’avoir su m’en servir pour m’éclairer. Quand à ceux qui trouveront à redire sur cette œuvre en tant qu’elle ne serait pas assez révolutionnaire ou bien trop radicale ou encore pessimiste n’ont qu’à proposer leur propre vision du monde dans lequel nous vivons. Plus nous serons nombreux à diffuser ces idées et plus la possibilité d’un changement radical pourra émerger.

    La crise économique, sociale et politique a révélé la faillite patente du système totalitaire marchand. Une brèche est ouverte. Il s’agit maintenant de s’y engouffrer sans peur mais de manière stratégique. Il faut cependant agir vite car le pouvoir, parfaitement informé sur l’état des lieux de la radicalisation de la contestation, prépare une attaque préventive sans commune mesure avec ce que nous avons connu jusqu’à maintenant. L’urgence des temps nous impose donc l’unité plutôt que la division car ce qui nous rassemble est bien plus profond que ce qui nous sépare. Il est toujours très commode de critiquer ce qui se fait du côté des organisations, des individus ou des différents groupes qui se réclament de la révolution sociale. Mais en réalité, ces critiques participent de la volonté d’immobilisme qui tente de nous convaincre que rien n’est possible. Il ne faut pas se tromper d’ennemis. Les vieilles querelles de chapelle du camp révolutionnaire doivent laisser la place à l’unité d’action de toutes nos forces. Il faut douter de tout, même du doute.

    Le texte et le film sont libres de droits, ils peuvent être copiés, diffusés, projetés sans la moindre forme de contrainte. Ils sont par ailleurs totalement gratuits et ne peuvent en aucun cas être vendus ou commercialisés sous quelque forme que ce soit. Il serait en effet pour le moins incohérent de proposer une marchandise qui aurait pour vocation de critiquer l’omniprésence de la marchandise. La lutte contre la propriété privée, intellectuelle ou autre, est notre force de frappe contre la domination présente.

    Ce film qui est diffusé en dehors de tout circuit légal ou commercial ne peut  exister que grâce à l’appui de personnes qui en organisent la diffusion ou la projection. Il ne nous appartient pas, il appartient à ceux qui voudront bien s’en saisir pour le jeter dans le feu des combats. "
    

Jean-François Brient et Victor León Fuentes     

> Le site  : http://www.delaservitudemoderne.org/index.html

De la servitude volontaire

"Or ce tyran seul, il n’est pas besoin de le combattre, ni de l’abattre. Il est défait de lui-même, pourvu que le pays ne consente point à sa servitude."


" Pour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent, qui n’a pouvoir de leur nuire qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire. Chose vraiment étonnante — et pourtant si commune qu’il faut plutôt en gémir que s’en ébahir, de voir un million d’hommes misérablement asservis, la tête sous le joug, non qu’ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et pour ainsi dire ensorcelés par le seul nom d’un, qu’ils ne devraient pas redouter — puisqu’il est seul — ni aimer — puisqu’il est envers eux tous inhumain et cruel. Telle est pourtant la faiblesse des hommes : contraints à l’obéissance, obligés de temporiser, ils ne peuvent pas être toujours les plus forts."

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"Enfin, si l’on voit non pas cent, non pas mille hommes, mais cent pays, mille villes, un million d’hommes ne pas assaillir celui qui les traite tous comme autant de serfs et d’esclaves, comment qualifierons-nous cela ? Est-ce lâcheté ? Mais tous les vices ont des bornes qu’ils ne peuvent pas dépasser. Deux hommes, et même dix, peuvent bien en craindre un ; mais que mille, un million, mille villes ne se défendent pas contre un seul homme, cela n’est pas couardise : elle ne va pas jusque-là, de même que la vaillance n’exige pas qu’un seul homme escalade une forteresse, attaque une armée, conquière un royaume. Quel vice monstrueux est donc celui-ci, qui ne mérite pas même le titre de couardise, qui ne trouve pas de nom assez laid, que la nature désavoue et que la langue refuse de nommer ?..."

Étienne de La Boétie
Discours de la servitude volontaire ou le contr'un

Au milieu du XVIème siècle, Etienne de la Boétie cherchait à comprendre le rapport domination d’un homme sur son peuple réduit à la servitude. Son discours  remettait  en cause  la légitimité des gouvernants ( maîtres et tyrans) qu'ils aient acquis leur statut par l'élection, la succession ou la violence.

Watergaffe et Watergate

Watergaffe : la " French touch"

Le 3 décembre 1973, sous le gouvernement Pompidou, le même scénario pitoyable que sa version américaine du Watergate se produisait en France...

Dans l'immeuble du Canard enchaîné, un Watergaffe à la française mettait en scène des plombiers-espions de la D.S.T. (  Direction de la Surveillance du territoire) venus poser des micros pour connaître le nom des informateurs du journal.

" Ma plus belle joie a été l’affaire des micros au Canard. On les découvre par hasard en passant devant. Huit jours après, on sort les noms. Ce fut un coup de pot extraordinaire. Je connaissais une relation d’un membre de la DST, qui m’a informé une nuit, à trois heures du matin. J’ai pu vérifier. Cela a été un événement formidable de pouvoir dire que c’était la DST qui, pour découvrir nos informateurs, avait placé des micros. Vingt ans après, j’ai rencontré les « plombiers » qui avaient placé les micros. Ce qui me plaît dans l’investigation, c’est la chasse. On ne chasse pas pour tuer, mais on chasse pour savoir. Savoir : voilà ce qui est plaisant. Nous sommes des chasseurs d’information. "

Claude Angeli, rédacteur en chef du Canard Enchaîné.

Deux mois et demi après les faits, Raymond Marcellin, jusque-là ministre de l'Intérieur et ayant la tutelle de l'entreprise artisanale de  plomberie, était contraint par le premier ministre Pierre Mesmer d'échanger son portefeuille avec celui de Jacques Chirac, alors ministre de l'Agriculture et du Développement rural.
Aucun responsable politique ou administratif ne sera jamais poursuivi, aucune enquête parlementaire ne sera menée à son terme...Le 7 février 1980 , un second  et dernier arrêt de la Cour de cassation refermait définitivement le  dossier des micros.
Il nous reste la mémoire des faits et des grotesques conclusions.

Actu " Les micros du Canard"

Claude Angeli et Stéphanie Mesnie

les-micros-du-canard.pngRésumé :  Leur acharnement s’explique par une forme de délire paranoïaque contre un hebdomadaire qu’ils accusent d’être “une entreprise de subversion”, de pratiquer un “terrorisme journalistique” et d’abriter des “agents soviétiques”.

Les auteurs révèlent les aspects les plus surprenants du rude combat mené par Le Canard, durant sept ans, pour confondre les commanditaires de cette opération. Ils décrivent aussi comment quatre futurs présidents – Mitterrand, Giscard, Chirac et Sarkozy – ont été placés sur écoute par leurs adversaires. Une fois entrés à l’Élysée, ils ont à leur tour écouté tous ceux qui, politiques ou journalistes, se permettaient de les critiquer.

 > Emission Comme on nous parle de Pascal Clark

Le Watergate

nixon_goldwater.jpg« La tête d'un homme à qui on n'achèterait pas une voiture d'occasion. »

À propos de Nixon,
surnommé "Tricky Dicky" - Dick le tricheur.

En 1972, aux États-Unis, sous la présidence républicaine de Nixon et en pleine élection présidentielle, la presse fit état d'une  tentative de cambriolage de troisième ordre  dans l'immeuble Watergate abritant le quartier général du Parti démocrate.

La main dans le sac

Deux journalistes du Washington Post, journal influent aux Etats-Unis, menèrent l' enquête et démontèrent une grotesqueRichardNixonFarewell.jpg tentative d'espionnage : les  cambrioleurs que la police avait surpris avaient eu l'intention de placer des micros dans les locaux des Démocrates.

Le 22 juin, cinq  jours après le cambriolage, Nixon  tentait d'étouffer le scandale et protestait publiquement de sa bonne foi : « La Maison Blanche n’a aucune part dans cet incident précis ».  Mais le Washington Post, révélait que des sommes colossales pour soutenir des actions à la légalité douteuse et assurer  le financement parfois illégal de la campagne électorale des républicains, avaient  été blanchies par le CREEP - le comité pour la réélection du président .

"Nixon Now !" - Clip de campagne - 1972.

Plus dure sera la chute

nixon.jpgLa réélection de "Dicky Tricky" fut un triomphe... Un triomphe de courte durée puisque, le 8 janvier 1973, s'ouvrait le procès des cinq "plombiers de la Maison Blanche " - dont  James W. McCord , le directeur de la sécurité du CREEP.
Les activités illicites du CREEP étant démontrées,  le Congrès s’en mêla. Le chef de la majorité démocrate confia au sénateur Sam Erwin la présidence d’une commission spéciale d’enquête sur la campagne présidentielle. 
L'affaire du Watergate  mettait alors  en lumière des pratiques gouvernementales, utilisant l’abus de pouvoir, qui sapaient les fondements de la démocratie.

Pour tenter d'étouffer le scandale, Nixon décida de se séparer de trois proches collaborateurs-fusibles : Dean, Ehrlichman et Haldeman qui démissionnèrent. Mais, de révélations en révélations le président des États-Unis perdait bataille après bataille : - on apprenait ainsi qu'il avait tenté d'éliminer certaines bandes magnétiques contenant des conversations l’incriminant.

La  démission  "Resignation"

Son implication directe et sa responsabilité personnelle ne faisant plus aucun doute, Nixon fut contraint de démissionner en août 1974. Il évitait ainsi que la procédure de destitution de l' Impeachment, un outil constitutionnel de contrôle aux effets dévastateurs, n'aille à son terme.

nixon-resigns.jpg

Dans le discours de démission, il est fait état du pragmatisme en politique où ce sont les circonstances qui  guident l'action, non les principes :

[…] Dans toutes les décisions que j'ai prises dans ma vie politique, j'ai toujours essayé de faire ce qui était le mieux pour le pays. A travers la longue et difficile période du Watergate, j'ai estimé qu'il était de mon devoir de persévérer, de faire tous les efforts possibles pour mener à terme le mandat pour lequel vous m'avez élu. Dans les derniers jours pourtant, il m'a paru évident que je n'avais plus de soutien politique assez fort pour justifier de cet effort.

> Le discours de démission de Richard Nixon.

*

10 avril 2014 : La cour d'appel de Paris annule une grande partie de la procédure qui avait conduit à requérir les fadettes de deux journalistes du Monde, et à placer sur écoutes Gérard Davet… Plus de 600 procès-verbaux ont été supprimés soit  la moitié du dossier d'instruction -

*

 >  Réseau Européen Droit & Société - "L’affaire du Watergate"  ou "La procédure de mise en jeu de la responsabilité du président des États-Unis" par  Serge DIEBOLT - Juin 1993 – REDS  -Réseau Européen Droit & Société -

 > Chronologie du Watergate,  sur watergate.info, site  de l' Australien  Malcolm Farnsworth.

 >  9 août 1974 - Démission du président des États-Unis, Richard M. Nixon - Perspective Monde - revue de presse

 > 1973 : des plombiers au Canard enchaîné - la Plume et le rouleau

 

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L’européisme : le pire ennemi de l’Europe

" O vous dont les oreilles sont si souvent bernées
Par ces économistes complices des banquiers
Qui collent à la finance comme cul et chemise
Et vous font avaler qu’aujourd’hui c’est la crise
On ne peut rien y faire, il faut se résigner,
Pragmatisme, endettement, compétitivité,
Avec nos grands patrons soyons plus solidaires
Ils se donnent tant de mal pour faire le bien sur terre."

Le grand retournement

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Frédéric Lordon

La Malfaçon : Monnaie européenne et souveraineté démocratique

v_book_85.jpgDate de parution : 26-03-2014 - ISBN : 9791020900937 -  304 pages - 20.50 € - Editions Les liens qui libèrent

Un livre qui, dans la perspective des élections européennes, sera au cœur du débat.

L’européisme est devenu le pire ennemi de l’Europe. Ne voulant plus que « l’Europe » intransitivement, c’est-à-dire sans le moindre égard pour ses contenus concrets, prêt s’il le faut à martyriser des peuples entiers, en Grèce, au Portugal ou en Espagne, il est devenu une obstination aveugle auquel il est temps de mettre un coup d’arrêt. Au-delà de ses pires désastres économiques, sa tare majeure, et congénitale, est politique : le déni absolu de toute expression des souverainetés populaires. Certains, à gauche, continuent cependant de croire qu’on pourra changer l’euro austéritaire en un euro social. Mais, la crise présente l’a assez démontré, une monnaie unique aimable suppose d’être parachevée par une union politique authentique… que l’européisme présuppose sur le mode de la pure pétition de principe sans jamais vouloir en analyser les exigeantes (et improbables) conditions de possibilité. Aussi bien l’urgence économique et sociale que la disponibilité immédiate des institutions matérielles et symboliques de la souveraineté commandent alors de réexaminer de près l’option des monnaies nationales. Sous deux codicilles cependant :

1) reconstruire les concepts de souveraineté et de nation d’une manière qui les rendent irrécupérables par l’extrême-droite ;

2) réaffirmer que défaire la monnaie européenne, de toute façon aussi mortifère que non-viable, n’exclut nullement de continuer à œuvrer pour l’approfondissement résolu de tous les autres liens entre les peuples européens – et enfin de faire Europe autrement que par l’économie ! –, ni même de penser à refaire un commun monétaire européen, sous la forme non plus d’une monnaie unique mais d’une monnaie commune.

>  Invité du  7/9  de France Inter par Patrick Cohen | le 17/04/2014

 

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affiche-Le-Grand-retournement-2012-1.jpgLà-bas si j'y suis  - Daniel Mermet | le 21/01/2013

 

Émission spéciale autour du dernier film de Gérard Mordillat, "Le grand retournement", qui sortira en salles à partir de mercredi, sur un texte en alexandrins de Frédéric Lordon.  Avec Gérard Mordillat, François Morel, Frédéric Lordon et l'équipe du film.  Reportage Antoine Chao, entretien Daniel Mermet.
 
 
 

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> Le site de Frédéric Lordon

09:09 Publié dans Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : frédéric lordon, la malfaçon, europe | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook